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Ambassade de France près le Saint-Siège, les cent vies de la Villa Bonaparte

Ambassade de France près le Saint-Siège

La Villa Bonaparte, à Rome, résidence de l’ambassade de France près le Saint-Siège.

Camille Dalmas - Publié le 24/04/21

Résidence de l’ambassade de France près le Saint-Siège, la Villa Bonaparte, à Rome, est un témoin unique des grands événements qui ont marqué les 300 dernières années. Reportage.

La Villa Bonaparte, aujourd’hui résidence de l’ambassade de France près le Saint-Siège à Rome, ne peut faire valoir que 300 ans d’existence, un battement de cils à l’échelle de la Ville Éternelle. Son histoire, cependant, est un témoignage dense et unique des grands événements qui ont marqué les derniers siècles, mais aussi de la construction d’une relation diplomatique singulière entre la France et la papauté.

Pour se rendre à la Villa Bonaparte depuis le centre-ville de Rome aujourd’hui,  le plus simple est de trouver l’antique via Nomentana, artère orientée vers le nord-est et qui débute aux alentours du Palais du Quirinal. La portion centrale de cette avenue porte le nom de via Venti Settembre – la rue du Vingt Septembre en français – un toponyme qui a son importance en ce qui concerne notre destination, nous le verrons. 

Arrivé à la PortaPia, une des nombreuses portes de la grande muraille d’Aurélien (IIIe siècle), l’œil peut se trouver attiré par le bâtiment à l’architecture pour le moins originale – une sorte de bunker sur pilotis – qui se trouve être l’ambassade de la couronne britannique en Italie. Bien plus discret est le bâtiment de l’autre côté de la rue, masqué par quelques arbres, de majestueux pins centenaires, et un petit mur d’enceinte grillagé : la Villa Bonaparte. 

La Villa Bonaparte avant sa fondation

Si la construction de cette calme villa remonte aux années 1740, l’histoire de ce petit terrain, qui a toute son importance, commence bien avant. Dès la construction de la muraille d’Aurélien, cette parcelle se trouve dans l’enceinte de l’Urbs, mais n’est pas construite. On y trouve, comme toujours aux limites d’une ville romaine, des tombes et des monuments funéraires. Le terrain est laissé à l’abandon au Moyen Âge du fait d’un rétrécissement de l’urbanisation. 

La Ville Éternelle ne reprendra son expansion qu’à la Renaissance,  les terrains nus devennant alors souvent des propriétés pour les riches familles romaines, où se mêlent ruines antiques et petits domaines agricoles. En 1564, Michel-Ange bâtit la Porta Pia, signe d’une réappropriation de cet espace par le pouvoir papal de l’époque. Une petite bâtisse est alors construite en marge de la parcelle délaissée. Mais ce n’est que deux siècles plus tard que la villa apparaît, après l’acquisition du terrain par le cardinal Valenti Gonzaga. 

La Villa avant Bonaparte

Ce secrétaire d’État du pape Benoît XIV (1740-1758), un prélat richissime de Mantoue – membre de la célèbre famille des Gonzague – est un défenseur des arts anciens et nouveaux. Son nom est resté dans l’histoire comme l’un des artisans à l’origine de la fondation des Musées du Vatican. Au service du pontife, il va s’employer à limiter la dispersion du patrimoine romain, en proie à bien des convoitises en Europe. Il constitue à cette occasion une immense collection personnelle. 

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C’est dans ce contexte qu’il acquiert le terrain de la Porta Pia, situé à proximité du Quirinal, alors palais des papes. Il y construit une villa d’un style relativement simple, bâtie sur trois niveaux avec un balcon au premier étage faisant face à des jardins « à l’italienne ». À l’intérieur, il dispose son immense collection de tableaux – plus de 800, dit-on. Il dote la bâtisse d’une salle de réception, d’une librairie et d’une petite chapelle. À l’intérieur, le haut prélat cède à la mode de l’époque, l’ « exotisme » et colore certains murs et plafonds « à la chinoise » avec des scènes typiques et des végétations asiatiques qu’on ne peut plus admirer aujourd’hui. 

Suite à la mort du haut prélat en 1756, ses héritiers vendent la villa en 1761 à un autre cardinal, Prospero Colonna di Sciarra, préfet de la Congrégation Propaganda Fide, l’actuelle Congrégation pour la doctrine de la foi. Il poursuivit les aménagements et le bien resta dans sa famille jusqu’à sa vente, en 1816, à Pauline Borghese, de son nom de jeune fille Pauline Bonaparte.

La Villa Paolina

C’est cette petite sœur de l’Empereur qui va laisser sa marque, son prénom puis son nom de jeune fille à la villa. En 1815, Napoléon est défait à Waterloo et exilé. Le pape Pie VII (1800-1823) accueille alors la famille Bonaparte à Rome, et Pauline, mariée puis séparée du prince Camillo Borghese, se met alors en tête d’acquérir une demeure dans la Ville Éternelle. Elle acquiert finalement la villa de la Porta Pia et entreprend d’importants travaux d’aménagement et d’ameublement, dépensant des sommes considérables. On lui doit notamment les salles marquées par l’égyptomanie de l’époque, ou encore les plafonds végétaux du premier étage. 

