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Un jour sombre aux États-Unis

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John Nacion / NurPhoto / NurPhoto via AFP

De violentes manifestations ont eu lieu au Capitole (Washington) le 6 janvier 2021.

Hugolin Bergier - Publié le 09/01/21

L'assaut du Capitole par des militants favorables à Donald Trump contestant le résultat des élections est un scandale qui accuse davantage une crise de la société politique américaine que la politique elle-même du président sortant. Celui-ci a condamné les violences, mais annoncé qu’il n’assisterait pas à l’investiture de son successeur, le 20 janvier.

Comme le dit le journal National Review, « nous nous sommes réveillés aujourd’hui dans un monde différent de celui d’hier et les évènements vont maintenant se dérouler rapidement ». Le 6 janvier après-midi, les membres du Congrès se sont réunis comme ils le font tous les quatre ans pour certifier les résultats du collège électoral. Cette simple formalité, très cérémonieuse et symbole de l’unité fédérale qui caractérise ce pays, consiste à rassembler les résultats des élections que chaque État a souverainement organisé le 3 novembre dernier. Mais cette tâche fût interrompue par une foule pro-Trump en colère qui a pris le contrôle du Capitole américain, se déchaînant dans les couloirs et les bureaux dans une violente anarchie, submergeant ainsi les forces de police en service et provoquant la mort de cinq personnes.

L’événement s’est passé quelques heures à peine après l’appel du président Donald Trump à marcher vers le Capitole dans un discours à ses partisans à Washington D.C. même : « Nous ne les laisserons pas faire taire vos voix. C’est au Congrès de faire face à cet assaut flagrant contre notre démocratie. Nous allons marcher jusqu’au Capitole et je serai avec vous. Nous allons encourager nos courageux sénateurs et nos membres du Congrès. Vous ne reprendrez jamais notre pays avec faiblesse. Vous devez faire preuve de force. » Trump a appelé à la force et à la détermination pour renverser des résultats présentés comme une injustice profonde et un crime contre la nation, après avoir dénoncé, depuis le lendemain des élections, des fraudes massives dans plusieurs États américains, sans jamais n’avoir pu apporter la moindre preuve. 

Le « vol des élections » ?

Alors que presque la totalité des personnalités dans le rang des républicains ont d’abord soutenu le Président dans son rejet des résultats, plusieurs médias conservateurs (Fox News, National Review) se sont rapidement désolidarisés du Président, suivis par les sites les plus radicaux (America One Network et Newsmax). Puis, peu à peu, les élus républicains eux-mêmes ont pris leur distance (dont le chef de la majorité au Sénat) et finalement, après les évènements du 6 janvier, c’était le cas de la plupart des sénateurs républicains (45 sur 51 sénateurs) et du vice-président Mike Pence lui-même.

Aujourd’hui, restent convaincus que Donald Trump a réellement remporté (et de loin !) les élections de 2020 une part importante (mais difficile à dénombrer) de la population américaine, dont les protestataires hier à Washington, une poignée d’élus républicains, une quantité de blogueurs… et le président des États-Unis lui-même. Même plusieurs « stars catholiques, » dont des influencers comme le père Frank Pavone (156.000 abonnés sur Twitter) et la militante pro-life Abby Johnson (179.000 abonnés), étaient présentes à la manifestation pro-Trump.

Dans un contexte où la vérité (ἀλήθεια !) a été bafouée et marchandée, il convient de lui prêter attention, plus que jamais.

Comment en est-on arrivé là ?

Comment les institutions américaines, réputées solides, ont-elles pu être ébranlées à ce point ? La constitution américaine est en effet l’une des plus anciennes parmi les démocraties occidentales : alors que la Ve république française en est à son huitième président, les États-Unis en sont à leur quarante-sixième ! Comment a-t-on pu alors se retrouver avec un désaccord aussi massif sur la réalité des résultats électoraux ? Comment un président américain peut-il défier le résultat des élections en s’opposant à ceux de son propre camp jusqu’à menacer son propre vice-président de représailles politiques s’il ne renverse pas les résultats le 6 janvier ? Comment expliquer que, pour beaucoup de conservateurs et républicains, Donald Trump a franchi la ligne rouge le 6 janvier, pour d’autres, le 5 novembre et pour d’autres encore depuis bien avant le début de son mandat ? Enfin, pourquoi celui-ci bénéficie-t-il encore d’un très large soutien, notamment parmi certaines personnalités catholiques médiatiques, même après les évènements du Capitole ?

