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L’Église boycotte-t-elle vraiment les campagnes de vaccination ?

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Frédéric Scheiber / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Doses du vaccin AstraZeneca contre le Covid-19.

Jesús Colina - Publié le 19/04/21

Des médias internationaux ont publié ces dernières semaines des tribunes ou des articles accusant l'Église de mettre en danger des millions de vies. Ils lui reprochent de boycotter implicitement les campagnes de vaccination contre le Covid dans le monde entier en soulevant des questions éthiques. À juste titre ? Éléments de vérification.

Plusieurs médias internationaux accusent l’Église catholique de boycotter les campagnes de vaccination contre le virus Covid-19, la tenant pour responsable des décès qui en résultent. Selon ces journalistes, l’Église attaque ou simplement démonte ces campagnes en soulevant des questions éthiques liées au rôle des cellules issues de l’avortement à l’origine des vaccins. Par exemple, un article publié par Debora Diniz et Giselle Carino dans les pages du journal espagnol El País affirme que « même si la question de la pandémie de Covid-19 est une urgence mondiale, l’Église catholique renoue avec son propre fanatisme, en présentant l’avortement comme une question morale plus urgente que celle de sauver des millions de vies. »

La BBC, pour sa part, a publié un article en espagnol confirmant la véracité des informations transmises par le Vatican concernant un lien éloigné avec l’avortement à l’origine de certains vaccins contre le Covid-19. Cependant, certains des experts sollicités par la publication britannique considèrent que l’Église ne devrait pas insister sur ces aspects, car cela risque d’avoir un impact négatif sur la campagne de vaccination qui est décisive pour mettre fin à la pandémie. La BBC cite notamment le Dr José Ramón Orrantia, un spécialiste de bioéthique de l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM), qui affirme que, bien que l’Église ait raison, elle devrait garder le silence sur cette question. « Il est dangereux de promouvoir des idées contre la vaccination, car cela décourage les gens de se faire vacciner », estime l’expert.

Dans un article du Newsweek, Arthur Caplan, spécialiste de bioéthique de l’Université de New York, affirme qu’avec 1,3 milliard de catholiques dans le monde, « c’est une voie dangereuse » de semer des doutes qui pourraient en amener certains à hésiter au moment de décider quel vaccin recevoir. En définitive, selon certains de ces analystes, l’Église pourrait être tenue responsable de la mort de milliers de personnes si les campagnes de vaccination échouent ou ralentissent en raison des questions morales qu’elles soulèvent.

Ces inquiétudes sont-elles fondées ? L’Église met-elle vraiment en péril les campagnes de vaccination et contribue-t-elle ainsi à la prolongation de la pandémie avec son énorme coût en vies humaines ? Vérifions si ces inquiétudes sont confirmées par la réalité. Tout d’abord, remarquons que le pape François est devenu en quelques temps l’autorité morale internationale la plus engagée dans la promotion des campagnes de vaccination. Alors que périodes de confinement se succèdent depuis un an, relevons également que les deux plus importantes interventions publiques du pape François, les messages « Urbi et Orbi » de Noël et de Pâques, ont été aussi un appel vigoureux aux vaccins pour tous, en particulier pour les pauvres. Le pape François et son prédécesseur, le pape émérite Benoît XVI, ont personnellement donné l’exemple en se faisant vacciner. Le Vatican a créé des fonds destinés à financer des vaccins pour les populations des pays pauvres. 

Se faire vacciner comme un « acte de charité ».

Les conférences épiscopales de plusieurs pays, notamment aux États-Unis, ont invité les catholiques à se faire vacciner comme un « acte de charité » pour préserver la vie de ceux qui nous entourent et surmonter au plus vite les dangers de la pandémie. Dans les pays où elle a été sollicitée, l’Église catholique a mis à disposition ses propres espaces comme centres de vaccination. Comment est-il possible alors d’accuser l’Église de boycotter la campagne de vaccination ?

