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Élections : « Les abstentionnistes sont les décrocheurs de la démocratie »

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Denis Meyer / Hans Lucas - AFP

Le 26 mai 2019 lors des élections européennes.

Agnès Pinard Legry - Publié le 25/06/21

À quelques heures du deuxième tour des élections régionales et départementales dimanche 27 juin, le père Marc Lambret, directeur du Service pastoral d’études politiques (Spep) revient pour Aleteia sur le droit de vote, l’abstention et la santé démocratique de la France.

Après un premier tour marqué par un taux d’abstention historique le 20 juin, les Français sont à nouveau appelés aux urnes pour les élections départementales et régionales ce dimanche. « Ce taux d’abstention est une mise en péril et une fragilisation de la démocratie qui pourrait avoir de graves conséquences », alerte le père Marc Lambret, aumônier des parlementaires depuis septembre 2018 et recteur de la basilique Sainte-Clotilde (Paris VIIe). « Aller voter est un devoir humain. Pour les chrétiens il se double d’un devoir de charité qui leur ordonne, leur prescrit de prendre leur part de responsabilité politique ». Entretien.

Aleteia : Que dites-vous à ceux qui n’envisagent pas voter ce dimanche 27 juin pour le deuxième tour des élections ou à ceux qui hésitent ?
Père Marc Lambret : Même si ce mot n’a pas bonne presse aujourd’hui, aller voter est un devoir moral. Il faut comprendre que l’accomplir est une question de charité, de respect de la société, des autres et de soi-même. De soi-même car il faut avoir conscience de la dignité humaine : étant créés à l’image de Dieu, nous sommes chargés de régner, de régenter la Création. Evidemment pas pour profiter et abuser mais pour servir. Ne pas voter c’est déchoir de sa dignité humaine ! Ceci est vrai pour la société dans son ensemble mais les chrétiens doivent être encore plus conscients de cela. Ils doivent être des exemples à ce sujet.

Aller voter est-il un devoir chrétien ?
Aller voter est un devoir humain. Pour les chrétiens il se double d’un devoir de charité qui leur ordonne, leur prescrit de prendre leur part de responsabilité politique. Comme l’a dit le pape François reprenant la pensée de Paul VI : « La politique est la forme la plus haute de la charité ».

Les citoyens démissionnent progressivement de leurs responsabilités politiques.

Comment analyser selon vous le taux d’abstention historiquement bas au premier tour des élections régionales et départementales dimanche 20 juin ?
Ce taux d’abstention est une mise en péril et une fragilisation de la démocratie qui pourrait avoir de graves conséquences. Comme pour la crise écologique, on pousse des cris d’alarme pour prévenir cette crise de la démocratie. Mais comme on ne sait pas que faire, et bien on ne fait rien à la hauteur du problème, on finit par s’habituer à l’alarme et à la banalisation du problème. Le pire est en marche mais tout le monde semble s’y habituer et le problème de fond n’est commenté qu’à la marge. Le problème à la base de cette crise démocratique est un problème de conscience générale de ce que signifie une société, une solidarité sociale, et une responsabilité partagée de la vie sociale. Les électeurs, les citoyens devrais-je dire, se mettent progressivement à démissionner de leurs responsabilités politiques.

Qu’est-ce que cela dit de la santé démocratique de notre pays ?
Cela souligne la perte du sens de la réalité locale de la démocratie. La démocratie se construit dans les institutions, dans les personnes, les groupes locaux et c’est comme cela qu’elle est vivante et réelle. Si l’exercice de la démocratie locale par les personnes s’exténue, c’est la démocratie dans son ensemble qui devient une coquille vide. On risque l’effondrement. Les personnes qui désertent le vote en ayant l’impression d’être en droit de le faire au point que des gens expliquent qu’il faudrait prendre en compte les abstentions s’imaginent afficher une attitude politique. Mais c’est tout l’inverse. Ce sont des décrocheurs de la démocratie.

Ce phénomène de divorce entre le peuple français et les élus n’est pas très nouveau…
Le terme de divorce n’est pas très juste. Pour qu’il y ait divorce il faut qu’il y ait eu union ! Or il n’y en a pas eu. Celles et ceux qui ne votent pas n’ont bien souvent jamais construit d’alliance avec les élus. L’alliance avec les élus se construit par le fait de connaitre celles et ceux qui sont engagés en politique et de les choisir, d’accepter de donner son suffrage. Le vote est un geste d’alliance mais cette alliance ne s’est pas construite, à l’exception peut-être des maires. On remarque d’ailleurs que les élections municipales résistent plutôt bien à ce mouvement d’abstention car les citoyens ont conscience de cette représentation par leurs édiles. La conscience de cette représentation par les parlementaires n’a, à l’inverse, jamais été construite. Il y a une lente disparition de la légitimité par la base.

De quelle nature est cette crise de légitimité ?
Je ne pense pas que plus de campagnes de sensibilisation servirait à quelque chose. La seule voix de rédemption de cette affaire est de revitaliser la démocratie aux échelons locaux. La grande problématique demeure celle de l’individualisme contemporain. Il n’est pas question ici de l’égoïsme individuel qui fait partie de l’être humain au même titre que la générosité et ce mouvement de l’homme qui le pousse à aller vers son semblable, à construire des solidarités. Non, c’est un individualisme contemporain, une absence de conscience et de pensée de la société. Nous sommes dans l’ère du « chacun ses valeurs » avec un refus idéologique de toute instance prescriptive morale. Tout cela est idéologiquement refusé. Les gens s’imaginent qu’ils sont dans le vrai en disant « chacun ses valeurs, chacun pense ce qu’il veut etc. et ma dignité revient à n’obéir à personne. »

Le vote ne doit pas être un geste épisodique et découpler de l’existence.

Comment re-sensibiliser à la politique à l’approche de l’élection présidentielle ?
Il y a une voie. Le lieu commun, le lieu pour se retrouver, ce doit être des projets avec une hauteur de vue et une profondeur de champ. Il y a à apprendre du pape François qui fixe le regard sur des objectifs de cette nature dans ses deux encycliques Laudato Si et Fratelli tutti. Ce qu’il nous appelle à faire ? Rêver. Il n’est pas question ici de s’évader dans un monde onirique mais d’inscrire une droiture d’intention aux différents niveau politique… il faut un discours qui indique de grandes visées et qui montre comment mener des politiques locales, régionales et nationales qui soient orientés par ces grandes visées.

Que signifie l’engagement politique ?
L’engagement politique commence par l’exercice du droit de vote mais il commence aussi par la façon dont on prend des responsabilités dans sa vie de quelque manière que ce soit y compris, par exemple, dans le domaine associatif. L’engagement politique revient à prendre part à des mouvements, des groupes, des associations qui unissent des personnes autour d’un projet commun.  Le vote ne doit pas être un geste épisodique et découpler de l’existence. Chacun est appelé à s’engager politiquement de la manière dont il peut le faire localement. : dans des associations de parents d’élèves, un festival, un mouvement de jeunesse…

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