Quatre fausses évidences

Dans un contexte où la vérité (λήθεια !) a été bafouée et marchandée, il convient de lui prêter attention, plus que jamais. Pour répondre honnêtement et sereinement à ces questions que nous venons de poser, évitons l’écueil de certains lieux communs ou fausses évidences :

Première fausse évidence : « Les supporters de Trump sont tous de vils fanatiques sans foi ni loi. » Non, ces gens pensent réellement que leur lutte est juste et que l’élection leur a été volée par les démocrates. Ils vous diront que Trump ne peut pasavoir perdu la Géorgie et l’Arizona, même si pourtant, oui, ce fut un tour de force remarquable et inattendu de la part de Biden de remporter ces États, particulièrement la Géorgie. Les supporters de Trump baignent dans un univers de théories et de rumeurs qui viennent renforcer continuellement la thèse, lancée par le Président lui-même, que l’élection leur a été confisquée

Deuxième fausse évidence : « C’est parce que Trump a une politique d’extrême-droite. » D’une part, ce serait un résumé trop simpliste de la politique de Trump mais surtout, plus important, la politique de Trump, au sens pragmatique du terme, ne peut pas être invoquée pour expliquer la crise. Trop de médias se sont concentrés sur un angle d’attaque politique, souvent largement biaisé, ce qui les a rendus aveugles voire complices des graves dérives du président sortant et de ses supporters. En attaquant Donald Trump d’un point de vue partisan, des médias ont attisé le feu populiste qui a mené aux évènements du 6 janvier. Les choix politiques de Trump ne sont pas sans lien avec ces questions, mais c’est le politique qui importe ici, c’est-à-dire la disposition à construire le vivre-ensemble. La res publica, la chose publique ou le bien commun, réside d’abord dans les cœurs et c’est justement au cœur que l’Amérique a été atteinte. Ce n’est pas la politique de Trump qui pose problème : c’est toute sa vie, qui apparaît désormais comme le symbole de toute une société où les comportements narcissiques et excessifs sont devenus la norme, rendant le vivre-ensemble difficile.

Troisième fausse évidence : « Joe Biden est maintenant au pouvoir, le cirque est bientôt fini : passons à autre chose. » C’est la fausse évidence la plus grave. Il y a une dizaine d’années, le juriste et théologien Russell Hittinger mettait en garde une salle pleine de catholiques à Chicago, dont le cardinal Francis George, sur l’effondrement du discours civilisé aux États-Unis :  » Il faut des siècles pour construire des institutions. Mais les institutions sont fragiles et faciles à détruire. » C’est l’effondrement des institutions américaines qui est en jeu. Ne négligeons pas la gravité de la situation en prenant un symptôme du malaise, Donald Trump, pour la cause. L’heure est grave et elle appelle à un examen de conscience, d’abord pour ceux qui ont encouragé Trump dans cette voie, mais aussi pour ceux qui ont trop longtemps négligé la détresse des électeurs conservateurs devant les questions de société et, en premier lieu, l’avortement.

Quatrième fausse évidence : « C’est un problème qui ne concerne que les Américains. » Là aussi, ne négligeons pas l’impact de cette crise sur le reste du monde occidental et, notamment, l’Église catholique. Au-delà des 51% de catholiques qui ont voté pour Trump (en 2016 et 2020),  il est important de comprendre l’importance du lobbying aux États-Unis : de nombreux médias, personnalités et membres du clergé catholique ont joué un rôle important dans l’élection de Trump et continuent aujourd’hui de le soutenir activement. Au premier plan, le plus grand groupe médiatique catholique aux États-Unis, EWTN, n’a jamais caché son soutien à Donald Trump. À l’heure des puissants réseaux internationaux, l’Église catholique ne peut pas se désintéresser des leçons à tirer de ce qui se passe en ce moment aux États-Unis. En dehors du contexte de l’Église ou des États-Unis, ce sont aussi des questions de philosophie politique qui s’imposent puisque c’est la légitimité même du système démocratique qui est remise en question.


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