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Du street art dans une église ? Découvrez cette fresque monumentale

fresque de Amaury Dubois

© Amaury Dubois

Caroline Becker - Publié le 22/11/20

C’est un cas unique en France. L’artiste contemporain Amaury Dubois a imaginé une fresque monumentale pour l’église Sainte-Madeleine de Châtelaillon-Plage près de la Rochelle (Charente-Maritime). En seulement deux mois, il a réalisé une œuvre de 600m2 aux formes résolument contemporaines. Preuve que les sanctuaires continuent d’inspirer les artistes d’aujourd’hui.

C’est avec beaucoup de fierté et un brin d’émotion que Amaury Dubois nous raconte cette histoire extraordinaire qui l’a amené à réaliser une fresque monumentale pour l’église Sainte-Madeleine de Châlaillon-Plage en Charente-Maritime.

Cet artiste lillois, qui marche désormais dans les pas des plus grands artistes qui ont œuvré pour l’Église — à l’image de Picasso, Matisse ou encore Okuda — réalise la chance qu’il a d’avoir pu travailler pour un sanctuaire. « Une église n’est pas qu’un bâtiment », confie t-il, « c’est aussi une communauté de croyants ». Un élément essentiel qui l’a soutenu pendant tout son cheminement créatif. 

« Il n’est jamais facile d’introduire l’art contemporain dans les églises. Je craignais un peu les retours des fidèles, qu’ils se sentent déstabilisés. »

Son histoire commence à l’automne 2019. Le maire de Châlaillon-Plage, petite ville située au bord de la mer, a le désir de commander un décor monumental pour l’église Sainte-Madeleine, construite au XIXe siècle. Son objectif ? Offrir à cette église aux murs blancs une œuvre contemporaine riche de sens. Après plusieurs semaines de recherche, la municipalité découvre le travail d’Amaury Dubois et tombe sous le charme de ses couleurs lumineuses. L’artiste, sensible à l’art chrétien, accepte le défi mais non sans crainte. « Il n’est jamais facile d’introduire l’art contemporain dans les églises. Je craignais un peu les retours des fidèles, qu’ils se sentent déstabilisés ». 

fresque de Amaury Dubois
© Amaury Dubois

Malgré ses doutes, Amaury accepte. Armé de ses pinceaux et de son imagination, il quitte Lille et pose ses valises à Châtelaillon-Plage. Puis, il se rend dans l’église, car c’est là-bas qu’il veut puiser l’inspiration. À peine entré, alors qu’il découvre cette immense voûte, une idée germe dans son esprit. « Je voulais une œuvre très visuelle, qui parle à tout le monde. Lumineuse et colorée ». Il s’oriente alors vers une iconographie abstraite, prompte à offrir au fidèle une véritable expérience transcendante. « L’essentiel est que les fidèles puissent ressentir la lumière, la vie, la présence de Dieu. » Une présence qui ne passe pas obligatoirement par une iconographie figurative selon lui. 


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Partant du chœur, le lieu le plus sacré du sanctuaire, là où s’annonce la Parole et se célèbre l’eucharistie, Amaury a imaginé un puits de lumière d’où s’échappent de longues courbes colorées. « La lumière, c’est la connaissance, la Parole de Dieu qui se diffuse. Elle part donc du chœur et vient de répandre sur les fidèles pour les illuminer. » Un éveil à la foi symbolisé par ces couleurs vives qui rayonnent jusque dans la nef. 

fresque de Amaury Dubois
© Amaury Dubois

« Cette Parole de Dieu, c’est aussi celle qui repousse les ténèbres », ajoute l’artiste. À l’autre bout de la nef, en pendant, se développent des couleurs plus froides, symboles du monde profane face au monde divin. Au centre, une grande nuit étoilée est repoussée par les courbes éclatantes de la Parole de Dieu. « Le fidèle qui entre dans l’église est invité à cheminer vers la lumière. Mais pour que le jour se révèle, il faut avoir connu la nuit, d’où la présence de cette grande voûte étoilée », précise l’artiste. 

Si le fidèle regarde bien, il pourra voir des écailles de poissons incrustées dans les aplats de blanc. Sensible à la symbolique chrétienne, Amaury a naturellement choisi le poisson, symbole utilisé par les premiers chrétiens lors des persécutions romaines. « C’est un signe de reconnaissance pour les chrétiens. Autour de ce symbole, l’Église se forme. Nul besoin d’avoir un lieu approprié. Je voulais ainsi rappeler que l’Église c’est avant tout la communauté et celle-ci peut se former partout, même cachée au cœur des catacombes. »

fresque de Amaury Dubois
© Amaury Dubois

Si beaucoup voient dans ces grands aplats de couleurs, une référence au street art, l’artiste s’en défend. « J’ai effectivement fait un peu de street art dans ma vie mais je n’ai pas cherché à imposer ce style ici. Si les formes et les couleurs y font référence, c’est malgré moi car j’ai toujours peint de cette manière », précise-t-il. 

Pour réaliser cette fresque gigantesque, Amaury Dubois est resté deux mois dans la petite ville balnéaire. Une exécution rapide qui s’explique par son incroyable investissement et un mental d’acier. « J’ai travaillé six jours sur sept pendant deux mois, quasiment sans me reposer ». Armé de ses pinceaux, de ses couleurs et de son sandwich, il est resté des heures perché sur son échafaudage. « Je suis ressorti épuisé », avoue-t-il. Car ce peintre, très méticuleux, n’a pas cherché à se faire aider. Il a peint tout seul cette grande surface de 600m2. « J’avais beaucoup de pression, je voulais que tout soit parfait, comme je l’avais imaginé. Me faire aider n’était pas concevable. Mais quand on arrive à ce tel degré d’épuisement, c’est la force de l’esprit qui nous soutient. »

fresque de Amaury Dubois
© Amaury Dubois

Une fois le dernier coup de pinceau appliqué, l’artiste souffle enfin mais sait que tout n’est pas encore terminé. Désormais, il va falloir faire face aux regards des fidèles. L’inauguration, qui devait avoir lieu à Pâques, a été reculée à cause du Covid-19 et s’est tenue en octobre dernier. À son grand soulagement, les critiques ont été très positives. « Bien sûr, il y a des récalcitrants, mais j’ai reçu de nombreux messages très touchants de gens qui ont toujours connu cette église, qui se sont mariés dedans, et qui m’ont remercié de lui avoir redonné vie ». Fort de cette expérience, Amaury Dubois et prêt à retenter l’expérience de l’art sacré. « Travailler pour des édifices religieux est quelque chose de très fort. Il y a une présence que l’on doit prendre en compte. Je le referai avec plaisir », conclue-t-il. 




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