En images : la Villa Bonaparte, à Rome

La sœur de l’empereur mène grand train et rassemble autour d’elle un salon de personnalités, généralement fasciné par sa beauté. C’est d’ailleurs pour cette qualité qu’elle est restée célèbre à Rome, où tous gardent d’elle l’image immortalisée dans le marbre immaculé d’une représentation de la Venere Vincitrice réalisée par Antonio Canova et aujourd’hui chef d’œuvre du Palais Borghese. 

Une « Brèche » dans la Villa

Pauline meurt en 1825, et la villa est léguée à ses neveux, puis récupérée par la princesse Zénaïde Bonaparte, fille du frère aîné de Napoléon, Joseph. C’est à cette époque que le futur Napoléon III y passe plusieurs hivers en famille. Quand ce dernier prend le pouvoir, il aspire à y retourner mais n’y parviendra pas. La villa va rester dans la famille jusqu’à la fin du siècle mais sera entre temps le théâtre d’un des événements les plus importants de l’histoire de l’Italie, celui de la « Brèche ».

À l’époque, le Pape et souverain de Rome est Pie IX. Afin de protéger cette portion des États pontificaux des velléités nationalistes de la maison de Savoie, l’empereur français a mis en garnison une division de ses zouaves. Cependant, il se voit obligé de la retirer à l’été 1870 à cause du déclenchement du conflit contre la Prusse, qu’il va perdre en quelques mois. Les nationalistes italiens en profitent pour achever l’unification de l’Italie en y adjoignant la dernière pièce centrale manquante qu’est Rome. 

Le hasard fait que le bref assaut qui va permettre la prise de la ville a eut lieu… dans les jardins de la villa Bonaparte. La « breccia » de la Porta Pia a en effet été ouverte dans la muraille aurélienne qui jouxte la propriété. Aujourd’hui encore, on peut observer un monument commémoratif de ce fait d’arme du 20 septembre – d’où le nom de la rue adjacente – 1870. Malgré le renversement politique, la villa restera malgré tout dans le giron Bonaparte jusqu’en 1906. 

L’ambassade de Prusse

L’ironie de l’histoire est que le palais est vendu à une société de bienfaisance allemande qui agit pour le compte du gouvernement de Prusse, responsable de la déchéance des Bonaparte. L’occupant garde cependant le nom des anciens propriétaires, qui a perduré jusqu’aujourd’hui. En 1908, elle devient le siège de la légation de Prusse près le Saint-Siège. Les nouveaux propriétaires se mettent en tête de rénover la Villa, et construisent des bâtiments annexes. 

En 1914, le Reich s’oppose à la ligne pacifiste de Benoît XV (1914-1922), qu’il considère comme trop favorable à ses adversaires, et rappelle son ambassadeur à Berlin. Les liens diplomatiques avec l’Allemagne (et non plus le IIe Reich, dissous en 1918 après la défaite allemande) sont renoués en 1920, et l’ambassade allemande poursuit son office qui redevient délicat avec l’arrivée des nazis au pouvoir en 1933. La Seconde guerre mondiale va exacerber les tensions entre le Saint-Siège et l’Allemagne nazie, mais les liens diplomatiques ne seront jamais rompus. La défaite en 1945 entraîne la vente des immeubles diplomatiques allemands dans le monde. À Rome, la France voit l’opportunité de récupérer un bien qui lui est historiquement associé, et saute sur l’occasion.

L’ambassade de France

L’artisan de cette acquisition n’est autre que Jacques Maritain, alors ambassadeur de France près le Saint-Siège. Cependant, dans les années qui vont suivre et à cause des retards de paiement français, l’ambassade manque de retourner dans le giron allemand, qui veut récupérer son ancienne ambassade. Tout rentre dans l’ordre, et la France réaménage les lieux, faisant notamment venir des pièces historiquement liées à la famille Bonaparte se trouvant dans son Mobilier national. L’installation définitive du nouvel ambassadeur, Wladimir d’Ormesson (oncle de Jean d’Ormesson), a lieu en 1950.

L’installation dans la Villa Bonaparte est un moment clé dans l’histoire des relations entre la France et le Saint-Siège, puisqu’il met fin à des années d’ « ambassade errante », pour reprendre les mots de Wladimir d’Ormesson, le lieu de résidence ayant beaucoup changé lors des derniers siècles. Depuis lors, la villa de campagne est devenue un lieu d’histoire au cœur de Rome, visités par chacun des présidents de la république. Et aujourd’hui encore, en ces lieux si paisibles, résonne les tribulations de cette partie de l’histoire de France.

Edit – 26 avril 2021 à 12h54. Une erreur de date s’est glissée à propos de la prise de Rome. Il fallait lire 20 septembre 1870 et non 1871. La rédaction prie ses lecteurs de l’excuser pour cette coquille qui est désormais corrigée.

Tags:
ambassadeurdiplomatiePatrimoineVatican
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