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Toulouse : Guillaume fait la classe aux enfants qui vivent dans des squats

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G. Chemineau

Isabelle du Ché - Publié le 14/04/21

Guillaume est un professeur des écoles atypique. Pas de classe attribuée, pas d’élèves sagement assis derrière leur bureau. Issu de l’enseignement catholique de Toulouse, il se déplace auprès de familles tentant de survivre dans des squats ou des bidonvilles et accompagne leurs enfants dans leur scolarisation. Portrait.

« C’est dans l’ADN de ma profession, mais aussi de chaque chrétien d’être au service », assure d’emblée Guillaume C. Au service, ce professeur des écoles de 46 ans l’est quotidiennement. Enseignant depuis vingt ans, Guillaume est, pour sa sixième année, professeur relais itinérant. Avec ses deux collègues, Caroline et Gabrielle, ils font vivre un dispositif de médiation scolaire auprès des plus pauvres, rattachée à l’école Saint Joseph – La Salle de Toulouse. Ce dispositif est ancré dans les préconisations de l’Education Nationale, mais aussi dans la lignée du projet éducatif lasallien qui place la scolarisation accessible aux plus pauvres, depuis les premières écoles fondées par Jean-Baptiste de La Salle au XVIIe siècle. « Je suis un enseignant ordinaire à la rencontre d’enfants ordinaires mais vivant dans des conditions indignes », se plaît-il à décrire.

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Tonia et Emmanuel prêts à aller à l’école pour la première fois.

Guillaume se rend auprès des familles installées dans des bidonvilles, des squats ou des hébergements d’urgence. « Nous sommes là pour que les phénomènes de précarité subis par ces familles – nourriture, logement, emploi, santé, statut – ne soient pas un frein à la scolarisation des enfants », précise l’enseignant. Concrètement, il évalue les besoins de scolarisation au plus près du terrain et accompagne les familles dans leurs démarches auprès des écoles : inscriptions, orientation, rentrée en classe, accession à divers droits, suivi de l’assiduité. Les enfants qui maîtrisent mal la langue française peuvent aussi bénéficier, sur certaines heures de cours, d’un enseignement spécifique dans un autre établissement public ou privé. 

On tente tout ce qu’on peut pour aider ces enfants à poursuivre leur scolarité.

Choqué par la précarité de la vie de ces familles, Guillaume se sent à sa place, même si « cela peut être dur moralement ». Certaines familles vivent dans la boue ou sous tente et se demandent comment elles se nourriront le soir. Les conditions matérielles pour apprendre ne sont souvent pas réunies : les enfants n’ont ni bureau, ni chambre pour travailler. Aussi, « pour éviter le risque de s’habituer à cette pauvreté, la durée d’évolution dans ce métier ne doit pas durer plus de six ans », estime le professeur relais. Il est en effet important que ces enseignants, se basant sur leur expérience, ne deviennent pas des experts déconnectés du milieu scolaire ordinaire.

Aimez-vous les uns les autres est une invitation du Christ que Guillaume prend au sérieux, comme sa mission de service public. Il se veut en effet « au service de ces autres qui subissent une vie très précaire mais qui ont, comme toute famille en France, droit à la scolarisation de leurs enfants ». Il ne se qualifie pas pour autant de sauveur : « On ne fait pas de miracles. Avec nos collègues enseignants qui les accueillent dans leurs classes et nos partenaires sur les lieux de vie précaire, on tente tout ce qu’on peut pour aider ces enfants à poursuivre leur scolarité le plus sereinement possible dans leurs écoles toulousaines ». Parfois un sentiment de décalage s’insinue chez Guillaume : « Ces familles sont dépourvues de tout et nous venons leur proposer l’école. Est-ce là l’urgence ? Et nous, le soir, en rentrant à la maison, nous retrouvons notre confort ». 

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Un bidonville à Toulouse.

Depuis septembre 2020, quelque 315 enfants habitant dans un squat ou un hôtel d’urgence ont été rencontrés par Guillaume, Caroline et Gabrielle. À Toulouse et dans son agglomération, 192 d’entre eux sont actuellement accompagnés, de près ou de loin, par ce trio de choc. Quelquefois, le besoin de soutien de la part des collectivités territoriales tarde à se faire sentir. « L’Enseignement catholique soutient notre mission depuis un an et demi. La reconnaissance par l’enseignement public met plus de temps à s’opérer », regrette Guillaume.

Depuis ce troisième confinement, Guillaume et son équipe visitent les familles, préservant ainsi le lien avec leur école. Ils transmettent des fiches de travail et accompagnent à leur compréhension, les parents ne sachant souvent ni lire ni écrire. Conscient d’être à sa place, Guillaume trouve dans cette mission une cohérence entre son métier, ses convictions et sa foi. 

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