La dignité humaine

L’Église, fidèle à l’Évangile de Jésus-Christ, ressent l’obligation morale de toujours prendre le parti du respect de la dignité fondamentale de la personne humaine. C’est pourquoi, sur la base de données fournies par la science et confirmées par les laboratoires pharmaceutiques eux-mêmes, l’Église, en particulier la Congrégation pour la doctrine de la foi, a mis en garde contre la gravité morale de l’utilisation de « cellules provenant de fœtus avortés […] permettant de créer des lignées cellulaires destinées à la recherche scientifique ».

Ces lignées cellulaires sont utilisées, avec des niveaux de responsabilité différents, dans les vaccins approuvés dans les pays occidentaux. Il convient de préciser que les vaccins contre le Covid-19 ne sont pas fabriqués à partir de cellules prélevées directement sur des bébés humains avortés, mais à partir de cellules créées par des scientifiques il y a près de 50 ans et reproduites en permanence en laboratoire.

Les évêques américains ont rappelé que « les vaccins Pfizer et Moderna ont suscité des inquiétudes parce qu’une lignée cellulaire issue de l’avortement a été utilisée pour les tester, mais non pas pour les produire. » « Le vaccin de Johnson & Johnson, cependant » ajoutent les mêmes évêques, « a été développé, testé et produit avec des lignées cellulaires dérivées de l’avortement, ce qui soulève des préoccupations morales supplémentaires. »

Tous les vaccins reconnus comme cliniquement sûrs et efficaces peuvent être utilisés.

Maintenant, étant donné la mise en danger de millions de personnes, la même Congrégation précise que, « lorsque des vaccins contre le Covid-19 éthiquement irréprochables ne sont pas disponibles (…), il est moralement acceptable de recevoir des vaccins contre le Covid-19 qui ont utilisé des lignées cellulaires de fœtus avortés dans leur processus de recherche et de production. »

Le Vatican clarifie : « Tous les vaccins reconnus comme cliniquement sûrs et efficaces peuvent être utilisés, conscients que le recours à ces vaccins ne signifie pas une coopération formelle avec l’avortement dont sont issues les cellules à partir desquelles les vaccins ont été produits ». Si les circonstances l’exigent, comme c’est le cas actuellement en cas de pandémie, la Congrégation du Vatican recommande « la vaccination, surtout pour protéger les plus faibles et les plus exposés. »

Les autorités sanitaires et les experts scientifiques, et même les laboratoires pharmaceutiques eux-mêmes, ont constaté les effets collatéraux de certains vaccins, comme ceux produits par Johnson & Johnson ou AstraZeneca. Certains gouvernements ont même suspendu les campagnes de vaccination pour cette raison. C’est un devoir à la fois scientifique et moral de vérifier ces effets. En même temps, ces effets secondaires marginaux sont mis en balance par les autorités avec l’obligation de sauver des millions de vies humaines. Personne ne peut moralement accuser les scientifiques ou les autorités sanitaires de boycotter les campagnes de vaccination lorsque ces effets secondaires sont observés et mentionnés.

Un acte de conscience

De la même manière, l’Église ne boycotte pas les campagnes de vaccination lorsqu’elle met en garde contre les problèmes éthiques qui sont à l’origine de certains vaccins. En effet, dans ses enseignements, l’Église défend le droit de se faire vacciner, considérant cela comme un « acte de charité ». Ceux qui ont lu l’Évangile savent que la charité est, pour Jésus-Christ, le sceau des chrétiens.

En offrant ses avertissements, ses exhortations et son témoignage, l’Église, dans son rôle de guide moral, traite les chrétiens en tant qu’adultes. C’est peut-être ce que certains des analystes qui ont critiqué l’Église et le Pape ne prennent pas en considération. Ils préféreraient des messages simples, tranchés, mais ce n’est pas la réalité de la situation.

La vaccination est un acte de conscience, que chaque personne doit exercer en toute liberté. Cette liberté doit pouvoir s’appuyer sur la meilleure information possible.

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