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Et si on commençait par-là : ouvrir son cœur aux plus petits ?

© Élodie Perriot

Lazare Lyon - Mars 2017

Mgr Benoist de Sinety - Publié le 15/11/20

Une société se grandit en mettant le plus petit au cœur de ses ambitions. Encore faut-il passer du « faire pour » autrui au « vivre avec ». En cette IVe Journée mondiale des pauvres, osons ouvrir nos cœurs aux "tout petits" en acceptant leur compagnie.

Absorbés que nous sommes par le monde qui s’efface — mais n’en a jamais-t-il été autrement ? — nous risquons de manquer l’élément essentiel qui est comme le ciment de toute construction humaine : la place irremplaçable de celui qui, aux yeux des puissants, ne vaut pas grand-chose voire rien. Ce pauvre, cet exclu, qu’on désigne parfois comme parasite et qu’on perçoit souvent comme importun. Une société ne peut se bâtir sans mettre en son cœur le tout-petit, sans chercher à fonder sur lui son ambition de progrès.

C’est lui que la loi s’efforce de protéger, lui qui doit être l’objet de toutes les attentions, de toutes les prudences mais aussi de nos aspirations à vivre mieux. Non pas en le faisant dépendant d’une générosité qui se contente de déverser sur la tête de gens des euros sans compter, mais en osant prendre le risque d’accompagner chacun pour le rendre à sa dignité d’homme libre et debout.

De l’humanitaire à la charité

Le désir d’une société à mettre au centre de ses préoccupations le sort des plus petits ne se mesure pas simplement à la hauteur de ses prestations sociales, éducatives, même si elles sont nécessaires. Il s’évalue à la manière dont l’État permet, encourage et accompagne la capacité de chacun à agir pour et avec autrui. Il s’évalue aussi dans la reconnaissance par le pouvoir politique, médiatique, judiciaire, financier, de ne pas établir entre les pauvres une discrimination supplémentaire. Il n’y a pas les bons et les mauvais : refuser d’opposer les pauvres aux pauvres comme nos sociétés trop souvent par confort s’y emploient. Il est vrai que l’adage qui prétend qu’on ne peut gouverner sans diviser, continu de faire bien des dégâts dans les corps et les consciences. 




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L’émergence dans notre horizon ecclésial de nombre d’initiatives le montre à l’envi : il faut passer du « faire pour » autrui au « vivre avec », passer de l’humanitaire à la charité.

Sans cette enfant singulière…

Ils sont nombreux les parents, par exemple, qui témoignent aujourd’hui de l’apport imprévu et parfois salvifique qu’un enfant handicapé procure à un foyer. La grâce inattendue de la récente série télévisée sur le général De Gaulle (De Gaulle, l’éclat et le secret) le montrait récemment, et de quelle manière. On connaissait l’homme de l’Appel du 18 juin, du « Je vous ai compris », et de bien d’autres paroles gravées dans la mémoire de notre histoire nationale. Mais c’est ce murmure que bien des téléspectateurs retiendront désormais : « Mon tout petit », et c’est le corps immense d’un homme devenu légendaire qui s’incline devant cette enfant, Anne, qui l’accompagne et le soutient au-delà de la mort. Anne, cette éternelle jeune fille morte à 20 ans, au nombre de chromosomes supérieur à la plupart d’entre nous. Sentiment déroutant que sans cette enfant singulière, le père n’aurait pas été l’homme qu’il fut et que notre histoire en eut certainement été marquée, irrémédiablement.

© Rémy Grandroques

Quel bonheur qu’en notre époque où le handicap, sitôt diagnostiqué par les médecins, ouvre aux parents qui espèrent un chemin de combat et où tant d’efforts sont déployés pour les convaincre de ne pas accueillir cette vie qui prend forme, quel bonheur qu’un téléfilm puisse enfin porter au grand jour le caractère irremplaçable dans notre société, de ces frères et sœurs qui, d’une manière humble et essentielle, humanisent notre monde. Cette « toute petite » que fut, pour son père, Anne De Gaulle, rappelle à celui qui veut bien ouvrir les yeux, combien nos ambitions pour demain ne trouveront leur sens, qu’en acceptant de les laisser accompagner par ceux qu’on présente comme un problème, en oubliant qu’en fait, le problème vient de nous.

Avec le plus petit

Il y aurait bien d’autres témoignages à exprimer ici : ceux qui vivent en colocation avec des amis de la rue, à l’APA ou à Lazare, ceux qui vivent avec des personnes polytraumatisées comme à Simon de Cyrène, celles qui vivent avec des futures mamans comme à Marthe et Marie, ceux qui choisissent de partager le quotidien d’infamie des migrants parqués dans des camps de détresse… C’est ce « avec » qui crée la fraternité, bien plus sûrement que cet « ensemble » souvent brandi comme slogan mais qui au bout du compte sonne toujours un peu creux. Car cet « avec » engage une personne vers une autre, précise et définie. C’est toi et moi, toi avec moi : condition du compagnonnage humain véritable.

En entendant les témoignages des uns, en regardant celui des autres, puissions-nous à notre tour oser faire ce pas de partager ce que nous sommes avec le plus petit sans rétrécir nos intelligences aux définitions de la normalité que nous enseigne la puissance et la gloire de ce monde. Oui, en ce dimanche, Journée mondiale des pauvres, puissions-nous oser ouvrir nos cœurs à la dimension du cœur de Dieu en acceptant que ces « tous petits » puissent nous accompagner et entretenir dans la froideur de l’existence quotidienne, la chaleur de l’Amour… Ne serait-ce pas là le vrai témoignage prophétique de l’aurore qui s’annonce ?  

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