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L’entrée triomphale de Marie en paradis

Assomption de Marie

Domaine public

Assomption de Marie de Michel Sittow, 1500

Père Jean-François Thomas, sj - Publié le 14/08/21

L'Assomption nous parle de la mort qui est la vie, d'un état qui sera le nôtre dans l'éternité, après la résurrection des corps et le Jugement dernier.

Branle-bas de combat parmi les anges du ciel, non point cette fois pour terrasser des démons, mais pour tout installer afin de recevoir, au sein du paradis, la Reine tant attendue depuis la fondation du monde ! Une maîtresse de maison digne du lieu manquait en ce palais. Les saints déjà installés en cette demeure savaient, à la lumière de la Révélation, que la souveraine attendue dépasserait en beauté et en puissance la reine de Saba. Ils s’y préparaient déjà dans les limbes pour ceux, hommes de l’Ancien Testament, qui avaient patienté jusqu’à ce que le Christ les délivrât lors de son séjour aux enfers. Pour les autres, les tout jeunes saints de la Nouvelle Alliance, fraîchement établie depuis quelques années seulement, ils étaient entrés dans un paradis sentant encore la peinture fraîche, palme du martyre à la main pour la plupart. Ils se déplaçaient encore maladroitement sur les parquets cirés et les tapis de soie, n’osant toucher à rien, goûtant simplement la béatitude d’être en compagnie du Dieu Trinité. Parmi eux, des femmes bien sûr, parmi les plus ardentes disciples, de celles qui avaient pleuré sur le chemin du Calvaire, qui avaient suivi pas à pas Notre Seigneur de Galilée en Judée, de Judée en Galilée, qui avaient su souvent mieux écouter que leurs hommes plus pressés et plus sanguins, qui avaient assimilé peu à peu la parole du Maître. Et puis toutes les femmes fortes du peuple élu, à commencer par Judith et Esther. Malgré leur grandeur, leur héroïsme, leur sainteté, aucune ne pouvait porter le diadème royal en paradis.

L’arrivée de la Reine

Tous étaient passés par la mort et la corruption, sauf Élie le prophète enlevé dans un char de feu vers le ciel et puis aussi Moïse, sous-entendaient certains en murmurant et sans en être trop sûrs. Là, en ce jour — si jour il y a dans l’éternité — le remue-ménage et la fébrilité des anges, sous l’œil vigilant des archanges, avaient pour cause l’arrivée de la Très Sainte Vierge dans son Assomption. Elle était la Mère du divin Maître et il fallait mettre les petits plats dans les grands, même si, pourtant, Elle se contentait de peu et n’était guère habituée aux grandes cérémonies, sauf quelques mariages villageois comme celui de Cana où Elle fit merveille, rapportaient certains des invités présents aujourd’hui dans la demeure céleste. Le Fils voulait le plus beau pour la Mère. Elle lui avait tout donné sur terre, sa chair, son sang, ses larmes, sa patience et son attente, sa prière et sa contemplation. Elle avait été les archives vivantes de chaque fait et geste, puisqu’Elle avait tout gardé dans son Cœur, transpercé comme celui du Fils. Elle allait régner sur la Jérusalem céleste, si bien décrite par saint Jean, son fils adoptif, l’ami d’élection du Fils, dans l’Apocalypse.

Une nouvelle victoire sur la mort

La célébration serait certes grandiose car Elle serait aussi couronnée, et les sacres de Reims apparaîtraient bien pâles et misérables en comparaison. Au-delà de tout cet apparat — car les rites existent aussi au ciel pour la gloire de Dieu — les anges et les élus ne s’y trompaient point, il s’agissait surtout d’une nouvelle victoire sur la mort, différente bien sûr de celle du Fils, suprême écrasement, dans sa Résurrection. L’Assomption de celle qui, sans tache du péché originelle, sans souillure d’aucun péché, dans sa virginité intacte, allait occuper le trône à la droite du Fils, était d’abord une apothéose de la vie que le dogme, plus tard, transcrirait avec une précision de scribe accroupi. 

L’Assomption nous parle de la mort qui est la vie, d’un état qui sera le nôtre dans l’éternité, après la résurrection des corps et le Jugement dernier. Notre Mère Marie, encore une fois, nous trace le chemin. Elle n’est qu’une femme, Elle n’est point divine, et pourtant, Elle transcende les limites naturelles car telle est la volonté du Père. Elle ne passe point par la dissolution de la mort. Elle ne retourne pas à la poussière car Elle n’a point besoin de la Rédemption qui s’applique à tout le genre humain. Elle est l’exception qui annonce une règle commune pour tous ceux qui seront trouvés dignes de participer à l’éternelle vie de Dieu. Elle est l’homme devenu Dieu par le salut, réponse à la question de Dante : « Comment l’homme se déifie ? » Elle n’a pas connu la grande misère de notre âme, qui est le péché originel et toutes ses horribles et pesantes conséquences, pas plus que la grandeur de notre corps qui est la promesse de la résurrection finale. Elle a échappé à l’une et à l’autre, rappel de ce que fut la première Ève avant la chute, préfiguration, comme nouvelle Ève, de l’homme sauvé et restauré.

