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Matteo Ricci, la Chine, et l’évangélisation par les maths

george photo cm / Shutterstock

Statue de Matteo Ricci, à Macao.

Aliénor Goudet - Publié le 05/01/21

Non content d’être grand missionnaire jésuite, Matteo Ricci (1552-1610) était également mathématicien, astrologue, horloger et philosophe. C’est cet immense savoir qui lui a permis de se faire ami de la Chine, pourtant si hostile envers les étrangers, et de pouvoir se rendre à la prestigieuse cour de Pékin.

Pékin, 1601. Alors qu’on guide Matteo et son entourage dans le palais impérial, ce dernier ne peut que s’émerveiller. Entre l’impressionnante architecture, les sublimes jardins et les couleurs vives, la Cité interdite est un régal pour les yeux. C’est comme mettre les pieds dans un autre monde. Mais ce n’est pas la beauté du lieu qui fait frissonner le jésuite à la fois de hâte et d’appréhension. Enfin, après toutes ces années, il va être reçu à la cour.

– Le vois-tu, Seigneur ? demande-t-il intérieurement, ce grand pas que je fais pour ton honneur ?

Alors qu’il fait de son mieux pour marcher droit et lentement, tel les personnages importants de la cour, son esprit agité voyage dans le temps. Il relit son long parcours de dix-huit ans, parsemé d’obstacles et d’échecs.

Une méthode éthique et scientifique

Lui et ses compagnons se sont d’abord installés à Zhaoqing, dans la province du Canton en 1583. Il a fallu rapidement apprendre à manier la langue du pays. L’écriture s’est avérée particulièrement difficile. Et si les horloges et les mappemondes de Matteo ont fait sensation auprès des Chinois, l’évangélisation, elle, a connu un rejet presque total. Chassés du Canton, les jésuites se sont repliés sur Macao en 1589.




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Mais Matteo ne s’est pas découragé. Il savait déjà à l’époque, que pour convaincre la Chine, il fallait convaincre l’empereur. L’apprentissage a donc repris, d’abord en approfondissant les lectures classiques chinoises, en se plongeant dans la philosophie confucéenne et en s’appliquant à traduire les textes chrétiens et scientifiques.

Après avoir réalisé l’importance de la forme, Matteo s’est penché sur les coutumes et le décorum, car un savant sans manières ne peut être reconnu. Lui et ses compagnons ont même revêtu des vêtements de moines bouddhistes pour paraître plus abordables à la population locale. Une erreur, car les bouddhistes sont vus comme des illettrés paresseux. Alors, ils ont revêtu le vêtement de soie et se sont laissés pousser barbe et cheveux pour ressembler aux mandarins savants et lettrés. Le chemin pour atteindre l’empereur est le savoir, car c’est un langage universel. La science et la philosophie sont les outils nécessaires pour déblayer le chemin et introduire le Christ. Et c’est ce chemin là que Matteo a choisi.

Il s’est ensuite installé à Nankin où ses cours de mathématiques euclidiennes et d’astronomie copernicienne ont attiré de grands esprits. Parmi eux, de belles conversions se sont faites, comme celle des brillants mathématiciens, Guangqi Xu et Zhizao Li. Sa réputation est alors remontée jusqu’à la cour royale…

Premier pas vers une communauté chrétienne chinoise

Et enfin, le voici à Pékin, en route pour rencontrer les personnages les plus puissants du pays. Quelle émotion ! Il en a presque le souffle coupé. Matteo songe à son ami, Michele Ruggieri, qui n’a pu finir ce voyage avec lui. Au père François Xavier, mort avant d’avoir pu entrer dans ce sublime pays et dont il espère avoir été digne successeur. Le groupe arrive enfin devant l’immense porte qui le sépare de son objectif. Matteo retient une larme, et ferme les yeux un instant pour prier.

– Seigneur, tu as bien voulu que je te trace un chemin jusqu’à ces hommes. Aide-moi, à présent, à ouvrir leurs cœurs à ton message et à ton amour.

Armé de deux horloges, une mappemonde et une épinette, Matteo entre dans la salle du trône et s’incline devant l’entourage de celui qu’il espère faire le Constantin de l’empire de Chine.

Matteo Ricci ne quitte plus Pékin, et y meurt le 11 mai 1610. Même sans avoir pu convertir l’empereur, ce jésuite a tout de même réussi à fonder une communauté chrétienne. Il est reconnu par l’Église comme serviteur de Dieu. C’est par la voie du respect et de l’humanité qu’il a pu se frayer un chemin dans la dynastie des Ming. En se convertissant à cette culture si différente, il cherchait à convertir au Christ.




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