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Haut-Karabakh : « Chaque jour ils trouveront quelque chose à détruire »

SHUSHA CATHEDRAL KARABAKH

ARIS MESSINIS/AFP/East News

Agnès Pinard Legry - publié le 19/01/21

Contraint de fuir la ville de Choucha (Haut-Karabakh) lors du conflit entre l’Arménie et l’Azerbaidjan il y a quelques semaines, le père Andreas Taadyan, recteur de la cathédrale Saint-Sauveur de Chouchi, livre à Aleteia un témoignage exclusif.

Au terme du terrible conflit qui s’est déroulé du 27 septembre au 9 novembre 2020, date d’un cessez-le-feu signé sous l’égide de la Russie entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, des centaines d’Arméniens ont dû quitter l’Artsakh (nom arménien du territoire du Haut-Karabakh, peuplé de 150.000 habitants, ndlr). Le père Andreas Taadyan, recteur de la cathédrale Saint-Sauveur de Chouchi, ville aux allures de forteresse naturelle perchée à 1.500 mètres d’altitude située à une vingtaine de kilomètres de la capitale de la région, Stepanakert, en fait partie. « Si la situation continue comme ça, il ne restera bientôt plus de traces des Arméniens », assure-t-il à Aleteia. Entretien.

Aleteia : Quelle est la situation à Chouchi depuis le cessez-le-feu du 10 novembre ?
Père Andréas : Chouchi est toujours entre les mains des Azerbaïdjanais. La situation sur place, d’après mes correspondants, se détériore quotidiennement. Ils détruisent les maisons, les sanctuaires arméniens, notre patrimoine culturel et religieux. Si la situation continue comme ça, il ne restera bientôt plus de traces des Arméniens.

Quel avenir pour les chrétiens d’Artsakh ?
Le peuple de l’Artsakh a toujours été plein d’espérance et d’optimisme quant à l’avenir. Nous continuons notre vie dans cet état d’esprit et croyons que demain sera meilleur qu’aujourd’hui. Actuellement nous sommes entourés par les Azerbaïdjanais, il y a donc un réel danger physique. Mais je sais aussi que Dieu ne nous laisse pas seuls et que, à la fin, tout est entre ses mains.

Pensez-vous que le cessez-le-feu pourrait protéger votre église qui a été détruite par le bombardement azéri ?
Nous avons vécu l’explosion de l’autre église de Chouchi, l’église Saint-Jean-Baptiste, après la prise de Choucha. Je ne pense pas que l’église restera debout, car ce n’est pas qu’en enlevant les pierres que l’église sera démolie. Elle sera détruite au fil des ans.




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Artsakh est très riche en monuments historiques, religieux et culturels. Y a-t-il un espoir de les préserver sur les territoires contrôlés par l’Azerbaïdjan ?
Jusqu’à présent nous nous efforçons de préserver le monastère de Dadivank, comme il est situé dans la région de Shahoumayin. Il est le seul monument à être gardé avec l’aide des forces de paix russes. Nous nous y sommes d’ailleurs récemment rendu mais en véhicules blindés, comme il est entouré par les Azéris. Je pense malheureusement que les terroristes détruiront tout le reste des monuments existant sur le territoire de l’Azerbaïdjan, Tsitsernavank ou les églises de la région d’Hadrout. Puisque ces endroits sont sous leur contrôle, ils les détruisent. Chaque jour ils trouveront quelque chose à détruire. Je ne pense pas qu’ils vont préserver ou rénover un monument, comme ce que nous avons fait en rénovant la mosquée. Alors s’ils décidaient de détruire la nation arménienne, ils détruiraient définitivement les monuments.

Chouchi… Pourquoi surnomme-t-on cette ville la « Jérusalem du Haut-Karabakh » ?
Dans le passé, jusqu’en 1920, il y avait beaucoup d’églises à Chouchi. On l’appelait la ville de la culture, notamment parce que douze journaux ont été créés ici. Les gens y menaient une vie bien remplie et prospère. Il y avait trois ou quatre prêtres dans chaque église. La ville était, toute proportion gardée, comme Jérusalem par le nombre d’églises et le nombre de prêtres. Lors de la prise de Chouchi par l’Azerbaïdjan en mars 1920, elles ont toutes été détruites et incendiées, et plus aucune n’a fonctionné. Pendant les années soviétiques, deux églises sont restées partiellement détruites. Après cela, nous avons rénové ces églises et le nom de Jérusalem est resté collé à la ville, car tant qu’il n’y avait pas d’églises ouvertes à Stepanakert, les cloches de nos églises sonnaient pour les autres villes.

Qu’attendez-vous de la communauté internationale ?
Tous les Arméniens se sont manifestés pour réclamer la reconnaissance de la République d’Artsakh. Aujourd’hui, il y a des lueurs espoirs qui viennent de la France. Au moins nous n’avons pas perdu l’espoir que l’Artsakh sera libérée un jour.


Dadivank

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Vous avez été contraint de fuir Chouchi lors du conflit. Quelle est votre vie aujourd’hui ?
Nous sommes arrivés à Stepanakert avec seulement nos vêtements. Ici, nous continuons inlassablement à servir le peuple, à célébrer la messe et à organiser la vie liturgique des églises dans le reste de l’Artsakh. La principale difficulté est la perte de grandes zones, villages, villes et la majorité de la population se retrouve sans-abri aujourd’hui. Ils n’ont pas d’appartement, de logement. Une partie essaye d’aller vers Erevan (la capitale arménienne, ndlr) qui est plus calme que Stepanakert. Mais il faut bien comprendre qu’il n’y a pas de paix dans les villes et villages frontaliers.

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