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La réincarnation est-elle une hypothèse crédible ?

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Père Michel Gitton - Publié le 22/02/21

La réincarnation est une solution de facilité qui méconnaît à la fois la grandeur de l’être humain qui est définitivement corps et âme, et capable de s’engager pour l’éternité. C’est la beauté du plan de Dieu tel que la Bible le révèle.

La croyance en la réincarnation est une idée très ancienne. Des études ont montré que l’idée de réincarnation est arrivée en force à une époque très précise, au Ve siècle avant notre ère. Elle s’est répandue rapidement et a touché plusieurs ères culturelles : c’est à partir de ce moment-là qu’on en parle dans la Grèce antique (Platon qui la retient favorablement la rattache à un mythe d’origine arménienne) mais aussi dans l’hindouisme et le bouddhisme, dans l’Égypte ancienne également qui alors n’était pas très tournée de ce côté-là ; l’idée ne s’est pas répandue dans le monde chinois, ni dans le taoïsme et le confucianisme mais elle a touché aussi le judaïsme ancien (les esséniens) et certains juifs y croient encore de nos jours… L’Ancien Testament n’est pas très explicite sur la vie après la mort, surtout si on ne prend pas en compte les livres que l’orthodoxie juive a écarté comme par exemple, le deuxième livre des Macchabées, qui met en valeur la résurrection de la chair.

Pythagore le premier a parlé de « métempsychose », en grec « migration des âmes ». Platon ensuite a développé une vision dualiste de l’homme : le corps est une pièce rapportée, il alourdit l’âme. Il parle de l’âme dans le corps comme du conducteur d’un char : le conducteur mène le char où il veut, mais ne doit pas être mené par lui, le char lui reste extérieur et il peut même s’en passer. Cette réflexion conduit à imaginer la disparition du corps comme la libération d’une prison. Aristote, dans L’éthique à Nicomaque, a ensuite rééquilibré les choses, mais il l’a fait à partir d’une autre abstraction, qui est la distinction de la forme et de la matière. Cela convient bien pour dire l’unité de l’âme et du corps, mais moins pour parler de l’état de l’âme séparée après la mort.

L’âme, principe d’animation du corps

Aristote a défini l’âme comme le principe d’animation du corps, et chaque âme est par conséquent liée à un corps particulier. En ce sens, la science moderne a permis d’illustrer cette vision de l’âme, comme principe d’animation qui demeure au-delà de la matière, car on sait maintenant qu’il ne reste dans un corps d’adolescent aucun atome du corps du bébé qui l’a précédé. En dix ans environ, chaque partie et chaque cellule du corps est renouvelée, même les os ! La matière passe, mais il y a quelque chose de nous qui demeure de manière continue, et cette chose qui se maintient, c’est nous, personnellement, une personne particulière, de manière continue. Ce principe d’organisation du corps et d’animation de notre être, comporte aussi une dimension spirituelle, car nous avons bien conscience d’être la même personne, avec la même pensée, le même esprit, qui n’est donc pas lié à la matière, et qui demeure tout au long de notre vie, lié à ce corps et uniquement à ce corps. En ce sens philosophique et scientifique déjà, la réincarnation n’est pas possible, car l’âme est fondamentalement liée au corps.


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Aristote distinguait la substance (par exemple l’âme humaine) et l’accident (la matière corporelle). Dans cette vision inspirée, on peut dire qu’on peut changer toutes les pièces d’un objet complexe (un couteau, ou un ordinateur par exemple), mais c’est toujours le même objet : c’est la même « substance » et seuls les accidents ont changé. On peut dire cela pour le corps : ce qui compte, ce n’est pas la matérialité des cellules, car le corps est un flux de cellules et de particules. À la résurrection, on ne conservera pas forcément les molécules de chair qu’on avait le jour où on est mort. Ces molécules auront pour la plupart disparu, mais le corps glorieux aura un rapport avec notre corps, en ce sens que ce sera à partir de la même structure, de la même organisation : « Ce qui est semé périssable ressuscite impérissable ; ce qui est semé sans honneur ressuscite dans la gloire ; ce qui est semé faible ressuscite dans la puissance ; ce qui est semé corps physique ressuscite corps spirituel ; car s’il existe un corps physique, il existe aussi un corps spirituel. » (1 Co 15,42-44).

