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Saint Patrick, le trèfle et les druides

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Derick Hudson / Shutterstock

Aliénor Goudet - publié le 16/03/21 - mis à jour le 13/03/23

Si de nombreux miracles lui sont attribué, il n’y a que peu de détails sur la vie de saint Patrick. Même son nom et sa date de naissance sont contestés. Mais une chose est certaine : ce grand saint est à l’origine de la conversion de l’Irlande au Ve siècle.

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Irlande, 432. Sur l’herbe verte de la vaste plaine de Brega, se tient une foule impressionnante. Paysans et villageois de divers clans se sont rassemblés. Pourtant certains sont ennemis de longue date. Mais aucun d’eux ne semble s’en soucier. Toute leur attention est portée sur cet homme venu de Bretagne. Il s’appelle Patrick et parle remarquablement bien la langue de cette terre païenne. Les six ans de captivité qu’il y a passé dans sa jeunesse n’ont jamais quitté sa mémoire. Sa vocation date de cette époque. Le paganisme de ces peuples peureux l’avait outré.

Et maintenant, c’est sa mission de débarrasser l’Irlande de ces superstitions. Et voilà qu’une foule d’entre eux vient l’écouter parler du Christ et du Dieu unique. Il faut dire qu’il n’y est pas allé de main morte pour attirer leur attention. Depuis son arrivée, il bouscule les traditions païennes pour instaurer celle de la chrétienté. Par exemple, en illuminant la plaine pour la Vigile pascale le jour où, selon la tradition des druides, personne ne peut allumer son feu avant eux. Certains qui voulaient lui faire payer cet affront font aujourd’hui partie de la foule.

Mais alors que Patrick prêche la paole, des galops se font entendre. Un groupe de cinq cavaliers s’arrête près de la foule. Ils sont vêtus de longues tuniques blanches et de manteau à capuches. Des ossements d’animaux et autres talismans pendent à leurs ceintures. Leurs barbes et leurs cheveux  descendent jusqu’à leur taille. Lorsque les druides descendent de leurs montures, la foule opère comme un mouvement de recul. Seul Patrick ne bronche pas et fixe les ennemis de sa mission. Le plus vieux du groupe s’avance vers lui.

– C’est donc toi, la langue fourchue qui vient injurier nos Dieux, dit-il.
– On ne peut injurier ce qui n’existe pas, répond sèchement Patrick.
– Prends garde, étranger. Tes blasphèmes ne seront pas impunis.

Le druide enragé se tourne alors vers la foule qui recule à nouveau.

– Avez-vous tous perdu la raison ? s’exclame-t-il. Pauvres fous ! Allez vous repentir à l’arbre de Dagda si vous ne voulez pas que les mauvais esprits emportent vos enfants.

La foule apeurée recule encore. Certains s’enfuient déjà et Patrick sent monter en lui un sentiment de colère. C’est là le plus grand crime de ces croyances païennes : régner par la peur. Avec leur connaissance des herbes, les druides ont un pouvoir absolu sur les âmes ignorantes qui ne peuvent échapper à cette emprise.

– Le Dieu unique est mille fois plus puissant que les vents et corbeaux que vous craignez, déclare Patrick d’une voix forte. C’est Lui-même qui les a créé et ceux-ci ne se plient qu’à Sa volonté !

La foule cesse de reculer, tandis que Patrick et les druides s’affrontent du regard. Mais il ne s’arrête pas là. À son tour, il se tourne vers ceux qui étaient venus l’écouter.

– Vous avez raison d’admirer la nature. Elle est création de Dieu et l’un des plus beaux cadeaux qu’Il nous accorde. Mais elle n’est que le fruit de l’amour du Très-Haut pour nous, ses enfants indignes.
– Sornette ! s’écrie le vieux druide. Pourquoi ton Dieu offrirait-il quoi que ce soit à ceux qui ne l’adorent pas ?
– Vos idoles règnent par la peur, mais le Dieu unique règne par l’amour. Il ne méprise pas ceux qui ne l’adorent pas, mais les attend. Car il est le père patient et miséricordieux de tous.

La foule se concerte, se rappelant l’histoire du fils prodigue dont Patrick parlait ce matin même. Le Dieu unique n’attend donc pas les offrandes et les sacrifices des hommes pour les aimer ? Personne n’a jamais tenu tête aux druides ainsi, mais les yeux de Patrick ne montrent aucune crainte. Ce sont plutôt les druides qui s’agitent face à son éloquence. Ivre de rage, le vieux druide pointe alors un doigt accusateur vers le serviteur de Dieu.

– Tu clames la grandeur du Dieu unique mais toi aussi tu adores trois Dieux ! Le père, le fils et le saint esprit.

Patrick se tait quelques instants, laissant le vent passer. Puis, prenant une grande inspiration, il se penche pour cueillir un trèfle à ses pieds.

–  Voyez ce shamrock, dit-il en le montrant à la foule. Combien de feuilles comptez-vous ?
– Trois mon père, lui répond-on.
– Et combien de trèfles ai-je dans ma main ?
– Un seul !
– Ainsi est le Dieu des chrétiens. Il est seul et unique Dieu, mais se manifeste en trois personnes. Dieu est le trèfle, et les trois feuilles sont le père, le fils et le saint Esprit.

La légende raconte que c’est à cette métaphore que l’Irlande doit son symbole national du trèfle. Saint Patrick s’éteint à la fin du Vè siècle. Ce n’est qu’en 1631 que le pape Urbain VIII l’inscrit au calendrier liturgique. Le saint patron de l’Irlande est fêté le 17 mars qui est aussi la fête nationale du pays.

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Évangélisationirlandesaint patrickSaints
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