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Inde : « La pandémie nous enseigne que nous devons lutter ensemble pour survivre »

Aid to the Church in Need

Distribution alimentaire organisée par le diocèse d'Hazaribag (État de Jharkhand, Inde).

Volker Niggewöhner - AED - Publié le 11/06/21 - Mis à jour le 11/06/21

Évêque de Bhopal, au centre de l’Inde, Mgr Leo Cornelio déplore la situation dramatique dans laquelle se trouve son pays depuis la deuxième vague de Covid-19. Mais il perçoit également des motifs d’espoir dont l’engagement sans faille des prêtres, religieux et fidèles auprès des plus démunis.

Hôpitaux bondés, pénurie de médicaments et d’oxygène… La deuxième vague de Covid-19 frappe de plein fouet l’Inde. Mais si la situation est par bien des aspects catastrophiques, Mgr Leo Cornelio, évêque de Bhopal, au centre de l’Inde, observe aussi des motifs d’espoir. “La pandémie nous enseigne que nous devons lutter ensemble pour survivre”, confie-t-il. “Le pouvoir politique, la sécurité économique, la santé physique : tout cela est éphémère et non pas durable. Ce qui compte, c’est l’amour du prochain, la fraternité et la compassion. De plus en plus de personnes en Inde s’en rendent compte”. Entretien. 

Quelle est la situation dans votre archidiocèse de Bhopal ?
Mgr Leo Cornelio : La situation est dramatique. Lorsque la première vague de Covid-19 a touché le monde, l’Europe et les États-Unis ont été plus sévèrement touchés que l’Inde. La population et les dirigeants politiques sont devenus imprudents. La deuxième vague nous a totalement pris de court. Dans l’État du Madhya Pradesh, Bhopal, le siège de mon évêché, et la ville d’Indore sont parmi les zones les plus durement touchées. Cela fait presque sept semaines que les deux villes sont confinées. Tous les hôpitaux ici sont bondés. Il est difficile de trouver des médicaments et de l’oxygène. Les chiffres officiels actuels révèlent que plus de 300.000 personnes sont mortes du Covid-19. Mais officieusement, ce chiffre est beaucoup plus élevé. Certains observateurs estiment qu’il y a dix fois plus de victimes ! En effet, de nombreuses personnes ayant contracté le virus sont restées chez elles et y sont mortes.

Comment l’Église catholique peut-elle secourir la population durant la crise du Covid ? 
Pour ce qui est de l’assistance spirituelle aux fidèles, l’Eucharistie est régulièrement célébrée en ligne dans la plupart des diocèses indiens. Dans l’archidiocèse de Bhopal, nous avons fait en sorte que nos prêtres accompagnent leurs fidèles par le biais de programmes en ligne. Nous encourageons nos prêtres à contacter chaque famille de leur paroisse. Ils doivent s’enquérir des besoins économiques des fidèles et aider les familles de toutes les manières possibles. Nous fournissons par exemple des colis alimentaires. Ces services sont souvent assurés par les « petites communautés de chrétiens », un mouvement laïc très actif en Inde. 

Les agents pastoraux qui aident les gens sont-ils particulièrement menacés ? 
Dans mon diocèse, 18 prêtres ont eu le Covid-19. L’un d’eux est décédé. De nombreux religieux ont également été infectés et quatre religieuses sont mortes. En Inde, plus de 170 prêtres sont décédés du Covid-19, ainsi que beaucoup de religieux et de fidèles. Début mai, Mgr Basil Bhuriya , l’évêque de Jhabua, est également décédé des suites d’une infection.

Comment décririez-vous l’état d’esprit général de la population en Inde ? 
Depuis plusieurs années, le pays est de plus en plus marqué par une tendance à la division suscitée par des ambitions politiques. Des violations des droits humains fondamentaux, la polarisation religieuse et la question de la loyauté envers l’État sont devenus des outils aux mains des détenteurs du pouvoir pour diviser la population. 

Ce qui compte, c’est l’amour du prochain, la fraternité et la compassion – des valeurs telles que les a vécues sainte Teresa de Calcutta.

La pandémie nous enseigne que nous devons lutter ensemble pour survivre. Le pouvoir politique, la sécurité économique, la santé physique : tout cela est éphémère et non pas durable. Ce qui compte, c’est l’amour du prochain, la fraternité et la compassion – des valeurs telles que les a vécues sainte Teresa de Calcutta. De plus en plus de personnes en Inde s’en rendent compte.

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Mgr Leo Cornelio, évêque de Bhopal, au centre de l’Inde.

L’engagement de l’Église est-il apprécié dans un pays qui se conçoit comme nation hindoue ? 
Lors de chaque situation de crise à laquelle notre pays a dû faire face, l’Église d’Inde a agi de son propre chef. Les prêtres, religieux et autres collaborateurs ecclésiastiques se trouvaient en première ligne dans les activités d’aide et les travaux de reconstruction. Les institutions de l’Église, par exemple les établissements hospitaliers et les centres de soins médicaux, bénéficient de la reconnaissance de l’État. Toutefois, l’Église est parfois soupçonnée de vouloir convertir la population à travers son travail. Les personnes critiques à notre égard ne comprennent pas l’attitude du Christ qui a dit : « Toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. »

Y a-t-il quelque chose qui vous donne du courage dans la crise actuelle ? 
La pandémie a rapproché les gens en Inde. À Bhopal et dans d’autres endroits, les gens ont uni leurs forces pour fournir de la nourriture, des abris, une aide médicale et bien d’autres choses. Bien que l’Église catholique représente une minorité, nous avons été impliqués dès le début. Nos communautés ont distribué des colis alimentaires, des masques de protection et des désinfectants aux personnes dans le besoin. Nous avons installé une station de quarantaine dans notre centre pastoral diocésain, où nous accueillons et soignons des personnes sans ressources. Un proverbe indien dit « Fais ton devoir sans te préoccuper de la récompense ». Nous sommes confiants qu’il y aura de la lumière au bout du tunnel.

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