Dans l’anthropologie juive

L’anthropologie juive de son côté distingue habituellement trois niveaux dans l’âme : Nefesh, la partie basse et corporelle de l’âme, Ruah, l’esprit et Neshama la partie spirituelle. Ces trois parties sont de plus en plus proches de Dieu. C’est l’idée qu’il y a plusieurs écorces, en quelque sorte, comme dans un artichaut : avec un cœur derrière les feuilles. Il est en effet aussi souvent question dans la Bible, du cœur, qui désigne la partie la plus intime de l’homme. Plusieurs passages peuvent être cités : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. » (Dt 6,5 repris par Jésus en Lc 10,26). Ou saint Paul : « Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers ; que votre esprit, votre âme et votre corps, soient tout entiers gardés sans reproche pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ » (1 Th 5,23). Ou l’épître aux Hébreux : « Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle va jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur » (He 4,12).

Deux pôles

Sur le fond, tous conviennent qu’il y a deux pôles : le corps matériel et une âme qui l’anime, qui est de nature spirituelle et qui constitue l’identité ultime de l’homme. Ce que saint Paul appelle « esprit », ce n’est pas l’esprit au sens de la gnose, c’est la personne spirituelle, c’est tout le sujet de notre aventure, tandis que « l’âme » doit être prise au sens de ce que nous appellerions plutôt le psychisme, c’est-à-dire toute cette réalité intermédiaire, si l’on veut, dans laquelle on voit toutes sortes de fonctionnement qui peuvent même être étudiés par la psychologie, par les sciences mais qui, en même temps, sont très liées à notre être le plus profond, donc qui traduisent cela en postures, événements… Tout dépend de la manière dont on nomme les choses. Si l’on veut que ce soit sur ce qu’on appelle « esprit » que réside l’ultime personnalité de l’homme qui va traverser les phases successives — pourquoi pas ? —on sera obligé de dire que l’âme était plus ou moins liée au corps et qu’elle attendra elle aussi la résurrection pour réémerger. Le tout est de s’entendre sur le sens que l’on donne aux mots. Mais de toute façon, il faut maintenir qu’il y a deux pôles. Il y a l’identité ultime de l’homme qui ne disparaît pas depuis que nous avons été créés. Jamais Dieu ne reviendra sur ce qu’il a fait, même pour les damnés. Il y a par ailleurs ce corps qui a été créé en même temps qu’elle et qui est le moyen de son insertion dans le monde, et de son contact avec les autres.

Beaucoup de confusion

De nos jours, beaucoup ne voient pas très bien la différence entre résurrection, réincarnation, survie de l’âme, et toutes les questions liées. Tout cela est un peu pareil pour ceux qui ne veulent pas chercher plus loin. Certains se disent encore que c’est déjà beau de croire à une vie après la mort, alors que tout le monde n’y croit pas : « C’est déjà pas mal. Ne soyons pas trop exigeant et d’ailleurs, tout le reste, on ne sait pas trop. Donc que ce soit réincarnation ou autre chose, du moment qu’on affirme une vie après la mort, est-ce que cela ne suffit pas ? Est-ce qu’il faut rentrer dans les détails ? Est-ce que la réincarnation ne serait pas aussi une hypothèse aussi crédible que la résurrection, par exemple ? À partir du fait que la première chose à affirmer, c’est la vie après la mort ? » Faut-il se battre sur des nuances ? Mais ce ne sont pas des nuances ! évidemment, puisqu’il s’agit de tout ce qui se rapporte à notre éternité et à la manière de s’y préparer. Mais le New Age et les différentes modes orientales ont remis le sujet au goût du jour. Alors parlons-en !




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Les gens qui parlent de la réincarnation essaient parfois de se fonder sur certains textes bibliques. Mais cette croyance est en contradiction claire avec l’Écriture et Tradition de l’Église. Par exemple, Élie qui a été enlevé (2 R 2,1-12) et qui doit revenir (selon Mal 3,23 repris par Mt 11,14 et 17,11), ou l’esprit d’Élie envoyé sur Élisée (2 R 1,15) ou Hénok lui aussi enlevé par Dieu (Gn 5,24 ; He 11,5) et qui reviendra sans doute. Ou encore dans l’Évangile la manière qu’ont certains de comprendre le questionnement autour de Jésus : « C’est un prophète de jadis qui serait revenu, etc. » (Mc 6,14-16). Ou encore l’épisode des morts qui réapparaissent dans l’Évangile après la Passion dans saint Matthieu… Dans ce dernier cas, c’est en fait un signe eschatologique, c’est-à-dire que déjà, le jugement est en train de se produire car quand Jésus meurt, on touche les derniers temps et on est déjà tout près de l’événement ultime, que l’on commence à voir déjà se réaliser. C’est une sorte d’anticipation de ce que sera la résurrection générale, rien à voir avec la réincarnation. À partir de tout cela, certains en arrivent à penser qu’il y avait une croyance très générale dans la réincarnation et que c’est seulement la dogmatique chrétienne qui, ensuite, s’y serait opposée. À cela, je crois qu’il faut répondre le plus clairement possible que ce n’est pas absolument pas le cas, pour bien des raisons, que nous allons développer.

