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Faut-il croire au sens de l’Histoire ?

© Caroline

Jeanne Larghero - Publié le 13/03/21

Certains prétendus droits considérés comme acquis et indéboulonnables sont en réalité des abus de pouvoir déguisés. Heureusement, rien n’est irréversible.

Nombreux sont ceux qui invoquent la marche du progrès et le sens de l’Histoire pour légitimer toutes sortes de nouvelle législations présentées comme des « avancées ». L’extension des délais de l’avortement ? Une avancée. La législation de l’euthanasie active ou du suicide assisté ? Une avancée. L’autorisation ad libitum des PMA, GPA ? Un progrès pour toutes et tous.

Difficile de s’interposer sans passer pour un ringard absolu, un réactionnaire indécrottable, un pauvre abruti qui ne comprend pas son époque et refuse de vivre avec son temps. Il semblerait qu’une flèche irréversible mène le temps social : un droit conquis serait définitivement acquis, sans aucun retour en arrière possible ni même envisageable. Voilà pourquoi la récente décision de l’Arkansas d’interdire l’avortement est présentée comme un déplorable recul des droits des femmes.

Le progrès ne rend pas meilleur

Cette lecture de l’Histoire s’avère très myope. L’Histoire longue nous apprend au contraire que nombre de prérogatives, légitimes ou non, ont fait l’objet de remises en question. Le statut de chef de famille et les droits qui en découlaient ont été abolis en 1970 ; le droit de vote a été enlevé aux femmes en 1791 avant d’être restauré en 1944. Il n’y a donc pas d’effet cliquet, de loi de non-retour. Ceci nous apprend tout simplement que certains droits sont fondés et enracinés dans les besoins fondamentaux de l’être humain, mais doivent être protégés inlassablement : l’égalité de traitement des hommes et des femmes par exemple. Cela nous apprend également que certains prétendus droits considérés comme acquis et indéboulonnables sont en réalité des abus de pouvoir déguisés. C’est, espérons-le, le jugement que portera l’histoire sur nos prétendues avancées sociétales.

Deux guerres mondiales et quelques génocides auront fini de nous convaincre que le progrès technique a aussi armé notre capacité de nuisance.

Cette lecture de l’Histoire est également naïve : elle repose sur l’idée que le progrès technique indéniable constaté siècle après siècle aurait avancé main dans la main avec une amélioration morale générale du genre humain. Le XXe siècle a démenti cette idée dépassée, issue des philosophies de l’histoire du XVIIIe siècle. Deux guerres mondiales et quelques génocides auront fini de nous convaincre que le progrès technique a aussi armé notre capacité de nuisance. Les nouvelles technologies ne nous ont pas rendus meilleurs, et les générations actuelles ne sont pas nécessairement plus ouvertes d’esprit que celles qui les ont précédées, quoiqu’elles en pensent. Pensez à ces adultes qui dans les années soixante-dix se baladaient nus devant les enfants et adolescents, les leurs ou ceux des autres, se targuant d’être cools, ouverts d’esprit et modernes, et ignorant au passage la gêne de ces derniers. Les réticents étaient considérés comme des coincés, prudes, ou rabat-joie. Mais ce sont eux aujourd’hui qui jugent, accusent et condamnent cette génération déboussolée, persuadée d’avoir représenté l’avant-garde d’une dynamique irréversible.

La dignité de la vie humaine demeure

On peut en tirer deux conclusions : d’une part, nous ne devons pas renoncer à combattre pour que les besoins essentiels du corps et de l’âme humaine soient reconnus et respectés. La véritable cause est bien là : défendre et respecter la vie, toute vie humaine car elle est le premier bien dont dispose tout être humain. Défendre et respecter tous les biens qui permettent à chacun de mener dignement sa vie : santé, respect du corps, éducation, travail, propriété. Cela nous oblige à reconnaître que la défense des droits quels qu’ils soient, n’est pas une cause en soi : la possibilité de mettre unilatéralement fin à une vie n’est pas un droit, c’est un abus de pouvoir, une résurgence d’anciennes pratiques barbares maquillées à la sauce démocratique, qui ne peuvent mériter le nom de progrès. On pensera la même chose des lois de bioéthique envisageant de priver délibérément un être humain de la possibilité d’être élevé par ses parents biologiques : repeignez une fabrique d’orphelins de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, les murs finiront par crier leur misère.

D’autre part, la lecture de l’histoire longue doit redonner confiance à ceux qui mènent ses combats : rien n’est irréversible. On ne revient jamais en arrière car le passé est passé, en revanche on peut encore et toujours faire advenir un monde où les plus démunis seront considérés, aimés et protégés. Cela demande du courage, de la foi, et un effort continu de formation intellectuelle, les meilleurs outils que nous ayons à notre disposition.


IN VITRO

Lire aussi :
Le progrès moral, une nouvelle religion

Tags:
histoiremoralesciences
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