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N’est pas prophète qui veut

songe d'elie

© Philippe de Champaigne, Public domain, via Wikimedia Commons

Le songe d'Elie par Philippe de Champaigne.

Père Jean-François Thomas, sj - Publié le 01/03/21

Quand les faux-prophètes pullulent et qu’il faut sans cesse se méfier des nouveaux oracles qui empêchent de réfléchir, comment reconnaître les signes que Dieu ne cesse d’envoyer ?

L’Église, dans sa liturgie millénaire, invite régulièrement les moines, les clercs et les fidèles à méditer sur l’ensemble des prophéties de l’Ancien Testament qui ne sont éclairées que par la Révélation du Christ. Ainsi de l’extraordinaire Livre d’Isaïe — que saint Ambroise indiqua comme conseil de lecture à saint Augustin après la conversion de ce dernier —, où se déroule toute la Passion du Juste, mais recouverte d’un voile jusqu’à ce que le Maître en accomplisse tous les détails. De tels prophètes — et Isaïe est considéré comme le plus grand — ne courent pas les rues et les places, d’autant plus que l’ère de la prophétie s’achève avec Celui qui la couronne. 

Cependant, des paroles de sagesse concernant l’avenir peuvent être formulées depuis, sans pour autant lier la divine Providence à leurs plans et sans préjuger de la liberté des hommes. Il faut toujours raison garder en leur présence, n’oubliant jamais que, même si inspirées, elles sont des hommes et que ces derniers ne peuvent jamais retransmettre parfaitement et exactement ce que Dieu confie et révèle. Comme le disait Pierre Dac avec son humour ravageur : « Les prévisions sont difficiles, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir. » Il n’empêche que, malgré toutes les limitations dues à la faiblesse et à l’entêtement humains, Dieu ne cesse d’envoyer des signes et que certaines âmes sont choisies pour être le canal de son enseignement au jour le jour.

La prudence de l’Église

Il ne s’agit pas de se laisser prendre au piège de tous ces mystiques auto-déclarés qui sèment le trouble dans les cœurs et qui ne réalisent en fait que l’œuvre du Malin. L’Église est là, maîtresse de Vérité, pour nous aider à reconnaître ce qui vient vraiment du Ciel. Elle demeure toujours prudente, ne s’engageant pas à la légère, et il est bon de l’écouter et de la suivre, y compris lorsque notre mouvement naturel nous pousserait à être plus téméraires et étourdis. Sans cette sage distance, sans cette attente sans impatience, il serait facile d’embrasser tout ce qui brille et qui se révèle parfois, par la suite, source de mensonges, de manipulations et de scandales. 

Le chrétien, par son baptême, a bien reçu l’onction sainte qui le couronne triplement comme roi, prêtre et prophète.

Mais laissons là les phénomènes surnaturels pour nous attacher simplement à notre propre rôle prophétique puisque, à moins de prouver le contraire, le chrétien, par son baptême, a bien reçu l’onction sainte qui le couronne triplement comme roi, prêtre et prophète. Cependant, il ne faudrait pas trop vite parader la tête ceinte de cette tiare qui, le plus souvent, est bien lourde pour nous. Dans sa Lettre aux Anglais, Georges Bernanos écrit très justement : « Le prophète — « Je leur avais bien dit. » Une fois sur mille, il a réellement le droit de le dire, et la postérité lui élèvera des statues. Neuf cent quatre-vingt-dix-neuf fois, il n’est qu’un raté solitaire qui a toujours systématiquement parié pour le pire, et auquel la bêtise des hommes a fait gagner son pari. » Il n’est pas sûr d’ailleurs que le véritable prophète reçoive des lauriers, puisque la plupart ont terminé persécutés, objets de dérision, de haine, de rejet.

