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Sommet du Liban : la diplomatie de la prière du pape François

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Guglielmo MANGIAPANE / POOL / AFP

Sommet pour la paix au Liban, 1er juillet 2021.6

Camille Dalmas - Publié le 01/07/21

Le pape François a reçu ce jeudi 1er juillet plusieurs responsables religieux chrétiens libanais pour un sommet inédit "de réflexion et de prière pour le pays". Une prière que le souverain pontife déploie comme un jalon diplomatique au pays du Cèdre. Décryptage.

« Des projets de paix et non de malheur », voilà ce qu’a imploré le pape François pour le Liban en présence des neufs principaux chefs de ses communautés religieuses, rassemblés ce 1er juillet bien loin de chez eux, dans le petit État du Vatican, à l’occasion d’une journée de réflexion et de prière pour leur pays. Une rencontre œcuménique qui avait tout d’un véritable sommet diplomatique, si ce n’est qu’elle était pensée et rythmée par l’idée d’une prière commune pour que le pays du Cèdre demeure un « message universel de paix et de fraternité ». 

Les participants accueillis à Sainte-Marthe

Le pape François a commencé la journée en accueillant dans sa résidence Sainte-Marthe chaque représentant. Il y avait ceux rattachés à Rome, avec en tête le cardinal Bechara Boutros Raï, patriarche des maronites, majoritaires parmi les chrétiens libanais ; Mgr Michel Kassarj, représentant la communauté chaldéenne originaire d’Irak ; Mgr Cesar Essayan, vicaire apostolique de l’Église latine ; le patriarche Youssef Absi, représentant des melkites ; et enfin le patriarche syro-catholique Ignace Youssef III Younan. 

En raison de l’élection imminente du successeur de Grégoire Pierre XX Ghabroyan, patriarche des catholiques arméniens décédé en mai, aucun représentant de haut rang de cette communauté n’a en revanche pu faire le déplacement. Une petite délégation était présente. Parmi les autres leaders chrétiens présents se trouvaient Youhanna X Yazigi, chef de file de l’Église grecque orthodoxe, Aram Ier Kechichian, Catholicos de l’Église apostolique arménienne et Ignace Aphrem II, à la tête de l’Église syrienne orthodoxe. Enfin, Joseph Kassabhas représentait la petite communauté évangélique libanaise. 

Silence et prière

Après des premiers échanges chaleureux, les chefs religieux se sont dirigés à pied vers la basilique Saint-Pierre où ils ont observé un temps de prière en arabe puis en silence devant le tombeau de l’apôtre Pierre. Puis, sans un mot, se sont retirés pour entamer la première des trois sessions de réflexion. Ces moments de discussion étaient organisés par le cardinal Mario Zenari, nonce en Syrie et homme fort du pape François au Proche Orient. 

Pendant huit heures, rien n’a filtré en dehors des murailles léonines. De quoi les chefs religieux libanais ont-ils discuté avec leur hôte ? Nul ne le sait, les discours étant à huis clos, sans doute pour permettre une parole libre et franche. Le silence respectueux et solennel ne fut brisé qu’avec la prière œcuménique dans la basilique Saint-Pierre à 18h. 

Nous avons vu avant tout nos opacités.

Au son magnifique des psalmodies rythmées par le pincement biblique d’une cithare, chacun écouta les lectures sacrées en arabe, en arménien, en araméen, en syriaque, en anglais et en italien. Chaque texte rappelait avec émotion l’action miséricordieuse de Dieu dans l’histoire de l’humanité. Puis, en « signe de paix », les chefs religieux respectèrent ensemble un moment de prière en silence. De jeunes Libanais se présentèrent ensuite à eux pour leur remettre des lampes à huile, symboles de leur engagement et de leur désir de devenir des « porteurs de lumière de la paix » pour le Liban et le monde. 

Un aveu d’échec 

Après une bénédiction délivrée par chacun dans sa langue vint le moment du discours conclusif du pape François. Le pontife commença par faire aveu de l’échec des chrétiens face à la déréliction du pays du Cèdre : « Nous avons vu avant tout nos opacités », a affirmé le pontife, « et les occasions perdues sur la voie de la fraternité, de la réconciliation et de la pleine unité ». Puis a poursuivi : « De cela nous demandons pardon ».  

« Les relations entre les hommes ne peuvent pas reposer sur la recherche d’intérêts, de privilèges et de gains partisans », a plaidé le chef de l’Église catholique. Dans un geste de contrition, il a prié pour que les « rayons de la miséricorde » se lèvent sur le Liban et que « la nuit s’en aille ». 

Le temps de la prière et le temps de l’action

Paraphrasant le célèbre poète libanais Gibran Khalil Gibran, le pontife a ensuite tenté de dessiner un horizon pour le Liban : « pour arriver à l’aube, il n’y a d’autre voie que la nuit. Et dans la nuit de la crise, il faut rester unis », a-t-il insisté. Il a émis le souhait « que cette journée soit suivie d’initiatives concrètes sous le signe du dialogue, de l’engagement éducatif et de la solidarité ».

Le pape François a enjoint tous les Libanais à enraciner leurs actions « dans les rêves de paix de [leurs] aînés », et encouragé la diaspora et la communauté internationale à les soutenir dans ce projet de diversité fraternelle. Il en a appelé aussi particulièrement aux Libanaises : « Les femmes sont génératrices de vie et d’espérance pour  tous; qu’elles soient respectées, valorisées et impliquées dans les processus décisionnels du Liban ». 

Que restera-t-il de ce sommet ? Il est encore tôt pour le dire. Alors que le Liban traverse une crise économique, sociale et politique qui a tout d’une crise existentielle, les communautés chrétiennes du pays se sont unies un instant pour prier ensemble. C’est un petit symbole qui pourrait néanmoins peser dans les consciences alors que sont attendues les grandes décisions diplomatiques et politiques. 

Tags:
libanPape FrançoisVatican

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