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Côte d’Ivoire : le calme avant la tempête ?

Henri Konan et Alassane Ouattara

© Issouf SANOGO / AFP

L'ancien président et chef de l'opposition Henri Konan Bedie (à gauche) s'adresse à la presse aux côtés du président ivoirien Alassane Ouattara après leur rencontre à Abidjan le 11 novembre 2020.

Jean-Baptiste Noé - publié le 25/03/21

Rien n’est réglé en Côte d’Ivoire, en dépit des dernières élections présidentielles puis législatives. Profondément fracturé, le pays subit l’infiltration djihadiste au nord et la pénétration des cartels de la drogue au sud.

Réélu président de la Côte d’Ivoire en octobre 2020, Alassane Ouattara est à la tête d’un pays toujours aussi fragile en dépit des deux mandats précédents. Ouattara a dû modifier la Constitution pour pouvoir se présenter une troisième fois et a profité de l’abstention massive de ses opposants pour être réélu. Une victoire qui camoufle les problèmes plus qu’elle ne les résout. Les élections législatives du 6 mars n’ont guère réglé la situation. Le parti de Ouattara est arrivé en tête, en dépit d’un léger recul, mais conserve la majorité absolue. La coalition conduite par Henri Konan-Bédié réalise un score honorable et accroît son nombre de sièges. Ces élections révèlent de nouveau la fracture ethnique du pays, avec un nord musulman acquis à Ouattara et un sud animiste et chrétien regroupé autour de Konan-Bédié. 

Les derniers combats des crocodiles

Depuis les guerres ethniques et civiles de 2004, le pays s’est figé dans une fausse stabilité qui cache mal les failles profondes en cours de création. Les chefs politiques du pays n’ont pas été renouvelés et vieillissent. Ouattara a 79 ans, Konan-Bédié 87 ans et Laurent Gbagbo est le plus jeune, 76 ans tout de même. Les trois se partagent l’héritage de Félix Houphouët-Boigny, une époque qui paraît de plus en plus éloignée à une population très jeune. Plusieurs Premier ministres de Ouattara sont morts dans des conditions accidentelles, dont le dernier est Hamed Bakayoko, décédé le 10 mars dernier en Allemagne à 55 ans, officiellement d’un cancer du foie. La rumeur de la rue parle d’un empoisonnement, ce qui semble peu probable, mais ce qui affaiblit Ouattara, soupçonné par ses détracteurs d’éliminer ses potentiels successeurs. Une guerre de l’information et de la rumeur qui n’aide guère à la pacification des esprits.    

La tenaille du djihad, l’enclume de la drogue

Le principal danger de la Côte d’Ivoire est le développement de l’islamisme, qui s’infiltre à partir du Mali. Déjà très présentes au Burkina Faso, les milices djihadistes descendent vers le nord de la Côte d’Ivoire, où la population musulmane est majoritaire. Dans la vidéo diffusée le 1er février par le directeur de la DGSE où est filmée la réunion des trois principaux chefs djihadistes du Sahel, on voit ceux-ci discuter de l’extension future du djihad en désignant nommément la Côte d’Ivoire comme leur prochaine cible. Déjà présent au Nigéria, au nord Cameroun et au Burkina, la zone grise djihadiste descend vers le golfe de Guinée qui devient un front secondaire, et probablement un jour principal, du combat djihadiste. S’étendre vers le golfe de Guinée permet non seulement de toucher d’autres populations et de raviver le djihad, mais aussi et surtout de se connecter aux cartels de la drogue, de plus en plus nombreux dans le golfe de Guinée, tant et si bien que celui-ci est devenu la porte d’entrée africaine des cartels sud-américains. 

S’il n’y a personne pour remplacer le trio de présidents Ouattara, Gbagbo, Konan-Bédié, dont les années actives sont de plus en plus limitées compte tenu de leur âge, le risque est de voir la proclamation d’un califat islamique dans le nord du pays à la fin de l’actuelle mandature Ouattara.

Le 6 mars dernier, ce sont 17 tonnes de résine de cannabis qui ont été saisis au Niger, en provenance du Liban et transitant par le port de Lomé au Togo. Le 22 mars, la Marine nationale a intercepté un cargo transportant 6 tonnes de cocaïne, toujours dans le golfe de Guinée. Cette drogue est acheminée pour l’essentiel par les cartels sud-américains, notamment ceux du Paraguay et du Venezuela. L’Afrique a longtemps été une zone de transit vers l’Europe, c’est désormais aussi une zone de consommation. La connexion est en train de s’établir entre les cartels américains et les mouvements djihadistes, la drogue leur permettant de financer leurs opérations de guerre. L’accès au golfe de Guinée est donc une nécessité d’une part pour toucher de nouvelles zones et de nouveaux combattants, d’autre part pour accéder à la manne financière permettant de financer le djihadisme. Le port ivoirien de San Pedro est à la fois le premier port mondial pour le transit de cacao et la porte d’entrée de la drogue dans le pays. Alors que Laurent Gbagbo avait lutté contre les trafiquants, faisant arrêter plusieurs dignitaires corrompus dans ces trafics, la lutte contre la drogue s’est quelque peu assoupie ces dernières années. S’il n’y a personne pour remplacer le trio de présidents Ouattara, Gbagbo, Konan-Bédié, dont les années actives sont de plus en plus limitées compte tenu de leur âge, le risque est de voir la proclamation d’un califat islamique dans le nord du pays à la fin de l’actuelle mandature Ouattara. Un califat qui pourrait émerger à la suite des troubles prévisibles qui accompagneront le départ de l’actuel président. 

Un front français

Le pays tient encore grâce à la présence française. L’opération Barkhane au Sahel permet de freiner l’infiltration djihadiste, la présence du contingent français en Côte d’Ivoire aide à une stabilisation relative du régime. En 2004, les Français présents dans le pays étaient au nombre de 80.000. Chassés par les manifestants en furie, beaucoup ont dû partir en catastrophe, protégés par l’armée française qui a aidé leur exfiltration. Leur nombre est aujourd’hui inconnu, l’ambassade ne communiquant pas cette donnée. Certes beaucoup moins nombreux qu’en 2004, ils peuvent craindre néanmoins les soubresauts qui ne manqueront pas d’agiter le pays dans les années qui viennent. La présence militaire française permet pour l’instant de limiter le basculement du pays. Si cela devait advenir, c’est l’ensemble de la région du golfe de Guinée qui risquerait d’être emportée. 

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