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Pour un déconfinement des cerveaux connectés

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Henri Quantin - Publié le 26/05/21

Quelles sont les conséquences du premier confinement sur la « santé mentale » des 9-16 ans ? Une radicalisation des addictions.

L’étude aura-t-elle plus d’effets qu’une autre ? Limitera-t-on ses conclusions aux conséquences d’un confinement, sans voir qu’une fois de plus, la société qu’elle décrit était déjà la nôtre avant le virus et que la « crise sanitaire » n’a fait que la placer devant un miroir grossissant ? La publication par Santé Publique France des premiers résultats de l’étude Confeado, sur les conséquences du premier confinement sur la « santé mentale » des 9-16 ans, devrait alerter tout autant sur les méfaits permanents de l’emprise numérique que sur sa seule nuisance pendant les 55 jours d’interdiction de sortir de chez soi de 2020. 

On y lit par exemple que ceux qui ont passé moins de temps devant les écrans et qui ont pratiqué des activités ludiques avec des adultes ont mieux préservé leur santé mentale, se sont endormis plus facilement et ont fait moins de cauchemars peuplés de virus et de lits d’hôpitaux. Un psychologue parisien commente ainsi : « Il faut recréer un rythme, retrouver des conditions optimales de sommeil en limitant les écrans deux heures avant de dormir, les boissons énergisantes le soir, renouer avec des rituels qui rassurent. »  

Le confinement a accentué le mal

Tu parles d’un scoop ! De même qu’un professeur est désormais censé rappeler à ses élèves, même en classe préparatoire littéraire, qu’un résumé Wikipedia ne remplace pas la lecture d’un livre, le rôle d’un psychologue sera-t-il, bientôt, de rappeler à des parents étonnés qu’une partie de cartes en famille vaut mieux qu’un jeu vidéo tiré de Massacre à la tronçonneuse ?

Le confinement n’a en ce sens qu’accentué le mal, en habituant un peu plus à y voir le meilleur remède.

Interrogé sur les jeunes patients hébétés qu’il accueille de plus en plus nombreux dans son service de pédopsychiatrie de l’hôpital Robert-Debré à Paris, le docteur Richard Delorme déclarait récemment : « Cette surconsommation existait avant la pandémie. Nous avons d’ailleurs créé un service spécial d’addiction aux écrans, pour y accueillir les familles, il y a six ans. Mais les confinements ont radicalisé ces addictions. » Ces addictions, l’Éducation nationale elle-même y contribue depuis longtemps au lieu d’y résister, à grands coups de « Tableaux Blancs Interactifs » ou d’« Espace Numérique de Travail ». L’élève est tenu d’aller chercher les devoirs à faire par Internet, à toute heure, s’ils ne lui ont pas été donnés à la fin du cours : difficile de s’étonner, ensuite, qu’il soit devant un écran moins de deux heures avant de se coucher ! Le confinement n’a en ce sens qu’accentué le mal, en habituant un peu plus à y voir le meilleur remède.

Du papier et de vieux tableaux noirs

Dans L’Emprise numérique. Comment Internet et les nouvelles technologies ont colonisé nos vies (L’Échappée),livre aussi percutant que bien informé, Cédric Biagini rappelle une nouvelle fois que les concepteurs de Google, de l’iPad ou d’eBay, parfaitement conscients de l’addiction que cela crée, veulent en préserver leurs enfants. Ainsi, la Waldorf School of Peninsula accueille-t-elle les enfants de nombreux cadres supérieurs de Google, Yahoo, Apple. Le New York Times résumait déjà en 2011 les principes de cette école, recherchée par des parents à la pointe du progrès technologique : « Les partisans de la pédagogie Waldorf estiment que les ordinateurs inhibent la créativité, le mouvement, les interactions sociales et la capacité d’attention. » La description des classes vaut le détour : « Seulement du papier, des stylos, des aiguilles à tricoter, parfois de la terre glaise. De bons vieux tableaux noirs, des pupitres en bois et des encyclopédies sur des étagères. » L’image d’un tel décor provoquerait sans doute un tollé dans l’Éducation nationale : les professeurs réclameraient d’urgence plus de moyens pour mettre fin à cet archaïsme discriminatoire qui prive les élèves de « l’outil informatique ». Une précision, les frais de scolarité à la Waldorf School of Peninsula sont en moyenne de 20.000 euros par an : pas vraiment une école pour défavorisés.

On se souvient que le président Emmanuel Macron opposait avec dédain les partisans de la 5G et les défenseurs de la méthode « amish ». L’étude des méfaits du confinement connecté amènera-t-elle au moins à quelques timides prises de conscience ? Peut-être pourrait-on alors comprendre enfin pourquoi les concepteurs des grandes machines à décerveler sont si nombreux à payer cher pour que leurs enfants bénéficient du modèle éducatif « amish ».  

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