Aleteia logoAleteia logo
Aleteia
Samedi 18 septembre |
Saint Joseph de Cupertino
home iconTribunes
line break icon

La promesse de l’avenir se construit dans le présent

KOVOP58 | SHUTTERSTOCK

Père Benoist de Sinety - Publié le 31/01/21

Quand la morosité cède la place à la tristesse, plus personne ne regarde personne. La pire des choses serait de s’en remettre à la nostalgie. L’avenir se construit avec des rêves, mais dans le présent.

« Ça va ? » À cette question anodine qui rythme les rencontres quotidiennes, nous répondons comme en échos par les mêmes mots, au mode affirmatif. Habitués à ne pas écouter la réponse apportée à cette question devenue à force vide de sens, il peut même arriver que nous n’entendons pas sa forme négative quand parfois notre interlocuteur ose briser le tabou : « Non, ça ne va pas… » Et pour celui qui, par une attention inattendue, comprend que le consensus, alors, se brise, c’est aussitôt l’angoisse de devoir changer de rythme : passer de la joyeuse nonchalance à l’attention à l’autre. Le risque de s’arrêter, de prendre le temps, de creuser, en quelque sorte, d’entrer vraiment en relation. Il y a bien un moyen de s’en tirer : répondre par un « désolé », en espérant que le fâcheux comprendra et qu’on pourra enfin reprendre le cours des choses. Car désormais, si l’on en juge les études, la morosité cède la place à la tristesse, le désarroi à la détresse : une majorité des jeunes pense au suicide, les responsables de nombreux services pédiatriques alertent sur une recrudescence de passages à l’acte… Et les aînés ne savent plus quelles raisons d’espérer proposer. 

Le point de bascule

Il n’y a rien de simple à se retrouver au point de bascule de son monde : nous l’avons étudié dans nos livres d’histoire, nous l’avons médité dans de nombreux romans, ressenti dans de nombreux poèmes et dans les grandes tragédies théâtrales. Mais le vivre, c’est autre chose. Et rien ne nous y préparait. Nous qui nous étions habitués à penser que la joie était contagieuse au point de trouver suspects ceux qui disaient avoir du mal à s’en revêtir, nous voici désormais contraints de regarder en face notre vie, à réfléchir au « pourquoi » de nos courses folles, envisager notre destinée…

La pire des choses, me semble-t-il, serait d’accepter l’état de fait et de s’en remettre à une destinée désespérante. L’autre drame serait de se cramponner coûte que coûte au fantasme que nous pourrions demain retrouver la vie d’avant.

Des amis rapportent l’autre jour que leur jeune fille, rentrant du collège, leur dit qu’avec une amie, elles s’étaient faites cette réflexion : « Il n’y a plus de joie. » Les rues sont vides de voix, de rire, de musique, de chant, de cri. Il n’y a plus que les pas pressés, les respirations masquées. Plus personne ne regarde personne. Il faut partir et rentrer à l’heure, être efficace dans une journée qui compte à peine dix heures. Il y a même à craindre qu’à force de ne plus tourner, les producteurs ne puissent très longtemps maintenir les flux de séries et de films sensés nous permettre une évasion contre laquelle nos frontières fermées nous garantissent désormais.

On ne retrouve jamais le temps passé

La pire des choses, me semble-t-il, serait d’accepter l’état de fait et de s’en remettre à une destinée désespérante. L’autre drame serait de se cramponner coûte que coûte au fantasme que nous pourrions demain retrouver la vie d’avant. On ne retrouve jamais le temps passé, et plus nous le pleurons, plus il nous étouffe.




Lire aussi :
La société post-Covid : comment nous en sommes arrivés là (et ce qui peut nous attendre)

« Il faut oser rêver, disait le père Pierre Ceyrac, car les grands hommes sont ceux qui ont des visions et des rêves. » Et ne sont-ils pas grands ces hommes de toutes races, langues, peuples et nations, qui ont reçus en eux le germe divin ? Nous voici convoqués à construire un monde pour aujourd’hui et non pas à subir la course qui nous était auparavant plus ou moins infligée. Comment les plus jeunes d’entre nous pourraient-ils aller bien s’ils n’entendent autour d’eux que la suave mélopée de l’âge d’or des temps passés ? Et comment les plus abattus d’entre nous pourraient-ils croire en un à-venir, si nous qui en avons reçu la promesse, ne cherchons à la rendre présente maintenant ? « Il faut oser des rêves, et ensuite l’amour est tout ce dont vous avez besoin pour les réaliser et les garder en vie » disait le vieux jésuite en souriant, les mains ouvertes, vides d’apparence mais pleines de présence.




Lire aussi :
Sans attendre, construire dès aujourd’hui

Tags:
Coronavirusesperancejoiesociététristesse

Soutenez Aleteia !

A travers le monde, vous êtes des millions à lire Aleteia, pour y trouver quelque chose d'unique : une vision du monde et de votre vie inspirée par l’Évangile. On prétend qu'il est de plus en plus difficile de transmettre les valeurs chrétiennes aux jeunes d'aujourd'hui.
Et pourtant, savez-vous que plus de la moitié des lecteurs d'Aleteia sont des jeunes de 18 à 35 ans ? C'est pourquoi il est si important que Aleteia demeure un service quotidien, gratuit et accessible à tous. Cependant, un journalisme de qualité a un coût que la publicité est loin de couvrir. Alors, pour qu'Aleteia puisse continuer à transmettre les valeurs chrétiennes au cœur de l'univers digital, votre soutien financier demeure indispensable.
*avec déduction fiscale
Le coin prière
La fête du jour






Top 10
1
Jean-Michel Castaing
Les sept grâces à recueillir des sept douleurs de Notre-Dame
2
I.Media
Mariage homosexuel, pilule, suicide assisté : un texte inédit de ...
3
Isabelle du Ché
Les incroyables fruits de la vidéo du père Aymar avec Tibo InShap...
4
La rédaction d'Aleteia
Union européenne, vaccination… ce que François a dit dans l’avion...
5
WEB2-Jonathan Goodall-CC BY-SA 4.0
La rédaction d'Aleteia
Un évêque anglican devient catholique « après une longue période ...
6
Isabelle Cousturié
Devant le Christ en croix, la prière qui protège de tous les malh...
7
Agnès Pinard Legry
Une enquête révèle le rôle actif de Pie XII auprès des Juifs pend...
Afficher La Suite
Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous gratuitement