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Alain, malvoyant en tandem sur les chemins de Compostelle

Alain Soleilhac -

Alain Crocfer

Alain Soleilhac profite du soleil le temps d'une pause.

Lauriane Vofo Kana - Publié le 24/06/21

Alain Soleilhac est un enseignant à la retraite. Handicapé par une déficience visuelle, il s’est lancé en tandem sur la partie française des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Pèlerin-cycliste depuis le 14 juin, foi et détermination l’accompagnent.

Le soleil se couche en ce vendredi de juin. Dans un gîte de pèlerins à Lascabane dans le Lot, Alain Soleilhac est un pèlerin comme on n’a pas l’habitude d’en croiser. À 70 ans, l’instituteur retraité s’est lancé pour défi de faire, en vélo, les 700 km de la partie française des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Celui qui souffre de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) peut compter sur deux coéquipiers. « Je me suis adressé à l’association des amis de Saint-Jacques et ils ont répondu positivement à mon appel », raconte-t-il. C’est comme ça qu’Alain Crocfer et Gilles Chalaye se sont embarqués dans l’aventure. Pourquoi ? « L’envie d’aider un ami à concrétiser un rêve », confie Alain Crocfer.

Si les compères sont « sur les rotules » à la fin de cette cinquième étape, c’est que le périple est exigeant. « Nous devons parcourir en moyenne 80 km par jour pendant 11 jours », fait remarquer Alain Soleilhac. Pour tenir sur la longueur, le septuagénaire s’est préparé mais le périple demeure physique. « Quand ma vue a commencé à baisser fortement, il y a environ huit ans, je me suis mis au tandem. Mais il faut avoir gardé un certain niveau sportif… Et je ne l’ai pas acquis complètement », soupire-t-il. Il peut tout de même compter sur ses fidèles pilotes.

Une crevaison stoppe momentanément l’avancée des pèlerins.
Gilles Chalaye

« Nous sommes là pour le soutenir sur ce parcours, faire attention à lui, explique Alain Crocfer. Il faut aussi communiquer et réapprendre à rire de tout. Le rire est une excellente thérapie. »  De l’humour et du courage, il leur en faut. En l’espace de cinq jours, le trio a déjà connu plusieurs crevaisons. La fatigue ajoute de la difficulté mais l’heure est à la joie.
« Je suis très heureux de voir que je réalise un projet que je caresse depuis 18 mois. Je pensais que j’aurai des soucis mécaniques sur la route, c’est aussi pour ça que j’ai voulu partir en équipe. »

Se sentir avancer sur le chemin, en relation et accompagné par d’autres personnes ; c’est là que se fait la conversion.

La dimension fraternelle du chemin, les trois messieurs l’expérimentent chaque jour. Que ce soit pendant les offices ou à la faveur d’un repas partagé avec d’autres pèlerins. « Beaucoup de personnes traversent une période de rupture dans leur vie ce qui est aussi un peu mon cas, avec la dégradation de ma vision. Et se sentir avancer sur le chemin, en relation et accompagné par d’autres personnes ; c’est là que se fait la conversion. » Même constat pour son accompagnant Gilles Chalaye. « L’expérience nous permet de vivre des échanges avec d’autres, de prendre conscience d’une grande liberté et de la chance d’apprécier ces moments. »

« Grâce de vivre »

Quand il est chez lui, au Puy-en-Velay, Alain Soleilhac est impliqué au Camino. C’est un accueil de pèlerins mis sur pied par le diocèse du Puy en Velay. Le retraité y a rencontré plusieurs marcheurs en partance pour Saint-Jacques-de-Compostelle. C’est à cette occasion que l’un d’eux lui a demandé pourquoi il ne se lançait pas lui-même sur la route. Après avoir fait les 150 premiers kilomètres, Alain décide de sauter le pas. « De nombreuses personnes m’ont dit que c’était fou comme projet. Je n’ai pas une santé extraordinaire, j’ai subi un infarctus, je connais un handicap et pourtant : la foi, pour moi, c’est d’abord l’expression d’un mystère que l’on aura jamais fini d’élucider. Un appel à aller au-delà de la peine, de la souffrance pour continuer à entretenir cette saveur de vivre. »

Alors, lorsqu’il devient plus difficile d’avancer, que la chaleur l’épuise, Alain Soleilhac pense à ses proches. « Comme une sorte d’intercession, je dis : “Je te confie untel, untel” ». Amis, famille ou personnes rencontrées qui lui ont partagé un bout de leur histoire, Alain prie pour chacune d’elle.

Alain Soleilhac
Alain Soleilhac, au centre, entouré par Alain Crocfer à sa gauche et Gilles Chalaye à sa droite.

Le pèlerin ralliera avec ses deux pilotes Saint-Jean-Pied-de-Port ce vendredi 25 juin. Il aura terminé la partie française du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Il le répète souvent : « Malgré les soucis que nous [les personnes porteuses de handicap] pouvons rencontrer, la vie reste un cadeau ». Et il en profite. Son prochain défi sera de compléter la partie espagnole du chemin en 2022. Il recevra ainsi sa compostela — certificat de pèlerinage — auprès de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle.

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Pèlerinagesaint jacques de compostellesport

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