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États-Unis : une victoire de la liberté de conscience face à l’idéologie du genre

JIM WATSON / AFP

La Cour suprême des États-Unis, à Washington D.C.

Jean Duchesne - Publié le 21/06/21

La Cour suprême des États-Unis vient de donner raison au diocèse de Philadelphie, qui se plaignait que son réseau de crèches et de familles d’accueil soit privé de toute subvention par la municipalité de la ville, sous le prétexte qu’il n’hébergeait pas d’enfants adoptés par des couples de même sexe.

La nouvelle n’a pas fait grand bruit en France, mais elle vaut la peine d’être relevée : la Cour suprême des États-Unis vient de donner raison au diocèse de Philadelphie, qui se plaignait que son réseau de crèches et de familles d’accueil soit privé de toute subvention par la municipalité de la ville, sous le prétexte qu’il n’hébergeait pas d’enfants adoptés par des couples de même sexe. L’affaire est complexe et quelques détails sont utiles pour mesurer la portée de ce verdict. 

Précisons d’abord que nul enfant n’avait été refusé par les services sociaux diocésains : aucun couple ni parent homosexuel ne les avait sollicités. C’était une question quasiment de dogme laïque : l’administration locale exigeait que, dans le renouvellement du contrat confiant à des institutions d’Église la prise en charge d’enfants en cas de besoin, soit formellement prévu que les parents pouvaient être deux hommes ou deux femmes. Un tel postulat était bien sûr inacceptable en conscience pour les catholiques, et vouloir l’imposer était une marque de plus de l’intolérance du « politiquement correct ».

Droit au dissentiment

Car ce n’était pas une tentative isolée. Récemment, l’État de Pennsylvanie (dont Philadelphie est de loin la ville la plus importante) a tenté d’obliger des religieuses s’occupant de personnes âgées à cautionner la contraception, même si de fait aucune d’entre elles, de leurs pensionnaires âgées ni de leurs employées n’avaient recours à ces pratiques (voir « Aux États-Unis aussi, la liberté religieuse est menacée« , Aleteia, 11 mai 2020). Le différend est remonté jusqu’à la plus haute instance judiciaire nationale, qui a reconnu inviolable l’objection de conscience pour conviction personnelle (voir « La Cour suprême donne raison aux Petites Sœurs des Pauvres« , Aleteia, 12 juillet 2020).

La ville de Philadelphie a donc, après l’État de Pennsylvanie, été déboutée. Et ce qui est remarquable est que le verdict a été acquis à l’unanimité des neuf juges. C’est rarissime. L’an dernier, deux magistrats plus « laïques » n’avaient pas suivi leurs collègues. Cette fois, même les membres réputés les plus « libéraux » ou « progressistes » ont estimé inacceptable de contraindre quiconque à souscrire à un principe qu’il réprouve. 

Le droit au dissentiment est un des fondements de la démocratie. La majorité du moment n’a normalement pas le pouvoir d’empêcher les minorités d’exprimer leur désaccord. Celles-ci ne doivent certes pas empêcher — surtout si c’est par la violence — l’exercice d’un droit établi ou garanti par une loi qu’elles désapprouvent. Mais elles ne doivent pas être obligées à y concourir, par exemple dans le cas de l’avortement, de la « PMA pour toutes », du « mariage pour tous » ou de l’euthanasie.

Intolérances

C’est ce socle qui est ébranlé ces temps-ci, car les libertés de conscience et d’expression sont remises en cause. Pas seulement là où, un peu partout dans le monde, un parti unique, des militaires ou une clique de kleptocrates impose une dictature. Mais aussi chez nous, lorsqu’on veut contraindre des personnels soignants à des manipulations incompatibles avec leur éthique, ou lorsque, sur des campus, des intervenants sont « désinvités » ou des professeurs sont censurés, voire licenciés, sous la pression de groupuscules militants qui se déclarent offensés par toute opinion différente des leurs.

Les exemples d’intolérance se multiplient en Occident. En dénonçant le racisme comme « systémique », la « culture woke » évolue vers un « racialisme », qui n’est qu’un racisme inversé au profit des opprimés depuis des siècles. Chacun est enfermé dans son identité ethnique. Cela revient à nier l’unité du genre humain et l’égalité de tous en son sein. Simultanément, la « culture cancel » (ou d’annulation) entend effacer tout souvenir de ce qui, dans le passé, serait maintenant condamné — et en premier lieu les colonisations. Or réécrire perpétuellement l’histoire en éliminant tout ce qui déplaît désormais est exactement ce que fait Big Brother dans 1984 de George Orwell.

Du dogmatisme à la coercition

La défense de la libération sexuelle ne ressortit certainement pas au même totalitarisme ou terrorisme intellectuel. Cependant, comme le montre les affaires américaines évoquées en commençant, le dogme selon lequel les comportements minoritaires doivent être considérés comme normaux — voire normatifs — devrait pouvoir être discuté. La haine ou simplement le mépris des personnes en raison de leurs « orientations » en ce domaine est assurément à combattre. Reste que le désir de couples homosexuels de voir leur union socialement reconnue et d’avoir des enfants indique que le mariage débouchant sur la procréation (qui requiert deux sexes différents) est toujours une (sinon la) référence.

Si la mode est de « casser les codes », un réalisme élémentaire impose des limites.

Si la mode est de « casser les codes », un réalisme élémentaire impose des limites. Le « politiquement correct » divise d’ailleurs la « gauche » qui a prétendu monopoliser l’intelligence dans la deuxième moitié du XXe siècle. La prestigieuse revue newyorkaise Harper’s Magazine a publié en juillet 2020 une lettre ouverte mettant en garde contre le « conformisme idéologique » qui « conduit au dogmatisme et à la coercition ». Les militants antifas, LGBTQ, anticolonialistes, etc. se sont indignés. Mais parmi les 153 signataires, on relevait les noms de contestataires aussi patentés que Noam Chomsky (célèbre comme linguiste et socialiste libertaire), Gloria Steinem (icône du féminisme américain) et les romanciers critiques de l’establishment que sont Salman Rushdie et Margaret Atwood.

La rationalité qui rend libre

Que la violence n’est aujourd’hui plus l’apanage des systèmes discriminatoires et répressifs est illustré par l’agression contre la procession commémorant les otages exécutés par les Communards pendant la Semaine sanglante de 1871. Les assaillants n’ont apparemment pas supporté que s’affiche un point de vue qui était certes différent du leur, mais ne l’empêchait aucunement de se manifester. En portant plainte, le diocèse de Paris a réagi comme celui de Philadelphie, c’est-à-dire qu’il a fait confiance à la justice d’un pays civilisé pour protéger les libertés de conscience et d’expression.

Le clivage ici n’est plus entre « gauche » et « droite », mais entre rationalité et dogmatisme. Il n’est pas si surprenant de découvrir, en l’occurrence, les catholiques du côté de la rationalité libératrice. D’abord parce que réécrire l’histoire ou remodeler l’humanité selon ses envies, c’est nier la vérité qui rend libre (Jn 8, 31). Ensuite parce que, comme l’a dit saint Paul dans son épître aux Galates (5, 13), la liberté trouvée dans la vérité ne consiste pas à servir ses intérêts particuliers, mais à se mettre au service de son prochain. 

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