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Être libre, c’est aussi accepter ses émotions

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Nikodash | Shutterstock

Sabine Faivre - publié le 13/02/21

Les passions et la raison ne s’opposent pas, elles se complètent et s’équilibrent. Être rationnel, c’est accepter la richesse de ses émotions.

L’évolution des neurosciences a permis ces dernières années des avancées spectaculaires dans la compréhension du fonctionnement des émotions, de la cognition par l’identification de leur base neuroanatomique. Jusqu’à la moitié du XXe siècle, ont continué à subsister un certain nombre de croyances sur le siège des passions humaines, entretenant l’idée selon laquelle les passions et la raison seraient deux choses distinctes, voire même s’opposeraient entre elles.

La dichotomie des affects et la partie rationnelle de l’homme, la première étant associée à une dimension matérielle ou « charnelle » de l’homme, tandis que l’autre serait celle qui lui permettrait de s’affranchir de la « servitude » des affects, s’est maintenue dans l’inconscient collectif en particulier par la transmission incomprise des épîtres de saint Paul, jusqu’aux philosophies du XVIIIe siècle. La chair serait le lieu du péché, de la convoitise, tandis que l’esprit serait la partie noble de l’homme, et le lieu où il atteint la véritable liberté, n’étant soumis à aucune des tentations du corps charnel et de ses passions mauvaises. Cette vision, qui continue à imprégner une vision manichéenne et simpliste de la sexualité, est battue en brèche par la science, corroborée par l’expérience.

Pas de pensée sans émotion

Le corps et l’esprit ne font qu’un et toute passion est étroitement liée à l’intellectualisation. Dans le cerveau, émotion et cognition s’alimentent mutuellement, dans un échange constant et complémentaire. Il n’est pas de cognition qui n’ait pas son support émotionnel et inversement. Ainsi, quand nous éprouvons une souffrance physique, celle-ci génère une pensée, qui viendra ensuite constituer ma connaissance de la souffrance. C’est aussi de cette manière, par l’expérience sensorielle, que se forment les cognitions post-traumatiques. Certaines s’installent durablement, comme le résultat d’une réflexion qui agit ensuite sur la vision du monde, des autres et de soi. Par exemple, si je suis agressée par un homme, je pourrai en déduire que « tous les hommes sont agressifs », ou bien que « le monde est dangereux », ce qui est une forme de généralisation péjorative de mon expérience propre.

L’homme est à la fois une somme d’émotions et un esprit rationnel.

Les sièges neuroanatomiques des émotions et de la partie rationnelle du cerveau sont distincts mais interdépendants. Autrefois, c’est l’amygdale qui était identifiée comme le siège des émotions, tandis que le cortex préfrontal, lui, intervient dans la rationalisation et la prise de décision. Le siège de la mémoire, l’hippocampe, est également impliqué puisqu’il emmagasine les évènements, et que la valence émotionnelle de ces évènements, plus ou moins forte, s’imprimera sur lui à des degrés divers. Il n’est pas possible de croire que l’on peut dissocier la dimension émotionnelle de la personne et la dimension intellectuelle. Parce que les deux interagissent constamment, et que la nature est ainsi faite, que l’homme est à la fois une somme d’émotions et un esprit rationnel.

Et le sexe ?

On aurait encore tendance à vouloir dissocier l’univers du sexe et le cerveau. Ce n’est pas possible, tout simplement parce que les réactions physiologiques sont produites dans et par le cerveau pensant. À cet effet, la jouissance est éminemment cérébrale, et c’est par la pensée, dans un étroit concert avec les émotions, que se joue l’intensité de la joie dite « sexuelle », et dont le sexe lui-même n’est à proprement parler qu’un support technique.

Être libre avec ses émotions

Une fois que ces données sont posées, quelle marge de liberté reste-t-il à l’homme qui refuse d’être « assujetti » à ses passions ? D’abord, il paraît primordial de regarder les passions autrement que sous un prisme négatif. L’affect est un mécanisme intrinsèquement lié à la préservation de l’individu : ainsi de la peur, du désir, de la colère. La peur me permet de fuir ce qui me met en danger. Le désir me tourne vers ce qui me permettra de me perpétuer. La colère est un instinct de défense de soi quand on a été blessé et qui permet de mettre à distance ses agresseurs.

La bonne attitude n’est pas de diaboliser les émotions, parce que c’est au contraire quand on les diabolise qu’elles deviennent envahissantes.

Regarder les affects comme quelque chose de profondément naturel permet déjà de réduire une forme d’angoisse sur le danger qu’ils représenteraient pour soi. Ensuite, analyser ces affects permet une réflexion utile sur soi. Par exemple, si j’éprouve souvent de la colère, je peux m’interroger sur ce qui en moi se sent souvent blessé ou agressé. Si j’éprouve souvent du désir, je m’interroge sur le manque que je ressens, et j’essaie de comprendre d’où il vient et ce qu’il traduit. La bonne attitude n’est pas de diaboliser les émotions, parce que c’est au contraire quand on les diabolise qu’elles deviennent envahissantes. En les accueillant avec bienveillance, on les met à distance, on les ramène à leur juste place. Et par ce processus, on peut commencer à penser rationnellement, pour que l’émotion n’interfère pas avec ma prise de décision. Accueillir pour s’affranchir quand c’est nécessaire, tel pourrait être en réalité le maître mot du processus de résilience et de conquête de la véritable unité intérieure.




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