Elle ne pouvait reposer dans un tombeau

Nous croyons, à juste titre, qu’Elle n’a point connu les affres de la mort, et pourtant, nous n’avons qu’en partie raison. En effet, Elle a participé, avec son corps, son esprit et son âme à l’Agonie, à la Passion et à la Mort de son Fils. Elle a tout ressenti avec Lui, participant de cette façon à son anéantissement et aussi à la Rédemption. Jamais Elle n’a quitté son Fils durant les dernières heures et Elle a tenu bon, debout, sans fléchir malgré le glaive qui la transperçait. Elle a tressailli à chaque coup de fouet, frappée d’une douleur identique, et Elle a subi les humiliations sans être devant les juges et la foule vociférante. Alors, certes, Elle n’a pas connu la mort qui terrasse, mais Elle a expérimenté la mort qui est la porte de la vie. Elle qui avait façonné en son sein le Sauveur, ne pouvait être poussière et retourner à la poussière. Ces paroles sont pour nous uniquement : Memento homo, quia pulvis es et in pulverem reverteris ! — « Homme, souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière ! » Nous en avons la bouche remplie de toute cette poussière, de toute cette misère qui sont notre lot. 

La Vierge ne pouvait pas mourir, être rongée par les vers et apparaître à notre regard épouvanté comme le cadavre en putréfaction de l’impératrice-reine Isabelle du Portugal sous les yeux d’un futur saint François Borgia qui en fut retourné. La mort n’est une leçon que pour celui qui, uniquement attaché au monde, a mis sa fin dans les plaisirs éphémères. Elle est une rançon. La Mère n’était pas au monde, même si Elle était aussi du monde, mais préservée dans un jardin clos, tour d’ivoire au milieu d’une clairière inaccessible. Elle ne pouvait reposer dans un tombeau, aussi richement paré soit-il.

La mort soumet tous les hommes et n’éprouve aucune pitié. La Mère de Dieu ne pouvait connaître son joug implacable car Elle est vainqueur avec son Fils.

Nous savons bien ce qu’il en est des sépultures de nos « grands » hommes. Ils finissent par retourner à la poussière, comme les ossements qu’ils contiennent. Alexandre le Grand conquit le monde et sa mort ne laissa aucune trace. Et si, d’aventure, des mausolées et des pyramides subsistent, ce sont des tas de ruines imposantes mais que le temps effrite et la mémoire de ceux qui y reposent ne signifient plus rien aux hommes qui passent devant, indifférents. C’est la mort qui commande aux empires et non point l’inverse. Elle soumet tous les hommes et n’éprouve aucune pitié. La Mère de Dieu ne pouvait connaître son joug implacable car Elle est vainqueur avec son Fils, Elle écrase la tête du serpent qui en a le souffle perfide définitivement coupé.

À l’heure venue de notre assomption

La Très Sainte Vierge est haïe du Malin puisqu’Elle a enfanté le Sauveur et aussi parce qu’Elle ne s’est pas inclinée sous le sceptre de la mort. Nous n’avons pas besoin d’inviter la mort à venir à notre rencontre : elle ne nous oublie pas et nous a déjà réservé un rendez-vous, sans que nous le sachions. En attendant, nous préférons détourner la tête et penser à autre chose, à nos époustouflantes réalisations, à nos placements en bourse, à nos aventures sentimentales, à notre assurance-vie. L’Assomption nous invite au contraire à regarder face à face ce qui est inscrit dans notre nature, à l’accepter, à prier pour une « bonne mort », en état de grâce, avec l’assurance que la mort vaincue n’a pas le dernier mot et qu’elle a été clouée par le Christ sur un bois d’iniquité. Ne nous leurrons pas : la foi, notre foi provient de l’angoisse de la mortalité. Que serait donc la foi chrétienne sans la promesse de la résurrection grâce à la Résurrection du Christ ? Nous croyons en la Résurrection du Christ car elle est le signe de notre salut. Il est plus facile de passer par les ravins de la mort après cela. Et Dieu, dans son immense sollicitude et son extraordinaire pédagogie, a voulu que la Mère fût préservée pour nous encourager encore, pour nous apaiser. Elle nous attend, vêtue de tout l’appareil digne de son rang, mais pour chacun d’entre nous, Elle demeure le refuge maternel, celle dont nous prononcerons le nom en nous élançant vers le haut lorsque l’heure sera venue de notre « assomption ».

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