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Cinéma : « Je voulais me cacher », un exclu sauvé par la peinture

JE VOULAIS ME CACHER

© Chico De Luigi

L'acteur Elio Germano.

Louise Alméras - Publié le 06/07/21

Dans un film grandiose, récompensé sept fois aux prix David di Donatello, le réalisateur italien Giorgio Diritti se penche sur la vie du peintre Antonio Ligabue, maître de la peinture naïve, et dévoile le destin hors-norme d’un homme qui a bouleversé l’Histoire de l’Art.

C’est l’histoire d’un homme seul, malade, rejeté qui trouva la paix dans l’art. Né en 1899 en Suisse, Antonio Ligabue souffre de plusieurs maux qui entraînent chez lui une altération de son développement physique et mental. Son aspect chétif et laid ainsi que ses troubles psychiques l’enferment, durant toute son enfance, dans un monde de souffrance. Expulsé, après avoir agressé sa mère adoptive, par l’institution suisse qui s’occupait de lui, Antonio Ligabue est envoyé en 1919 en Italie contre sa volonté. 

Incompris, moqué, vivant sans attache et dans un grand dénuement, le jeune homme de 20 ans va pourtant s’accrocher à son unique raison de vivre. La peinture, qu’il va pratiquer en audodidacte. Parmi ses sujets de prédilection, les animaux, domestiques ou exotiques, qu’il représente tantôt avec douceur tantôt avec férocité. Peu à peu, du public à la critique, son art bouscule l’académisme. Il est, depuis, reconnu comme l’un des maîtres de la peinture naïve aux côtés du Douannier Rousseau et de Séraphine de Senlis. Grâce au travail très documenté du cinéaste italien, l’on saisit, avec précision, toutes les aspérités du cheminement du peintre, son quotidien mais aussi sa relation avec les hommes. 

Être soi-même, le secret pour donner un sens à sa vie ?

Composé de flash-back, le film commence vers le milieu de la vie de l’artiste, au moment où il est enfermé dans une institution pour malades mentaux. Des scènes judicieusement mises en regard avec la vie difficile de son enfance. Adolescent, il se retrouve dans le bureau du directeur de l’asile dans lequel sa famille adoptive l’abandonne. Lui, que l’on croit idiot et fou, entend alors ces paroles : « Chaque homme a un don qui lui permet de s’épanouir et d’avoir une place. Chaque vie a un sens. » Des paroles qui ont, sans doute, guidé sa vie. 

À son arrivée en Italie, le jeune homme ne parle pas un mot d’italien et se trouve rejeté de toute part. Il mène alors une vie sauvage, perdu dans la campagne, où il observe les animaux, la nature et s’adonne au dessin. Un jour, un homme s’intéresse à son art et le prend sous son aile. C’est le début d’un changement progressif qui le mènera à la renommée internationale. Bientôt, les gens qui l’entourent l’accueillent, le soutiennent, l »apprivoisent et l’acceptent malgré son attitude fantasque. On plonge alors dans l’Italie vivante, sensible et simple. Dans tout ce qu’elle a d’instinctivement familial. 

La peinture naïve, une expression de l’enfance

Raconter la vie d’Antonio Ligabue, ses désastres intérieurs et ses prouesses ne suffit pas. Il faut encore voir comment il se met en état de transe avant de peindre ses tableaux, comment son âme souffre quand on ne croit pas en lui et comment, malgré toute cette souffrance, il arrive à retranscrire tout cela sans ses tableaux avec une incroyable justesse. Cette vision, nous la devons à l’incroyable jeu du comédien Elio Germano, récompensé au Festival de Berlin. 

La victoire de Ligabue, simple audodidacte qui a su s’élever au rang des génies de la peinture, c’est celle de l’enfant contre le monde. Sa centaine d’autoportraits éclaire d’ailleurs son besoin vital de dire au monde qu’il existe. Qu’il existe dans les couleurs, dans la puissance de vie de la nature. Ligabue ne se réfugie jamais dans les ténèbres. Un jour, on le voit même entrer dans une église pour contempler le Christ auquel il semble s’associer dans la souffrance. Ce qui touche chez lui, c’est sa proximité avec l’enfance, son combat contre la souffrance, la folie — tout en jouant avec elle — mais aussi son espérance face à tous les obstacles, lui qui espère toujours vivre l’amour. 

Ce film, magnifique d’humanité, de réalisme, de finesse — tout comme les plans virtuoses — nous surprend. C’est l’histoire d’un homme singulier qui a réussi à donner un sens à sa vie, et à celle de bien des autres, quand tout le destinait à tomber dans l’oubli. « Je voulais me cacher… et je me suis montré », nous souffle, avec grandeur, Giorgio Diritti à la place du peintre. 

Je voulais me cacher, de Giorgio Diritti, avec Elio Germano, Pietro Traldi et Francesca Manfredini, 1h59, au cinéma le 7 juillet.

Tags:
ArtsCinémaFilmpeinture
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