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Cet essentiel, invisible pour les yeux

FEMME MASQUE FENÊTRE

© irem01 - shutterstock

Pierre Vivarès - publié le 26/03/21

La fête de Pâques approche. Et si nous regardions notre vie en essayant objectivement de voir ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas ?

Si la situation n’était pas aussi grave sur le front de l’épidémie et des hospitalisations, il y aurait matière à sourire quant aux décisions gouvernementales d’ouverture et de fermeture des commerces et des lieux de rassemblement. Une question malheureuse avait été posée et qui perdure maintenant : qu’est-ce qui est essentiel et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Derrière ce mot « essentiel », un regard avait été posé sur la société dans son ensemble : que faut-il laisser ouvert pour que nos concitoyens vivent ? Mais la réponse à « vivre » n’avait pas été définie. 

Car, d’un point de vue objectif — dans une pyramide de Maslow — boire, manger et dormir peuvent bien suffire à la conservation de notre être. Mais d’un point de vue subjectif, travailler, créer, prier sont peut-être tout aussi essentiels à notre vie. Conserver la vie physique d’un patient peut devenir relatif à la conservation du lien qu’il entretient avec sa famille lors de sa fin de vie. L’essentiel est invisible pour les yeux et nous sommes fixés sur la matière. 

Un autre regard

Je me souviens, dans les années 1990, que le roi Hassan II avait décidé l’érection de la mosquée de Casablanca. Certains journalistes français s’étaient émus du montant de la construction d’un édifice cultuel alors qu’une partie importante de la population du Maroc vivait encore sous le seuil de pauvreté. Hassan II leur avait répondu que pour beaucoup de Marocains, prier était aussi essentiel que manger. Il s’agissait d’un autre regard sur la vie, un autre regard sur notre humanité, un autre regard sur ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas. 

L’Écriture sainte le montre, les crises révèlent la vérité dans le cœur de l’homme.

Mon propos n’est pas de juger ici des directives prises par nos gouvernants : je pense qu’ils font ce qu’ils peuvent et pour rien au monde je ne voudrais prendre leur place et décider du sort de nos concitoyens pour le bien public. Cependant ces réflexions en temps de crise peuvent éclairer chacune de nos vies et, comme toute l’Écriture Sainte le montre, les crises révèlent la vérité dans le cœur de l’homme. 

Choisir à nouveau

La fête de Pâques approche, le temps où les chrétiens sont invités à choisir de nouveau de vivre leur condition de disciples. Et si nous regardions notre vie en essayant objectivement de voir ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas et quelles hiérarchies nous établissons ?  Nous pourrions dessiner notre propre pyramide de Maslow et peut-être mieux discerner le temps, les moyens, l’engagement que nous accordons à ce qui est essentiel pour nous et ce qui ne l’est pas. Le temps consacré à telle ou telle activité, l’argent dépensé pour telle ou telle réalité, la présence gratuite auprès de certaines personnes, la démarche physique de retrouver nos frères chrétiens pour prier, l’investissement pour notre culture, notre santé, notre bien-être et l’investissement pour les autres : toutes ces questions relèvent de ce qui est essentiel et de ce qui n’est pas essentiel. 

Mais nous verrons aussi qu’entre ce que nous disons être essentiel et ce que nous faisons, il y a peut-être un écart entre les paroles et les actes. Nous aurons tous des réponses différentes suivant nos états de vie, notre situation familiale, notre âge, notre santé et c’est heureux : les chrétiens ne sont pas formatés sur un moule unique à reproduire. Mais un chrétien est quelqu’un qui entend les deux grands commandements : tu aimeras le Seigneur ton Dieu et ton prochain comme toi-même. Le Christ nous dit ce qui est essentiel et nous invite à y réfléchir. Alors certes nous n’aurons pas 135 euros d’amende ou une fermeture administrative si nous n’obéissons pas, mais lorsque la vie est réduite à l’essentiel, il faut bien que nous nous posions la question de ce qui est essentiel pour nous.

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