La réincarnation n’est pas la résurrection

Les anciens Hébreux avaient en réalité une vision toute contraire : la vie terrestre, sur Terre, avec un corps et une âme, était d’abord la seule chose que l’on pouvait véritablement affirmer. Dans l’Ancien Testament, la vie terrestre a du poids et tout le reste est moins considéré… Comme dit le Psaume : « Les morts ne louent pas le Seigneur » (Ps 113,17), c’est-à-dire que la vie après la mort est vue dans un premier temps comme une pâle survie sans grand intérêt. L’idée essentielle est de réussir sa vie ici-bas. Les Juifs avaient probablement cette vision des choses car ils étaient très opposés à la vision que les Égyptiens et d’autres peuples avaient de l’au-delà : une transposition idéalisée du monde ici-bas. Cela paraissait aux Juifs une réduction du pouvoir de Dieu, comme s’il se contentait de cautionner ce rêve des hommes qui veulent se prolonger au-delà de la mort. L’idée biblique est que nous ne savons rien de très clair au-delà de la mort et nous devons nous en remettre complètement à Dieu. Telle est la première vision que l’on trouve dans les textes les plus anciens, notamment dans certains Psaumes. Cependant à partir d’un certain moment, il semble que le voile commence à se lever. On parle de « résurrection ». « Tes morts revivront, tes cadavres ressusciteront » (Is 26,19). C’est aussi dans Daniel. Il y a également la vision des ossements desséchés d’Ézéchiel (Ez 37,9) puis après, les textes du deuxième livre des Macchabées, où l’on affirme très clairement la résurrection de la chair.

L’Ancien Testament conclut donc sur l’idée qu’un jour, Dieu remettra d’aplomb l’être humain, avec son corps et son âme, en lui destinant une éternité de bonheur. Jésus s’inscrit bien sûr complètement dans cette vision des choses quand il parle de la résurrection, qui n’est pas une idée, mais vraiment une réalité pour lui (cf. Lc 20,38). Il fonde cette affirmation sur le passage de l’Exode où Dieu se présente comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, c’est-à-dire que pour Dieu il existe toujours. Il dit également par exemple qu’après la résurrection, il n’y aura plus de mariage humain, au sens de reproduction humaine, de l’espèce puisque l’on aura atteint l’effectif plénier : on sera comme les anges du ciel et l’on connaîtra auprès de Dieu le bonheur qu’il nous avait promis (Mt 22,30). L’Apocalypse aussi va tout à fait dans ce sens-là.

Chaque personne est unique

« Le sort des hommes est de mourir une seule fois et puis d’être jugés » (He 9,27). C’est cette tradition constante que l’Église a recueillie en affirmant donc que l’être humain n’existe que depuis sa conception et qu’ensuite, il connaît une fois la mort – et une fois seulement – et que c’est là qu’il était jugé dans une première forme de jugement, qui s’appelle le jugement particulier, qui ouvre sur un choix radical entre la volonté de Dieu et, au contraire, le rejet de Dieu avec la possibilité, si la vie n’a pas été toujours dans l’axe de ce choix positif, d’une rectification, d’une purification : ce qu’on appelle le purgatoire. Viendra ensuite le jugement dernier et la résurrection de la chair : « Je crois en la résurrection des morts » nous fait dire le Symbole de Nicée-Constantinople. C’est le Christ Sauveur qui nous libère, et non une série de réincarnations jusqu’à atteindre une perfection illusoire par nos propres forces.

La Révélation insiste sur l’idée que chaque personne humaine est unique aux yeux de Dieu.

La Révélation insiste sur l’idée que chaque personne humaine est unique aux yeux de Dieu. « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas » (Is 49,15). Dieu nous aime ainsi, personnellement, et il n’y a pas de réincarnation en d’autres personnes. C’est impossible, illogique, contraire à la foi et il n’y a non plus aucun élément rationnel pour y croire.

