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Le président de la République à Lourdes, sanctuaire politique

LOURDES

Shutterstock | ocphoto

Xavier Lefebvre - publié le 15/07/21

Les apparitions de la Vierge Marie à Lourdes ont eu lieu dans un contexte politique marqué par la montée en puissance de grands courants intellectuels et philosophiques hostiles à la religion catholique.

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En se rendant à Lourdes, Emmanuel Macron sait qu’il se rend dans un sanctuaire unique au monde, particulièrement important pour les catholiques de France. Si sa visite n’est pas un pèlerinage, évidemment, le président de la République ignore peut-être que les apparitions de la Vierge à la petite Bernadette Soubirous s’inscrivaient dans un contexte politique qui n’est pas sans rappeler certains traits de la politique actuelle à l’égard de la religion en général, et du catholicisme en particulier. Le message de la Vierge n’est pas politique, évidemment, mais il n’est pas sans portée politique. 

Le contexte historique des apparitions de Lourdes

Rappelons les faits. Les apparitions de la Vierge Marie ont lieu en 1858. Au curé qui fait demander son nom à la Dame, Bernadette donne la réponse qu’elle a répétée pendant tout le trajet : « Je suis l’Immaculée Conception. » Pour le père Peyramale, puis pour l’Église, cette parole authentifie l’ensemble des apparitions. Bernadette, à peine catéchisée, ne connaissait pas cette définition promulguée quatre ans auparavant par Pie IX, le 8 décembre 1854.

Du point de vue d’une théologie de l’histoire, que la Reine des cieux ait choisi la France (…) n’est peut-être pas forcément anodin.

Nous sommes dans la seconde moitié du règne de Napoléon III, dans le contexte d’un esprit philosophique positiviste et scientiste. Les grandes pensées athées qui font désormais autorité vont se répandre, et promouvoir un nouvel humanisme (Comte, Nietzsche, Marx, Freud), décrit par le père Henri de Lubac dansson maître livre, le Drame de l’humanisme athée (1944). En même temps, se développe un anticléricalisme politique qui voit son apogée lors de la Troisième République, sous Gambetta, et trouvera sa résolution dans la séparation de l’Église et de l’État. Du point de vue d’une théologie de l’histoire, que la Reine des cieux ait choisi la France à la veille des grands bouleversements sociaux et politiques de la fin du XXe siècle n’est peut-être pas forcément anodin. 

Les ambiguïtés de la laïcité macronienne

Rappeler ce contexte historique philosophico-politique au président de la République à Lourdes serait donc utile, lui qui adresse aux catholiques de France des messages pour le moins ambigus. Le 9 avril 2018 au collège des Bernardins, il leur rappelait la « règle d’airain » de la laïcité. Ce jeudi 15 juillet 2021, est institué un Comité interministériel de la laïcité, qui remplace un Observatoire de la laïcité jugé trop complaisant avec les religions, qui mettra en place des « référents laïcité » dans les administrations et assurera la formation des agents de la fonction publique aux principes de la laïcité. La lutte contre les « séparatismes communautaires » s’est transformée en renforcement des principes de la République, dans une perspective de contrôle de la vie religieuse.

Dans ce contexte, il faut se souvenir de l’affirmation du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, selon lequel « la loi de la République est plus forte que celle des dieux ». Dès cette année, chaque 9 décembre, date anniversaire de la loi de 1905, sera célébrée une journée de la Laïcité, c’est-à-dire au lendemain de la date anniversaire de la Fête de l’Immaculée Conception. À Lourdes, le Président se souvient nécessairement de son appel aux évêques de France réunis au Collège des Bernardins : « Mon rôle est de m’assurer qu’il y ait la liberté absolue de croire comme de ne pas croire mais je lui demanderai [à l’Eglise] de la même façon et toujours de respecter absolument et sans compromis aucun toutes les lois de la République. »

Lourdes, l’Église et l’État

Les catholiques de France peuvent donc s’interroger : le Maître du « en-même-temps » ne recherche-t-il pas, après le vote des lois sociétales comme la dernière loi de bioéthique, à apaiser, séduire et convaincre à nouveau un électorat catholique (dont on sait l’extrême hétérogénéité) ? Qu’on le veuille ou non, Lourdes, lieu des apparitions, est aussi un lieu symbolique des relations de l’Église et de l’État, puisque deux fois par an, les évêques de France s’y rassemblent pour confier l’Église à l’intercession de la Vierge Marie, et réfléchir ensemble, à la lumière de l’Esprit-Saint et, à sa parole sur les questions sociales. C’est donc, comme le Collège des Bernardins, un lieu particulièrement choisi par le président pour s’adresser aux responsables de l’Église en France, au moment où se met en place une nouvelle manière de vivre la laïcité.

Il est permis de penser que le chef de l’État puisse être touché par la grâce du sanctuaire, qui appartient à l’histoire de France. On pourra juger au « for externe », c’est-à-dire la portée objective des discours et des actes posés à Lourdes par le Président. On laissera au secret de sa conscience et de son « for interne », ce qui peut se passer dans le cœur du baptisé lorsqu’il passera près de la grotte bénie, ou boira peut-être de l’eau de la source. Mais nous nous rappellerons que la Vierge Marie, à la veille du drame de l’humaniste athée qui marquera le XXe siècle et notre époque, a demandé que l’on prie et que l’on fasse pénitence pour les pécheurs. Là est le véritable message de Lourdes. Et le Maître des horloges du monde temporel, comme tout homme, se présentera à l’heure choisie de toute éternité devant le Père des Miséricordes pour rendre compte de ses paroles et de ses actes comme responsable du Bien commun temporel.

Tags:
Bernadette SoubirousEmmanuel MacronLourdesVierge Marie
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