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Le christianisme n’est pas un fatalisme

christ avec sa croix

© Vivida Photo PC - shutterstock

Le Christ victorieux

Père Jean-François Thomas, sj - Publié le 01/06/21

L’effacement apparent du christianisme n’est pas une surprise, il est inscrit dans l’histoire du Salut. L’homme de foi sait, lui, que Jésus est revenu.

La mort de Dieu ayant été décrétée depuis longtemps, ses ennemis ne voient pas sans rage subsister les vestiges de la religion exécrée. Régulièrement des prophètes de malheur annoncent aussi, parfois y compris au sein de l’Église, la disparition intégrale du christianisme, de sa foi et de son idéal. Le dernier en date fut le très médiatique Michel Onfray qui considère que le déclin de notre civilisation occidentale révèle la faillite de ses racines qui sont chrétiennes. Il a raison d’éprouver une sorte d’horreur pour notre époque si peu soucieuse de transcendance, et il n’a pas tort dans bien des aspects de son analyse de l’éclipse de l’Église. Bien sûr, il ne peut aller au-delà de ce constat puisqu’il n’est pas croyant et sa vision n’est que naturelle et historique. 

Dans les temps mauvais

Celui qui croit sent encore plus rudement, jusqu’au fond de ses entrailles, l’écroulement du monde et la disparition des racine chrétiennes. Il en est glacé de tristesse et d’épouvante. Il ne restera cependant pas spectateur passif, sauf à être lâche, et s’y opposera de toutes ses forces afin de sauver son âme du chaos. Le croyant pourrait devenir fou car il entend et contemple la parole de la Croix, mais seuls ceux qui se perdent, comme le rappelle saint Paul aux Corinthiens, tombent dans la folie. Perdre la raison pourrait, en tout cas, être la conséquence du poids qui pèse ainsi sur les épaules de l’homme de foi assistant au naufrage de ce en quoi il croit, mais, justement, cette foi le sauve de la chute abyssale et de la désespérance. Il faut plus que les textes pieux, les sermons, les actes officiels de l’Église, les déclarations magistérielles pour garder la tête hors de l’eau dans les temps mauvais. L’or de la foi y est soumis à une purification qui fait éprouver la misère des damnés et la douleur de tous les souffrants, ceci à l’image de Notre Seigneur. Tel est le lot terrestre des saints. Même en ne frôlant pas la sainteté, toute vie de croyant, le plus ordinaire, est frappée du sceau de cette compassion avec les humiliés du monde.

Le christianisme a-t-il échoué ?

Auguste de Villiers de l’Isle-Adam, cet écrivain tout feu tout flammes, expira en prononçant ces paroles : « Ah ! Je m’en souviendrai de cette planète ! » Chacun d’entre nous s’en souviendra d’ailleurs, tout au moins celui qui aura pris la peine de se laisser percer par les flèches du temps et d’en éprouver à la fois l’amertume et la saveur gourmande. Le croyant s’en souviendra pour l’éternité et il ne pourra demeurer insensible au sort des hommes dans la béatitude. Avec l’immense cortège des élus, il ne cessera d’implorer et d’intercéder. Mais en attendant, les pieds dans la boue et les mains pas plus pures, que peut-il ressentir au spectacle du monde ? Une tentation récurrente sera de considérer que le christianisme a échoué, même si le Christ a vaincu. Les ennemis de l’Église les plus farouches ne se lassent pas de souligner que son histoire a toujours été ainsi, plus teintée de sang et d’injustice que de larmes et de charité. Les siècles ont tous connu l’hypocrisie, l’avarice, la soif de domination, la violence au nom de Dieu, les conflits guerriers entre frères. De tout ce fatras peu reluisant, on aura beau jeu d’extirper quelques êtres d’exception, cela ne pèse pas beaucoup dans la balance, d’autant plus que ces saints ont souvent été persécutés par l’appareil, les grandes machines ecclésiales, et les Cauchon de toutes les générations sont demeurés confortablement installés, florissants et rubiconds. Jeanne la Pucelle, en un temps ô combien chrétien en comparaison au nôtre, ne fut guère récompensée et honorée et fut livrée à des flammes politiques et religieuses qui ne sont guère à la gloire de l’Église.

L’horreur des temps ne remet pas en cause le règne et la victoire du Christ.