L’âme et le corps sont intrinsèquement liés

L’idée de réincarnation s’oppose frontalement à la vision de l’âme et du corps que nous présente le christianisme. Dans la perspective biblique et en toute logique philosophique traditionnelle, l’âme et le corps sontintrinsèquement liés et c’est ensemble qu’ils constituent l’être humain. C’est évidemment cette vision de l’homme qui est en jeu, c’est-à-dire le rapport entre l’âme et le corps. Qu’est-ce que nous sommes ? Est-ce que nous sommes le conglomérat d’une chair et d’un esprit, le corps est-il une chose qu’on prend et qu’on laisse ? Ce serait une forme de platonisme dans laquelle la corporéité ne serait pas prise au sérieux, ni d’ailleurs la notion de jugement.

Le composé humain tel que Dieu le crée, ce n’est pas une âme d’un côté, et un corps de l’autre. D’un point de vue philosophique, comme on l’a vu, l’âme est profondément liée au corps, mais on peut aussi fonder bibliquement encore plus solidement les choses, parce que, clairement, le composé humain tel que Dieu le crée n’est pas une âme d’un côté, un corps de l’autre. C’est pour cela que l’Église affirme qu’il n’y a pas de préexistence des âmes, malgré ce qu’affirmait Origène, un Père de l’Église pourtant très respectable par ailleurs. L’Église refuse clairement cette doctrine connexe à celle de la réincarnation, surtout au deuxième Concile de Constantinople au VIe siècle : nous n’existions pas avant de naître, nous n’étions rien avant d’être conçus et notre nature est celle d’un être composé d’âme et de corps. Nous ne sommes pas des anges par défaut : on n’est pas « deuxième ange », comme disait le Concile.

À la charnière du matériel et du spirituel

Ce qui est propre à l’homme, c’est d’être à la charnière du monde matériel et du monde spirituel. Ce qui fait notre humanité, c’est de nous trouver à la charnière, en quelque sorte, des deux ordres de création que Dieu a voulus : la création matérielle, avec toute sa splendeur, ce cosmos avec la prodigieuse variété des êtres que le peuplent, et, d’autre part, la vie de l’âme, de la raison, de la pensée et de l’amour, qui est celui auquel appartiennent les anges, mais eux, sont des formes immatérielles. Nous, nous sommes dans une situation qui nous permet de faire chanter la création inanimée (qui, sans cela, serait sans voix). Et faire chanter la louange du Créateur donne un sens à cette création.

Dieu ne trouve pas tant sa joie dans la régularité du mouvement des sphères que dans cette liberté créée, appelée à consoner avec sa liberté éternelle.

Dieu ne trouve pas tant sa joie dans la régularité du mouvement des sphères que dans cette liberté créée, appelée à consoner avec sa liberté éternelle. Il veut qu’à travers les aléas de notre vie nous parvenions librement à interagir avec lui et à donner une conscience à toute la création. Or tout cela n’est possible que parce que nous sommes immergés dans cette création par notre corps. Donc la mort, qui existe bien sûr depuis le péché d’Adam, est une sorte de cassure de cette chose si merveilleuse que Dieu avait voulue. Bien sûr, il y a quelque chose de nous qui va pouvoir survivre à la mort du corps. Nous n’allons pas vers une extinction totale. L’âme, nous ne disons pas trop ce que c’est, la Bible a plusieurs mots pour en parler : « l’homme intérieur », le « cœur » et « l’âme » comme dit Jésus lui-même quand il déclare : « Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps, mais ne peuvent pas tuer l’âme » (Mt 10, 28). Cela veut dire qu’il y a quelque chose de nous qui reste, comme le fil qui relie les perles du collier, c’est l’âme qui relie ainsi les différentes phases de notre existence : sur terre, après la mort, et pour la vie de ressuscité.

Notre sujet spirituel est porté par quelque chose qui ne va pas être soumis à la mort, mais que la mort quand même atteindra profondément, comme un escargot sans sa coquille. Quand Dieu pense à l’homme, il pense à tout l’être humain, corps et âme. Par exemple, un sourire — est-ce que c’est l’âme, est-ce que c’est le corps ? — Ce sont les deux, ensemble. Et tout ce qu’il y a comme expérience plénière dans notre vie se fait à travers l’âme et à travers le corps qui en est comme la caisse de résonance. C’est de cet être là que Dieu est épris.

