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Qui dirige l’Église catholique quand le Pape n’en est plus capable ?

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Antoine Mekary | ALETEIA | I.MEDIA

Camille Dalmas - Publié le 10/07/21

En France, si le président de la République est empêché d'exercer le pouvoir, l'autorité est confiée au président du Sénat. Qu'en est-il au Saint-Siège ? Le pape François se remet sereinement d’une opération au côlon. Mais à qui revient le gouvernement quand le Pape n'est plus en capacité de le faire ?

Opéré dimanche 4 juillet pour une inflammation du côlon, le pape François est actuellement en convalescence à la polyclinique Gemelli. Il se remet sereinement de son opération et devrait être prochainement à nouveau d’attaque. Mais que se passe-t-il lorsque le souverain pontife n’est plus en capacité d’exercer son autorité ?

Quand un pape meurt, les choses sont très claires d’un point de vue canonique : le pouvoir est confié, pendant la période de vacance, à un camerlingue. Ce dernier, choisi au préalable par le pontife, prend alors en charge les affaires courantes jusqu’à l’élection du nouveau pape. Aujourd’hui, si le pape François venait à mourir, ce serait le cardinal américain Kevin Farrell, actuel camerlingue, qui tiendrait, pendant quelques jours, les rênes du plus petit État du monde.

Le Pape reste le Pape même à l’hôpital.

Mais le droit canon ne prévoit pas tout. Il existe une zone grise à partir du moment où le pape rentre à l’hôpital. Dans le cas présent, le souverain pontife est pleinement conscient et la question de la gouvernance ne se pose pas : rien ne change. « Le Pape reste le Pape même à l’hôpital », confie à un canoniste qui a travaillé sur la question au plus au niveau et préfère rester anonyme.

L’impossible « empêchement » d’un pape

Mais qu’arriverait-il dans le cas où un pontife se retrouverait par exemple dans le coma ou souffrirait d’une incapacité chronique de gouverner ? Que faire si le Pape devenait physiquement ou mentalement incapable de gouverner, mais aussi de renoncer ? Le Pape « est le seul à pouvoir renoncer librement à son pouvoir », précise le canoniste.

Comme le rappelle le site jésuiteAmerica, le droit canonique prévoit un motif d’ « empêchement » pour les évêques, qui permet de leur retirer la responsabilité de leur diocèse en cas de « captivité, bannissement, exil ou incapacité ». C’est alors l’évêque auxiliaire ou le vicaire général qui prend la tête du diocèse en attendant qu’un successeur soit nommé. Si on appliquait ce canon au cas du pape en considérant qu’il est évêque de Rome, cela signifierait que ce serait son vicaire pour le diocèse, le cardinal Angelo De Donatis, qui devrait prendre le relais.

Théoriquement, on ne dispose pas de critères pour empêcher un pape en incapacité de gouverner

Cependant, l’évêque de Rome n’est pas un évêque comme les autres, comme l’indique le canon 335. Celui-ci prévoit le cas où le Saint-Siège se trouve « vacant ou entièrement empêché ». Cependant, dans une telle situation, « rien ne doit être entrepris de nouveau dans le gouvernement de l’Église tout entière » durant cette période.

La question de l’incapacité de gouverner d’un pape est en fait une véritable « lacune » dans le droit canon, reconnaît le canoniste. « Théoriquement, on ne dispose pas des critères pour empêcher un pape en incapacité de gouverner ». Résultat : si la situation se présentait, le juriste devrait « interpréter » les rares éléments existants afin de trouver une solution.

Cette aporie a embarrassé plusieurs prédécesseurs du pape François, en particulier les papes venant après la Seconde Guerre mondiale – la raison principale étant l’augmentation significative de leur durée de vie du fait des progrès effectués par la médecine pendant ces années. Cependant, l’incapacité médicale ne fut pas la seule éventualité envisagée par un pontife.

Pie XII : « Ils emmèneront le cardinal Pacelli, pas le pape »

Se souvenant sans doute des enlèvements dramatiques des papes Pie VI et Pie VII pendant la Révolution française, Pie XII envisagea la question de l’incapacité de gouverner. Enfermé dans le Vatican pendant la Seconde guerre mondiale, le pontife avait en effet pris très au sérieux le risque qu’il courrait face à la menace nazie.

