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Les catholiques se convertissent aux sites de rencontre

Tero Vesalainen / Shutterstock

Domitille Farret d'Astiès - Publié le 14/12/20

Sur le marché français, la fréquentation des sites et des applications de rencontre ne cesse de progresser. Y compris parmi les catholiques.

Meetic, Tinder, AdopteUnMec, Happn, Heavn… Les sites et applications de rencontre font florès aujourd’hui sur le marché français et leur fréquentation ne cesse d’augmenter. Selon une enquête Insee réalisée en 2011, en France, près de 41.5% des 18-44 ans se déclarent célibataires. Parmi les utilisateurs de ces nouveaux outils de rencontre, les catholiques. Loin d’être en reste, ils adoptent à leur tour cette pratique qui se démocratise chaque jour davantage. Même si ce n’était pas gagné au départ. « Nous avons démarré en 2006. À ce moment-là, les mentalités n’étaient pas les mêmes », souligne auprès d’Aleteia Olivier Orna, fondateur de Theotokos, l’un des pionniers des sites de rencontre chrétien, qui revendique 350.000 inscrites depuis 2006. Aujourd’hui, l’offre de Theotokos s’est étoffée et le site propose, en plus de l’outil de rencontre classique, des universités d’été et des vacances entre célibataires. « C’était très connoté minitel rose et ce n’était pas du tout rentré dans les mœurs », se souvient Olivier Orna. « C’était tabou de se rencontrer sur un site. Le premier tabou était la dimension sexe ; le deuxième, l’argent. Les gens pensaient : “Ils vont se faire de l’argent sur le dos de l’amour”. L’Église attendait de voir les fruits pour se prononcer. Aujourd’hui, il y a des gens qui s’inscrivent car leur conseiller spirituel les y a poussés. Et de plus en plus de prêtres se sont mis à célébrer des mariages Theotokos », ajoute-t-il.


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« Que les sites de rencontre soient une tendance, c’est clair », appuie Gwénola Desombre, conseillère conjugale et familiale dans l’Oise. « C’est adapté pour de jeunes professionnels qui n’ont plus forcément l’occasion de rencontrer d’autres célibataires », souligne-t-elle. « C’est aussi une autre façon d’entrer en relation, car derrière son écran, on ose dire plus de choses. Surtout que l’estime de soi est parfois un peu chamboulée quand le célibat est non choisi. Parfois, l’écran peut faire office de sas. Certains sont rassurés d’en savoir un peu plus sur l’autre. Je pense que cela prend de l’essor et que c’est beaucoup moins tabou qu’auparavant, y compris dans les familles. C’est dans notre temps et il faut évoluer avec son époque. Cela permet de rencontrer de nouvelles personnes auxquelles on n’a pas forcément accès dans son environnement proche. On peut rencontrer des gens qui sont loin de chez nous ».

Des chiffres qui ont plus que doublé depuis 2006

En témoigne Louise, 34 ans, qui a rencontré Marc sur eDarling en janvier 2019. Elle habitait Paris, lui Nancy. La première fois qu’elle s’est inscrite sur un site de rencontre, elle avait 25 ans et y avait été encouragée par une conseillère conjugale. « Pour moi, c’était un truc de vieille célibataire aigrie et désespérée », raconte cette Bridget Jones 2.0. « C’était horrible : le fait de faire le pas avait un côté humiliant. Cela voulait dire que je n’étais pas capable de rencontrer un garçon toute seule ». Inscrite au début sur un site chrétien, elle a fini par se rendre sur un site non-confessionnel, sans renier pour autant l’importance de sa foi. « Je me suis dit que mon bonheur et ma sainteté pouvaient passer par un chemin que je n’aurais pas forcément imaginé avant. Sur mon profil, dans “ce dont je ne pourrais pas me passer”, j’ai mis “ma foi” en me disant : “Si j’annonce la couleur et que cela fait peur au mec, il ne me répondra pas” ». Et elle a rencontré Marc, qui ne partage pas sa foi, mais avec qui elle s’est pourtant engagée dans le mariage.

Il n’y a plus du tout la même vision. Aujourd’hui, passé 30 ans, c’est presqu’un passage obligé. C’est rentré dans les mœurs.

« Il n’y a plus du tout la même vision. Aujourd’hui, passé 30 ans, c’est presqu’un passage obligé. C’est rentré dans les mœurs », s’amuse Olivier Orna pour lequel l’outil est utilisé aujourd’hui de façon beaucoup plus décomplexée. D’ailleurs, les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’apparition de Meetic en 2001 a marqué le début du marché de la rencontre en ligne, encore balbutiant en France jusque-là. Depuis, il n’a cessé de séduire de plus en plus. En une douzaine d’années, les chiffres ont plus que doublé dans l’Hexagone. D’après une enquête Ifop publiée en 2018, en 2006, 11% des personnes de 18 à 69 ans interrogées déclaraient d’être déjà inscrites sur un site ou une application de rencontre au cours de leur vie. En 2018, elles étaient 26%, soit plus d’un Français sur quatre.

Un sentiment de solitude

« Aujourd’hui, des jeunes me demandent des adresses de sites à leur recommander », note pour sa part Véronique Suquet, conseillère conjugale et familiale à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), qui voit passer dans son cabinet des célibataires chrétiens. « C’est assez récent, cela m’a frappée, surtout cette dernière année. Il y a vraiment cette quête, qui n’est pas pour une rencontre instantanée ou un plan du vendredi soir, mais pour essayer de trouver une âme sœur. Ils voudraient trouver quelqu’un avec qui partager des valeurs. Chez les 27-30 ans, il y a vraiment ce sentiment de solitude, de ne pas réussir sa vie affective. C’est à ce moment-là qu’ils vont se tourner vers cet outil ». Elle pointe du doigt la difficulté à faire de nouvelles connaissances une fois passées les années étudiantes. « La vie professionnelle prend de plus en plus de place et l’omniprésence du travail peut être un obstacle. Les couples se forment beaucoup durant la vie étudiante et pour ceux qui ont “raté le coche”, les occasions de rencontre se raréfient », explique-t-elle.

