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Monsieur Darmanin, écoutez Peppone

don camillo

Collection ChristopheL

Le petit monde de Don Camillo, 1952.

Henri Quantin - Publié le 24/02/21

Cinquante ans après la mort de Fernandel, une petite leçon politique tirée de "Don Camillo". Le communiste Peppone sait qu’un catholique qui se tient debout n’est pas un séparatiste. Il est plus utile à la société qu’un courtisan qui rase les murs.

Pour faire le portrait d’un bon curé, vous pouvez bien sûr demander aux papes. Les qualités sacerdotales de don Camillo n’ont échappé ni à Pie XII, qui pria Fernandel de venir le voir au Vatican, parce qu’il brûlait de rencontrer le « plus connu des prêtres de la chrétienté après le pape », ni à Benoît XVI qui confessa un jour connaître tous les épisodes presque par cœur, ni à François qui donna en modèle celui qui savait souffrir et rire avec ses paroissiens. 

Un curé dangereux pour l’ordre social !

Pour faire le portrait d’un bon curé, pour ne pas être soupçonné de parti-pris clérical, vous pouvez aussi demander à un maire communiste. Les adversaires honnêtes sont parfois plus lucides que les partisans trop enthousiastes. C’est une des scènes les plus réussies de la série. Elle est tirée du premier volet, le Petit Monde de don Camillo, le plus grand succès de Fernandel avec près de 13 millions d’entrées (loin devant la Vache et le Prisonnier).

Peppone s’est fait accompagner de son conseil municipal et, devant l’évêque qui porte barrette, il a ôté son chapeau. Il ne confond pas laïcité et mépris des traditions. Sa requête, jugeront certains, est fort actuelle : il vient se plaindre d’un curé dangereux pour l’ordre social. Il est vrai que ce prêtre pas comme les autres a renversé une lourde table et a distribué les coups de poing avec une grande générosité. Don Camillo, séparatiste ? « Il en a écrasé quinze. Quinze ! » C’est pourquoi Peppone, tout en reconnaissant que les victimes des coups l’avaient un peu cherché, dresse un portrait du curé idéal qui est d’abord en défaveur de don Camillo : « Vous admettrez, Monseigneur, que le village ne peut pas accepter ça : un prêtre qui se met à faire le rouleau compresseur. »

Le maire communiste veut une Église forte

Règlement de compte idéologique ? Pétition pour obtenir la tête de cette menace contre la République ? Non, c’est tout le contraire. À l’évêque qui propose, peut-être avec un brin de malice, un nouveau curé plus doux qui ne fera de mal à personne, Peppone oppose une fin de non-recevoir : « Cette demi-portion ? Monseigneur, mais ce petit curetin, si je lui donne une gifle, je l’envoie à vingt mètres, tandis que si je donne une gifle à don Camillo, il bouge pas d’un centimètre. » Forte leçon de Peppone : l’anticlérical lui-même, quand il n’a pas la bêtise de l’autoritarisme ou de la mauvaise foi, réclame un curé viril. Il veut une Église forte, conscient de ce qu’il lui doit, y compris quand il l’affronte. 

Le bref échange qui suit, entre le maire et l’évêque, révèle même que Peppone est capable d’arguments fort catholiques :

« Vous ne jugez pourtant pas la valeur d’un prêtre au mètre et au poids ! Non, Monseigneur, nous ne sommes pas des sauvages, mais le fait est que l’œil veut aussi sa part. » 

Sous des allures anodines, voilà un trésor théologique. « L’œil veut aussi sa part » : magistral critère de Peppone, qui semble soudain donner une leçon d’incarnation à l’évêque ! Les sens ne sont pas étrangers à la foi. Seul un spiritualiste désincarné ignore les apparences sensibles et imagine une Église sans tableau ni statue. 

D’homme à homme

Telle est donc la raison pour laquelle Peppone refuse de voir don Camillo quitter le village. Il tient à un adversaire à la fois bien incarné et sûr de lui, à qui on peut parler d’homme à homme. Il veut un prêtre qui porte la soutane sans coquetterie, mais sans honte, non comme une robe de bal, mais comme une tenue de service : « Ce que nous voulions dire, ce n’est pas que vous nous enleviez don Camillo, mais seulement que vous lui fassiez comprendre qu’il doit rester à sa place, ne pas faire de politique et ne pas aplatir personne. » Y a-t-il matière à exégèse dans la double négation finale, qui, en toute rigueur grammaticale, signifierait que Camillo doit aplatir quelqu’un ? Y voir un lapsus révélateur de la pensée cachée de Peppone serait amusant, mais on peut se contenter du contenu manifeste : il n’est pas bon qu’un curé fasse le coup de poing en pleine rue. Pour ce qui est « de ne pas faire de politique », il faudrait évidemment distinguer l’engagement militant dans un parti et le service du bien commun, ce que Peppone ne contesterait peut-être pas. 

Lucidité politique

Ce qui est sûr, c’est que le maire communiste témoigne ici d’une lucidité politique qui manque à bien des députés qui se penchent sur le « séparatisme ». Peppone sait qu’un catholique qui se tient debout est mille fois plus utile à une société qu’un courtisan avachi. Il veut que don Camillo soit curé, seulement curé certes, mais pleinement curé. Il se peut que ce soit là le meilleur service à rendre à l’ordre social, quand il n’est pas caricaturé en exigence de soumission à un petit chef, plus proche de Joe Dalton que de Napoléon. Bernanos l’écrivait avec une belle acuité dans sa Lettre aux Anglais : « En déplorant que le monde n’ait plus son compte d’indociles, je ne trahis nullement la cause de l’ordre. Aucun chef digne de ce nom n’a jamais souhaité diriger un peuple de subalternes ; ce sont là des rêveries de pions ou de dévotes, on ne s’appuie que sur ce qui résiste. » Peppone veut un curé qui résiste à sa gifle, y voyant un appui plus encore qu’un ennemi. Aucun doute, un ministre de l’Intérieur peut gagner à écouter les leçons de politique des maires de petits villages, aussi bien que les conseils d’un écrivain que sa plume ne détourna jamais des combats vitaux de son temps.

Monsieur Darmanin, écoutez Peppone. Il sait, lui, distinguer un curé d’un djihadiste et un indocile d’un « séparatiste ». Sans doute est-ce parce qu’il est un chef digne de ce nom. Écoutez Peppone et les catholiques distingueront à leur tour les projets de loi du gouvernement et les « rêveries de pions ou de dévotes » de la laïcité républicaine. 




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Tags:
Gérald DarmaninSéparatisme
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