Les prophètes déclarés sont nombreux

En tout cas, il est clair que n’est pas prophète qui veut. Les prophètes déclarés sont nombreux. Souvenons-nous de ce terrible épisode de la vie du vrai prophète Élie face aux quatre cent cinquante faux prophètes du dieu Baal, ceux qui se nourrissent à la table de la perfide reine Jézabel qui commet le mal de l’idolâtrie à la face du Dieu d’Israël. Élie est le seul de son espère à être demeuré fidèle au Seigneur. Afin de prouver la grandeur du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, il va, sur le Mont Carmel, défier les faux prophètes du faux dieu dans un concours d’holocauste, chacun invoquant son dieu, tandis qu’Élie regarde ces hommes se taillader les chairs afin que Baal fasse descendre du ciel le feu pour dévorer le sacrifice. Rien ne se passe, bien sûr. Élie finit par bâtir un autel avec douze pierres, pour les douze tribus, découpa le bois et le bœuf, puis fit arroser d’eau le tout par trois fois. Il lui suffit d’implorer humblement le vrai Dieu pour que le feu descendît du ciel et consumât tout, jusqu’à la pierre et à la poussière. Le troisième Livre des Rois rapporte qu’Élie paracheva le travail en égorgeant tous les faux prophètes au torrent de Cison. Cette violence toute biblique est à accueillir désormais de façon allégorique, naturellement. Lorsque Dieu efface le péché de la surface de la terre, Il ne laisse aucune trace du mal. 


ELIJAH

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Le plus souvent, nous méritons bien le sort de ces prêtres de Baal car nous prétendons être des prophètes inspirés alors que nous ne voyons pas plus loin que le bout de notre nez et que nous servons des idoles tout en proclamant que nous faisons la volonté de Dieu. Dans Le Chemin de la Croix-des-Âmes, Georges Bernanos, véritable catholique ayant pris au sérieux son onction de prophète, écrit : « Il me serait affreusement pénible de passer pour un de ces insupportables solitaires qui prétendent donner des leçons aux grands de ce monde, et de leur doigt charbonneux inscrivent des Mane, Thecel, Phares sur les murs », reprenant le fameux récit de la prophétie du jeune Daniel au roi Baltassar festoyant à Babylone avec l’orfèvrerie sacrée volée dans le Temple de Jérusalem.

Rarement pour annoncer des réjouissances

Il n’empêche que le chrétien qui essaie d’ouvrir les yeux ne peut que constater, avant beaucoup d’autres, que Dieu s’échine à réveiller ses peuples par des avertissements qui ne trompent pas et qui sont parfois négligés ou niés par ceux qui devraient servir le Seigneur. Bernanos constate encore, dans Les Enfants humiliés : « Je suis nu devant le scandale, aussi nu que vous le serez vous-même avec moi devant le juste juge, nu comme un ver, il m’est donc facile de constater avant vous que le vent tourne au nord, et lorsque je claque des dents, méfiez-vous, c’est peut-être qu’il neigera demain. » Un prophète est rarement envoyé pour annoncer des réjouissances puisqu’il est là pour renouveler l’esprit de pénitence et de sacrifice, pour ramener le troupeau au bercail. Il est haï la plupart du temps à cause de cette tâche ingrate qui est la sienne. Les prophètes de l’Ancien Testament n’ont cessé de demander à Dieu de leur épargner cette épreuve, ceci avant de s’incliner et d’obéir, au risque de leur vie. Dans une société comme la nôtre, la voix prophétique semble s’être éteinte, non point que Dieu ne parlât plus, mais parce que les messagers sont craintifs et que le plus simple est de suivre le courant tumultueux sans se poser de questions. 

Comme il y a trois mille ans, l’effort doit être tenace pour trouver un Élie s’opposant aux mensonges et aux idoles contemporaines.

D’ailleurs, les oppositions millénaires aux prophètes sont extrêmement efficaces désormais et toute voix discordante finit par être muselée, accusée par exemple de complotisme. Chaque époque des hommes possède ses moyens propres pour étouffer la vérité de Dieu. Les nouveaux oracles se parent de connaissances scientifiques, médicales, d’outils techniques très sophistiqués, mais le but poursuivi n’est pas différent de celui des prophètes de Baal. Comme il y a trois mille ans, l’effort doit être tenace pour trouver un Élie s’opposant aux mensonges et aux idoles contemporaines.

L’homme de la joie pascale

Être prophète n’est pas un luxe, un privilège réservé à une élite. Cela est constitutif de notre essence de baptisés. Cela ne signifie pas que nous recevions des révélations privées, que nous soyons investis de pouvoirs extraordinaires, mais que notre sens du discernement entre le faux et le vrai nous permet d’être éclairés et nous oblige à dénoncer les dérives du monde, tout en demeurant bien entendu dans l’équilibre et à notre juste place. Nous avons le devoir de proclamer ce que nous avons reçu, sans crainte, sans arrogance. Le prophète n’est pas un oiseau de malheur. Il est celui qui redonne vitalité à ce que Dieu a semé et qui est demeuré enfoui, ignoré, paralysé. Il est l’homme de la joie pascale sur le chemin de la pénitence et du repentir.


Elie

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Tags:
BibleDieuprophetie
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