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L’antienne Ô du 18 décembre : « Ô Adonaï, berger de la maison d’Israël »

Jésus en bon pasteur

© P Deliss / GODONG

Jésus bon pasteur

Fr. Jean-Thomas de Beauregard, op - publié le 17/12/20 - mis à jour le 04/11/21

Écoutez les frères étudiants dominicains du couvent de l’Angelicum, à Rome, chanter les antiennes Ô de l’Avent. La deuxième antienne s’adresse au nom de Dieu attribué à Jésus, la tête et le guide de l’Église, qui se révèle dans le feu de l’Esprit Saint pour libérer le monde de l’esclavage du péché.

Ô Adonai, et dux domus Israël, qui Moysi in igni flammae rubi apparuisti, et ei in Sina legem dedisti : veni ad redimendum nos in bracchio extento.

« Ô Adonaï, berger de la maison d’Israël, Toi qui es apparu à Moïse dans la flamme du Buisson ardent et qui lui as donné la Loi au Sinaï, viens pour nous racheter en déployant la force de ton bras ! »

Le nom imprononçable de Dieu

Le cycle des « antiennes Ô » se poursuit, invoquant le Christ comme Adonaï. Le nom « Adonaï » attribué au Christ souligne sa divinité : c’est le substitut que les Juifs utilisent pour la lecture orale du Tétragramme dans la Torah : YHVH, le nom imprononçable de Dieu. Ce nom n’était prononcé dans l’Israël ancien qu’une seule fois par an, par le Grand Prêtre, lorsqu’il pénétrait dans le Saint des Saints du Temple de Jérusalem. Si ce nom est imprononçable, c’est que dans la culture biblique, le nom désigne véritablement l’essence d’une personne, en tant qu’elle est connue et donc maîtrisée. Or Dieu, même après l’Incarnation, demeure inconnu, au sens où tout ce que la foi, le magistère et la théologie peuvent affirmer de Lui est vrai, mais inadéquat à la richesse transcendante de son objet. L’appellation « Adonaï », qu’on traduit généralement par « Seigneur Dieu », n’est donc qu’une approximation. Mais son attribution au Christ est l’affirmation de la divinité du Verbe incarné.

Il est significatif qu’au nom de Dieu le plus étroitement enraciné la tradition juive, l’antienne associe le titre de « berger de la maison d’Israël ». Le Christ est donc le Dieu d’Israël qui prend chair pour le conduire à sa fin qui est Dieu lui-même (le latin dux est plus proche de « guide » ou « conducteur » que la traduction française « berger », qui n’est pourtant pas sans mérite puisqu’elle fait écho à David, premier chef de la maison d’Israël, berger devenu roi).

La tête et le guide du troupeau

Dans un groupe, le guide se place en avant, premier de cordée dans une ascension dont il est réputé connaître le chemin et les difficultés. Le guide est solidaire du groupe, dont la survie dépend de lui. De même le Christ est envoyé par le Père pour être la tête du Corps mystique qu’est l’Église. Le Christ est à la fois l’un de nous, membre du Corps mystique, mais distinct de nous puisqu’il en est la tête, c’est-à-dire celui qui communique vie et information au corps, et vers qui toute l’activité du corps est ordonnée. Jésus-Christ, le Verbe incarné, est le guide de l’Israël nouveau qu’est l’Église, mais aussi de l’Israël ancien, dont toute l’histoire est polarisée par son avènement dans la chair.

Dieu se dit dans le feu

Le titre « Adonaï », substitut de YHVH, associé à la guidance de la maison d’Israël, est également associé par l’antienne à la théophanie du Buisson ardent, dans laquelle Moïse est précisément décrit comme berger : « Moïse faisait paître le petit bétail […] et parvint à la montagne de Dieu, l’Horeb. L’Ange de YHVH lui apparut, dans une flamme de feu, du milieu d’un buisson. Moïse regarda : le buisson était embrasé mais le buisson ne se consumait pas » (Ex 3, 1-2). Le Christ, nouveau Moïse, apparaît au peuple d’Israël comme Dieu apparut à Moïse dans les flammes du Buisson ardent. Certains voient dans le buisson ardent la Vierge Marie qui, emplie de l’Esprit-Saint, accueille en elle le Verbe de Dieu, et brûle sans se consumer, c’est-à-dire enfante en préservant sa virginité. Mais c’est aussi et surtout une théophanie trinitaire : Dieu se dit dans le feu (Dieu = le Père ; se dit = le Verbe ; dans le feu = l’Esprit saint).




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Le nom divin que Dieu révèle à cette occasion, en Ex 3, 14 (« Je suis Celui-qui-suis ») obéit à la même logique que le Tétragramme figuré par l’expression « Adonaï », renvoyant au caractère inconnaissable de l’être divin, par excès de perfection, de plénitude. C’est aussi une manière d’exprimer que Dieu est, par excellence, fidèle au peuple d’Israël : Il était, est, et sera. Ce faisant, Dieu anticipe l’alliance mosaïque scellée dans le don de la Loi au Sinaï, que l’antienne évoque ensuite : « Il [Moïse] écrivit sur les tables, comme la première fois, les dix Paroles que YHVH vous avait dites sur la montagne, du milieu du feu, au jour de l’Assemblée » (Dt 10, 4). C’est bien la théologie de l’Alliance qui est au cœur de cette deuxième antienne Ô.

La théologie de l’Alliance

Cette théologie de l’Alliance, cœur du mystère d’Israël que le Christ vient accomplir, n’est possible que parce que le peuple fait mémoire de la fidélité de Dieu, manifestée dans ses interventions en sa faveur. C’est cela qu’indique la fin de l’antienne, « rachète-nous par la force de ton bras ». C’est d’abord la libération de l’esclavage d’Égypte qui est visée : « Mais ils sont ton peuple, ton héritage, ceux que tu as fait sortir par ta grande force et ton bras étendu » (Dt 9, 29) ; « Ils sont tes serviteurs et ton peuple que tu as rachetés par ta grande puissance et à la force de ton bras ! » (Ne 1, 10). Cette libération, qui constitue le peuple comme tel, est le prototype de toutes les interventions de Dieu en faveur d’Israël, l’Égypte devenant typologiquement l’archétype de la servitude du péché. La puissance invincible du bras qui a coulé les chars de Pharaon dans la Mer rouge ne quittera plus Israël. C’est ce que la Loi, donnée par Dieu à Moïse au Sinaï, garantit au peuple : « Le Dieu de ce peuple, le Dieu d’Israël élut nos pères et fit grandir ce peuple durant son exil en terre d’Égypte. Puis, en déployant la force de son bras, il les en fit sortir et, durant quarante ans environ, il les entoura de soins au désert » (Ac 3, 17-18). Ce don de la Loi sur la montagne du Sinaï prépare le peuple d’Israël au don de la Loi nouvelle donné par Jésus-Christ lors du Sermon sur la Montagne, Alliance Nouvelle qui culmine dans les Béatitudes, parallèle des Dix Commandements.

L’Incarnation est le moment où la promesse de cette protection divine à bras étendu s’accomplit, comme la Vierge Marie le pressent dans son Magnificat : « Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe » (Lc 1, 51). Ultimement, ce sont les bras du Christ, étendus sur la Croix comme pour embrasser toute l’humanité, qui sont la garantie du salut que Dieu veut opérer pour le genre humain. À la Croix, toute l’histoire d’Israël trouve son achèvement.

Pour en savoir plus : Angelicum.


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