La notion de jugement

Cette croyance s’oppose également à la notion de jugement de Dieu qui est essentielle et que nous recevons de la Tradition biblique, car un jugement à répétition n’est plus un jugement. Nous entendons souvent : « Comment, au terme d’une vie qui peut être brève et sans intérêt, peut-on être jugé pour l’éternité ? » ou encore : « Qu’est-ce qu’on vit sur terre ? Dix ans, vingt ans, trente ans, cinquante ans… : qu’est-ce que cela en regard de l’éternité ? Nous engagerions sur un seul coup de dé tout notre avenir : c’est invraisemblable ! Dieu ne peut pas nous juger ainsi, comme il ne peut pas juger des petits bébés : qu’est-ce qu’ils ont fait de mal ? », etc. La croyance en la réincarnation semble plus rassurante, qui dit : « D’accord, il y a des conséquences à nos actes ; si nous avons été cruels, on revivra peut-être sous une forme animale éprouvante ; il y aura un châtiment immanent, mais il n’y aura pas de jugement définitif et on pourra, de vie en vie, se purifier jusqu’au retrouver la Plénitude (le « Nirvâna »), etc ». Le refus de la notion de jugement absolu à partir d’une seule vie fait aussi partie de l’argumentaire des réincarnationnistes.

Parce que l’homme est libre

Face à tout cela, il faut d’abord revenir à la notion biblique de « jugement », qui n’est pas un jugement arbitraire. Il n’y a pas un Dieu capricieux qui dirait sans raison : « Celui-là est bon pour l’enfer », « celui-là, je vais l’amener au paradis ». Le jugement est au contraire la mise à jour de l’orientation profonde d’une liberté sur les choix successifs qu’elle a été amenée à faire. C’est dans la confrontation ultime de l’homme et de Dieu que se jouera l’éternité de l’homme, qui est appelé à donner une réponse définitive à Dieu. Si nous n’étions jamais capables de donner une vraie réponse à Dieu, cela voudrait dire que tout peut toujours être remis en cause et que jamais nous ne connaîtrons un bonheur durable. Si les choix que nous faisons à un moment peuvent toujours être remis en cause à un autre moment, ce serait très triste, car cela voudrait dire que jamais nous ne pourrons connaître un bonheur durable. Donc, à l’inverse, si nous croyons que Dieu nous a créés par amour parce qu’il veut pour nous un bonheur éternel, cela veut dire qu’à un moment — pas tout de suite, pas dans l’instant — mais le jour de la résurrection, Dieu ayant obtenu de nous une réponse qui sera définitive, nous donnera un bonheur lui aussi définitif : partager sa vie pour toujours.

Le jugement n’est pas autre chose que cette capacité de l’homme d’une vraie réponse à l’amour de Dieu. C’est notre grandeur d’êtres humains d’être soumis à un choix ultime. Notre liberté a été rendue capable d’un vrai choix, d’un choix qui engage la vie. Et c’est cela, le jugement qui se fera dans la justice, la vérité et l’amour. Dans les témoignages des expériences de mort imminente (EMI), on trouve également une forme de confirmation de la doctrine chrétienne : il est frappant de constater que sur tous les continents et dans toutes les cultures, tous ceux qui sont revenus d’un état très proche de la mort décrivent une expérience en tous points conformes à la doctrine chrétienne, avec l’idée d’un jugement dans l’amour et la lumière, et au milieu de la communion des saints et dans la proximité des âmes des personnes aimées.

Capable de donner une réponse définitive

Comment comprendre et aider à avancer ceux qui ont cette vision des choses qui leur paraît plus rassurante, plus naturelle, plus normale, moins stressante que l’idée d’un jugement définitif ? Il faut insister sur le fait que la grandeur de l’homme est de pouvoir donner à Dieu une réponse définitive et que sans cela il ne serait pas possible d’atteindre un bonheur parfait et durable. Certes, c’est déjà beau d’essayer de dépasser l’échelle de la vie présente, d’élever le regard au-delà et d’avoir finalement conscience que notre existence fait partie d’une destinée globale, et n’est pas simplement un épiphénomène destiné à disparaître. Mais, d’un autre côté, la solution que propose la réincarnation, qui semble simple et facile, nous maintient dans un état d’enfance et nous empêche d’affronter la réalité. C’est l’idée qu’au fond, on peut toujours effacer sa copie, alors qu’à l’inverse, un adulte sait que, dans le monde réel, il y a des choix irréversibles et que c’est en les affrontant qu’on se construit.

Un dessein de Dieu

En revanche, la Résurrection de la chair, telle que le Nouveau Testament nous la présente, n’est pas du tout l’image que l’homme se fait naturellement de l’après-mort. Elle ne résulte pas de la projection de notre désir, parce qu’on n’aurait pas désiré ni imaginé cela, elle ne procède pas du rêve d’une éternité compensatoire des tristesses de cette vie. Elle correspond vraiment à ce que Dieu nous a révélé de son dessein sur nous. Si nous ne l’avions pas reçu, cela n’aurait certainement jamais germé autrement et d’ailleurs cette idée n’est présente nulle part ailleurs que dans le christianisme.




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