Il suffit aussi de comparer l’Occident contemporain à celui qui se construisit jusqu’au XVIIIe siècle sur des fondations chrétiennes. La conclusion qui essaie de s’imposer est que le christianisme a abandonné, contraint et forcé, les commandes, signe qu’il n’était qu’un épisode parmi d’autres de l’histoire humaine et qu’il va s’effacer totalement après s’être lentement effrité. Les grands de ce monde peuvent encore l’utiliser à leur profit en le dénaturant, tel Napoléon regardant l’Église comme une « gendarmerie spirituelle », ou tel Gambetta, reprenant Peyrat, dénonçant le cléricalisme comme ennemi lorsque les prêtres et les évêques ne s’inclinent plus devant le pouvoir étatique. Le christianisme est toléré s’il est vidé de sa substance et de son sang, rien d’autre. Certaines voix s’ingénient à nous faire croire qu’il faut en faire son deuil et accepter sans broncher cette disparition.

Un monde sans Dieu

Alors, il faut se dresser et redire que l’horreur des temps ne remet pas en cause le règne et la victoire du Christ. Point besoin d’être « complotiste » pour se rendre compte que le monde n’a jamais autant développé les techniques de mort, les moyens de contrôle mentaux et physiques des personnes, la surveillance, la manipulation des esprits, l’abêtissement des masses, l’hémorragie de la vie spirituelle et du sacré, tout ceci dans un but unique : le triomphe du Malin contre le vrai Dieu. Saint Jean a déjà tout dit et tout écrit à ce sujet. Il suffit de méditer l’Apocalypse. L’apôtre a reçu la révélation de la bataille de l’Antéchrist, de l’instauration de fausses religions prenant l’apparence de la vérité. Le rêve d’un certain romantisme est devenu réalité. Stendhal jubilerait à notre époque, lui qui écrivait : « La seule excuse de Dieu, c’est qu’il n’existe pas. S’il existait, il faudrait le fusiller. » Dans les siècles les plus bouleversés de notre histoire subsistaient encore les saints, les miracles, la pierre angulaire du Christ, une même foi partagée par tous. 

Désormais la Parole est profanée et tout va dans un sens identique pour nous éloigner des misérables résidus de notre héritage chrétien. Non seulement le christianisme est moribond mais le Christ est jugé à l’aune de notre puissance diabolique. Ernest Renan n’hésitait pas à affirmer dans sa fameuse Vie de Jésus : « Jésus-Christ ne fut pas Dieu ; il fut la plus grande espérance qui ait jamais traversé la pauvre humanité. » Désormais tous les courants séculiers et toutes les fausses religions s’unissent pour une épiphanie nouvelle, sortie tout droit de l’intelligence dévoyée des hommes libérés des contraintes du bien. L’insistance contemporaine sur la fusion des religions et sur la création d’un État mondial source de paix pour tous, montre à quel point l’Église du Christ est reléguée aux oubliettes. Non seulement l’humanité se divinise mais elle construit une nouvelle divinité à sa mesure, un Dieu qui ne viendra pas lui mettre des bâtons dans les roues et qui, bien au contraire, l’encouragera dans sa course mortifère.

La clé de la Révélation

L’homme de foi ne doit pas se laisser prendre à ce piège conduisant au fatalisme. Il possède la clef qui ouvre à la signification de tous les événements, et cette clef est la Révélation. Le poète jésuite argentin Leonardo Castellani, analysant l’horreur des temps, aboutissait à cette conclusion que tous les croyants ne peuvent que partager :

Contrairement à ce qu’on raconte, le monde n’est pas du tout aveugle : il voit de travers — ce qui, de toutes les façons de voir, est de loin la pire. La clef des faits qui l’assiègent et l’étourdissent lui fait défaut. Où est cette clef ? Ici : tout ce qu’il y a d’exact dans ces faits a déjà été exactement prévu et prédit dans l’Écriture. Les Prophètes ont dit juste : Dieu était avec eux. Mais les Prophètes ont ajouté autre chose : Le Christ revient. Si le monde actuel va si mal, c’est que le Christ avait raison.

Si nous croyons vraiment, nous ne pouvons que demeurer dans l’espérance, sans naïveté, sans lâcheté, sans passivité. L’effacement apparent du christianisme n’est pas une surprise, il est inscrit dans l’eschatologie. Notre foi doit redevenir eschatologique, ceci afin d’être convaincus de nouveau que le Christ n’a pas encore refermé le Livre et que Lui seul possède le dernier mot.

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