Selon son Secrétaire d’État, le cardinal Domenico Tardini, le Pape avait mis en place des contre-mesures précises dans le cas où le IIIe Reich en venait à le viser directement. Il aurait notamment préparé une lettre dans laquelle il déclarait sa démission, donnant des instructions pour que les cardinaux élisent son successeur. « S’ils me kidnappent, aurait affirmé le Pape, ils emmèneront le cardinal Pacelli, mais pas le Pape ».

Les précautions de Pie XII étaient loin d’être superflues. En effet, quand Mussolini, sous la pression des Alliés, fut renversé par la population italienne en 1943, les Allemands échafaudèrent pendant un temps un plan de représailles pour enlever et assassiner le chef de l’Église catholique.

La lettre de Paul VI

L’historien Roberto Rusconi rapporte que la question de l’incapacité a aussi été envisagée par son successeur, Jean XXIII. Le Bon pape s’était interrogé pendant son pontificat sur la possibilité de renoncer à cause de son état de santé précaire, mis à mal par la lourde tâche du Concile Vatican II.

Le pape suivant, Paul VI, avait pour sa part publiquement écarté la possibilité d’une renonciation. Néanmoins, en 1965, il écrivit plusieurs lettres au doyen du Collège cardinalice dans lesquelles il évoquait la possibilité, dans le cas où il se trouverait dans le coma, ou serait frappé de démence, de pouvoir être empêché et remplacé, après un nouveau conclave, par un autre pape.

Ces lettres n’ont cependant pas valeur légale, même si elles font partie du « magistère informel » de l’ancien pontife, explique le canoniste. Cette correspondance, exhumée bien après sa mort, rien ne permet de penser qu’elle aurait permis d’enclencher une phase de vacance si le pape italien s’était trouvé dans une situation d’incapacité.

Le projet de canon de Benoît XVI

Le pape le plus travaillé par cette possibilité fut Benoît XVI. En 2005, le pontife allemand sorti très marqué par la longue agonie de Jean Paul II pendant les dernières années de son pontificat. Au plus près du pouvoir, il fut témoin de cette période d’instabilité, notamment du point de vue de la gouvernance de l’Église, ce qui le décida à imaginer des réponses.

Il aurait demandé au cardinal Julian Herranz, alors président du Conseil pontifical pour les textes législatifs, de rédiger un canon pour combler le vide juridique. Un tâche qui fut finalisée, et prévoyait que l’empêchement puisse être décidé par le Collège cardinalice, sur convocation de son doyen. Selon ce projet, au terme d’une enquête et d’une consultation d’experts médicaux notamment, les cardinaux seraient en droit de mettre solennellement fin au pontificat et d’ouvrir la période traditionnelle de vacance du pouvoir en vue d’un conclave.

Cependant, le canon, bien que présenté au chef de l’Église catholique à l’époque, n’a jamais été promulgué. Benoît XVI n’en a cependant pas eu besoin : il a en effet trouvé une autre réponse à la question qu’il se posait.

Parce qu’il craignait d’être en incapacité de gouverner du fait de sa santé fragile, le 265e pape a finalement décidé, à la stupeur générale, de renoncer préventivement au ministère pétrinien en 2013.

Toujours en vie huit ans après, il a récemment confié qu’il ne pensait pas vivre aussi longtemps. Dans un entretien récent avec son biographe Peter Seewald, il a confirmé que c’était bien la question de sa santé – notamment son incapacité à effectuer de longs voyages, en particulier les JMJ prévus au Brésil pendant l’été 2013 – qui l’avait décidé à mettre fin à son pontificat.

La “renonciation préventive” de Benoît XVI est un moyen détourné de répondre à l’aporie juridique que représente une situation d’incapacité pour un pontife. Le « vide juridique » reste irrésolu, confirme le professeur de droit canon. « Si une telle situation venait à arriver, on serait en terrain inconnu », conclut-il.

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