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On sait maintenant pourquoi ces deux statues ont échappé au marteau des révolutionnaires

GARDEL BERTRAND / HEMIS.FR / HEMIS.FR / HEMIS VIA AFP

La Religion instruisant un Indien et La Religion foudroyant l'Idolâtrie, deux statues de la chapelle Saint-Louis des Grands Jésuites rue Saint-Antoine à Paris

Père Pierre Vivarès - Publié le 10/09/21

Ces deux statues à la gloire de l’évangélisation par les jésuites n’auraient pas dû échapper au nettoyage révolutionnaire qui a transformé leur église d’accueil en temple de l’Être suprême. Grâce à une découverte extraordinaire, nous savons désormais pourquoi le marteau des sans-culottes les a épargnées.

Le 8 mai 1745, deux statues sont installées dans la chapelle Saint-Louis des Grands Jésuites rue Saint-Antoine à Paris, de part et d’autre de l’autel dédié à Saint François-Xavier. L’une de Nicolas-Sébastien Adam (1705-1778), La Religion instruisant un Indien et l’autre de Jean-Joseph Vinache (1696-1754), La Religion foudroyant l’Idolâtrie. Les deux groupes illustrent deux étapes de la mission des jésuites : l’éradication du paganisme, suivie de l’évangélisation. La composition ramassée et agitée du premier, contraste avec celle, plus sereine, de la conversion en train de s’opérer. Les attributs de plumes dénotent une confusion géographique fréquente, avant le milieu du XVIIIe siècle, entre l’Asie et l’Amérique. Ces deux groupes, chefs-d’œuvre de la statuaire du XVIIIe siècle, sont installés sur des socles en pierre et marbre dans une très grande cohérence architecturale avec le bâtiment. 

La Religion instruisant un Indien.

Une exposition sur la famille de sculpteurs Adam est organisée au musée des Beaux-Arts de Nancy du 18 septembre 2021 au 9 janvier 2022. Originaire de Nancy, la famille Adam est la plus grande dynastie de sculpteurs français du XVIIIe siècle. Sur trois générations, ses membres déploient leurs talents auprès des plus grands mécènes et participent à plusieurs chantiers majeurs. Formés en Lorraine dans le contexte d’essor artistique des règnes des ducs Léopold et Stanislas, Jacob Sigisbert Adam, ses trois fils Lambert Sigisbert, Nicolas Sébastien et François Gaspard ainsi que leurs neveux Sigisbert François, Pierre Joseph et Claude Michel dit Clodion, œuvrent à Rome, Paris, Versailles ou Berlin au service du pape et des monarques européens comme Louis XV, Louis XVI, Frédéric II de Prusse ou Catherine II de Russie. Une centaine de pièces seront exposées et parmi elles La Religion instruisant un Indien, une des pièces majeures de l’exposition.

La COARC de la Ville de Paris (Conservation des œuvres d’art religieuses et civiles) me demande en juin 2019 l’autorisation de prêter l’œuvre pour l’exposition, prévue à l’origine en 2020 mais repoussée en raison de la crise sanitaire. Comme pour le tableau d’Eugène Delacroix exposé au Louvre et au MET de New York en 2018-2019, je donne l’autorisation, d’une part pour permettre au plus grand nombre de contempler ces œuvres et d’autre part car elles peuvent être restaurées à l’occasion de ces expositions.

Une conservation mystérieuse

Un premier travail de restauration quelques mois plus tôt a lieu sur place, dans l’église, et son déplacement est planifié pour la semaine précédant l’exposition, à savoir cette semaine du 6 septembre. Cependant nous ne savons pas comment l’œuvre est posée sur son socle et nous sommes étonnés de n’avoir aucune trace de son déplacement pendant la Révolution française. On cherche dans les archives du Louvre, on cherche dans les archives d’Alexandre Lenoir (1761-1839) chargé par la Constituante de la réunion, pour éviter leur dispersion et leur destruction, de tous les objets d’art des biens nationaux confisqués aux différentes maisons religieuses, afin qu’ils soient entreposés dans un même lieu. Comment Robespierre peut-il prêcher dans la chapelle Saint-Louis le culte de l’Être Suprême devant ces statues à la gloire de l’évangélisation menée par les jésuites ? Force est de constater que l’œuvre n’a pas bougé depuis 1745 et le mystère de sa conservation demeure.

La Religion foudroyant l’Idolâtrie.

Une fois la statue déplacée en avant, les restaurateurs Béatrice Dubarry-Jallet et Patrick Jallet sous la direction de Stéphane Allavena, de la COARC, découvrent le système qui permettait son déplacement à l’époque et qui ne nous était pas visible : creuse, une petite ouverture supérieure permettait de s’accrocher à trois anneaux scellés à l’intérieur. Mais, en plus de ces anneaux, on découvre dans la statue un pigeon mort (depuis très, très longtemps !), un morceau de feuille d’acanthe en plâtre doré, trois siècles de poussière et… quatre livres ! Ces livres sont suffisamment petits pour avoir pu glisser dans l’ouverture supérieure de la statue mais pourquoi ces livres ont-ils atterri dans cette statue ? Nous avons une Histoire du schisme des Grecs du P. Louïs Maimbourg, s.j., tome premier et tome second, Paris, 1684, un livre de théologie en latin par un père de l’Oratoire regroupant des textes de saint Augustin, saint Fulgence et saint Anselme, Paris, 1634 et Conduite d’une dame chrétienne pour vivre saintement dans le monde, 3e édition, Paris, 1726. Ces ouvrages ne semblent pas être une dédicace ou une signature quelconque pour l’œuvre et sont sans rapport avec l’année ou le lieu de l’installation de ces œuvres. 

Les livres ont sauvé l’art

Mais ces quatre livres expliquent pourquoi les statues n’ont été ni saccagées ni déplacées pendant la Révolution. Lorsque les biens du clergé sont confisqués à partir de 1789, tous les livres présents dans les bibliothèques des couvents et maisons religieuses du quartier sont déposés dans l’église Saint-Louis qui va alors servir de remise. Les chroniqueurs disent que les piles de livres montaient jusqu’aux tribunes et qu’un million d’ouvrages auraient ainsi été entreposés dans les bas-côtés. Ces deux statues ont donc disparu au regard de ceux qui entraient dans cette église, aujourd’hui l’église Saint-Paul Saint-Louis, derrière des empilements d’ouvrages et quatre d’entre eux, les plus petits, ont glissé dans la statue pour être retrouvés cette semaine, 230 ans plus tard. Les livres ont sauvé l’art. Un conte pour aujourd’hui alors que la folie des autodafés reprend ? 

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ArtsParis
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