RELACJA
Halay Alex | Shutterstock

Aude, 32 ans, de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), sortait d’une histoire douloureuse à 27 ans, quand elle s’est inscrite sur un site. « Ce sont des amis qui m’ont dit : “Il faut que tu le fasses, tu rencontreras de nouvelles personnes”. Je me suis dit que je ne rencontrerais peut-être pas mon mari dessus mais que j’élargirais mes connaissances ». Et c’est sur Tinder qu’elle a rencontré l’homme de sa vie. « Au début, c’était pour me sortir d’une histoire qui me tirait vers le bas. Je cherchais une relation sérieuse, avec une volonté de construire. Ce que j’ai trouvé très bien, c’est que les attentes étaient clairement exprimées, de façon très transparente. Cela m’a plu. Très rapidement, je demandais à voir la personne, de façon à sentir le feel ou non ». Elle concède que les premières fois n’étaient pas forcément évidentes. « On ne sait pas par quel sujet commencer et on sait qu’on s’observe ». Mais le jeu en vaut la chandelle puisqu’il lui a permis de rencontrer Paul. Très vite, ils se sont aperçus qu’ils avaient de nombreux points communs, chrétiens pratiquants et scouts affermis tous les deux. Réalisant à la fin de la conversation qu’ils se rendaient le lendemain à la même conférence Spi & Spi (Spirituel & Spiritueux).

Un modèle qui se démocratise

Guiral Ferrieu fait partie des fondateurs de Heavn, dernier-né sur le marché puisqu’il fête tout juste ses trois mois. En quelques mois, cette application gratuite de rencontres chrétiennes a trouvé son public puisqu’elle revendique aujourd’hui 4.000 membres. Pour lui, qui souhaite « décomplexer les chrétiens par rapport à cela », le besoin était réel. « Dans les petites villes, les gens ne rencontrent pas tant que ça de chrétiens ; dans les grandes villes, cela va un peu vite et ils n’ont pas le temps de se poser et de rencontrer l’autre. Et il y avait vraiment un gap entre les sites de rencontre traditionnels et les applis », constate l’entrepreneur de 36 ans. « D’une part, les cathos ont de moins en moins de problèmes avec cela, et d’autre part, il y a une certaine frénésie sur les autres applis », note-t-il. Or, celle-ci peut ne pas convenir à certaines personnes.


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Florent, 33 ans, de Nantes (Loire-Atlantique), fait partie de ceux qui ont testé l’appli avant qu’elle ne soit lancée sur le marché, ce qui lui a permis de rencontrer Anne, avec qui il est en couple depuis cet été. Poussé par des amis, lui aussi était réticent au départ. « Pour moi, aller sur un site, c’était pour les loosers, ce que je ne pense plus aujourd’hui ». Le projet d’Heavn l’a conquis. « Je préférais rencontrer quelqu’un qui soit du milieu catho, qui aille à la messe et qui croie en Dieu ». Et sa démarche a payé.

C’est un moyen de se rencontrer, un outil comme un autre. Il y a un petit cap à passer. Plus cela va se démocratiser, plus les plus circonspects finiront par se dire “pourquoi pas”.

« On a remarqué que les gens étaient davantage prêts, qu’il y avait un terreau pour les chrétiens qui avaient testé d’autres applis », poursuit Guiral Ferrieu. « Manifestement, les gens en parlent entre eux et s’inscrivent de plus en plus facilement ». Heavn utilise des algorithmes et sélectionne trois profils par jour pour chaque utilisateur. « L’avantage de ce système-là, c’est qu’on ralentit un peu. Quand on reçoit 50 profils par jour, ce n’est pas possible de rencontrer naturellement des gens avec un tel nombre. Nous essayons de reproduire un peu les rencontres comme dans la vraie vie ». Enfin, la gratuité permet d’avoir un panel beaucoup plus large et de toucher davantage de monde. Si aujourd’hui la tranche d’âge phare des utilisateurs est 25-45 ans, Guiral Ferrieu constate que les 18-25 ans et 60-75 ans montent en force.

Et avec la pandémie, ce succès n’est pas prêt de se démentir puisque de nombreuses applis de rencontre ont enregistré une hausse de leur usage au cours des derniers mois. « Depuis le début de l’épidémie, nous avons constaté une augmentation de l’activité de nos utilisateurs », relevait le 5 mai 2020 Match Group, qui exploite de nombreux services de rencontre comme Tinder ou Meetic, dans sa lettre aux actionnaires. Et ce sur toutes leurs applications et dans le monde entier. À l’automne, au moment de l’annonce du couvre-feu, le nombre d’inscriptions a atteint un pic sur Heavn. « Je pense que de plus en plus, l’effet post-Covid, couvre-feu, confinement, accélère cette dynamique. Les gens finissent par se dire : “J’essaie, j’assume” », analyse Guiral Ferrieu. « C’est un moyen de se rencontrer, un outil comme un autre. Il y a un petit cap à passer. Plus cela va se démocratiser, plus les plus circonspects finiront par se dire “pourquoi pas” ».


SAD WOMAN

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