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Eric Roussel : "De Gaulle avait une foi sincère mais il était aussi très gallican"

AFP

Le chancelier allemand Konrad Adenauer et le général de Gaulle assistent à la messe dans la cathédrale de Reims, le 8 juillet 1962.

Laurent Ottavi - Publié le 09/11/20

Il y a cinquante ans, le 9 novembre 1970, Charles de Gaulle s’éteignait à Colombey-les-Deux-Églises. Un des derniers grands hommes d’État du siècle disparaissait, et avec lui une certaine conception de la politique, de la France et de l’histoire. C’était un homme de foi, plutôt gallican, raconte l’un de ses grands biographes, l’académicien Éric Roussel.

L’écrivain et journaliste Éric Roussel, membre de l’Institut, a publié en 2002 une biographie du Général de Gaulle qui fait autorité chez Gallimard. Republiée dans une version revue et augmentée chez Tempus /Perrin cette année, il vient également de faire paraître De Gaulle, monument français aux éditions de l’Observatoire. Dans ce livre, il revisite la vie du Général comme on redécouvre un monument. Pour Aleteia, il explique combien le Général, dont on commémore ce lundi 9 novembre le cinquantième anniversaire de sa mort, n’était pas un homme de son temps. Paradoxalement, c’est ainsi qu’il put sortir la France du chemin de la défaite et du déshonneur. 


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Aleteia : Comment la famille de De Gaulle contribua à le mettre sur les rails de son destin ? 
Éric Roussel : Tous les hommes doivent quelque chose à leur famille et au milieu dans lequel ils sont nés. C’est d’autant plus vrai pour De Gaulle, qui fut un homme de tradition. Il assumait autant son passé familial qu’il assumait toute l’histoire de France. Les De Gaulle était une famille bourgeoise parisienne où l’on trouvait bien plus de procureurs et d’avocats sous l’Ancien régime que de soldats. Plutôt favorables aux idées nouvelles du XVIIIe siècle, ils furent cependant ruinés par la Révolution et ne parvinrent pas à se rétablir sous l’Empire. Le déclin de cette famille est sensible lorsqu’on observe la vie des grands parents du Général, Julien de Gaulle, un chartiste, et sa femme qui écrivait des romans dont la diffusion était assez grande à l’époque. Ils étaient à la fois très catholiques, voire traditionnalistes, très patriotes et très cultivés. Leur précarité, si forte que les grands parents de De Gaulle changèrent vingt-sept fois de domicile au cours de leur vie, les rendit très attentifs au sort des déshérités. Ils appliquaient non seulement la charité chrétienne mais ils nouèrent aussi des liens avec des auteurs inattendus : la grand-mère du Général était en relation avec Jules Vallès et elle fit l’éloge posthume de Proudhon. L’ensemble de ces paramètres induisit très certainement chez De Gaulle de fortes réserves à propos de l’argent et une distance instinctive par rapport à la bourgeoisie traditionnelle, à laquelle appartenait bien plus la famille maternelle du Général, les Maillot. Patriotes et catholiques eux aussi, ils avaient cependant une situation matérielle beaucoup plus aisée. 

Diriez-vous que la lecture de Charles Péguy, à laquelle sa famille l’avait introduite, est celle qui l’influença le plus ? 
Charles Péguy était l’auteur dont il se sentait le plus proche. Son œuvre le marqua énormément, comme on en trouve la marque dans bien des textes du Général. Le nationalisme de Péguy est ouvert, contrairement à celui de Maurras. Péguy avait aussi à cœur d’assumer toute l’histoire de France, comme le ferait plus tard le Général. Sa famille l’a également ouvert aux œuvres de Bergson, de Barrès et de Maurras, lu par beaucoup à cette époque ; même Mauriac cherchait en vain une divergence avec le fondateur de l’Action française en matière de politique étrangère !




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Que savons-nous de la foi du Général ?
C’est une question difficile tant De Gaulle fut discret sur ce chapitre. Il ne cacha jamais qu’il était catholique mais il faisait très peu de confidences. Il avait une foi sincère. Cependant, il était aussi très gallican, c’est-à-dire très attaché à l’indépendance de l’Église de France par rapport à Rome. Quand il y eut des problèmes avec Rome à propos des évêques s’étant compromis avec le régime de Vichy, De Gaulle se montra très abrupt avec le Vatican, ce qui provoqua quelques incidents avec le cardinal Roncalli, alors nonce à Paris, futur pape Jean XXIII. Dans l’exercice de ses fonctions politiques, le Général assistait à des offices mais s’abstenait de communier publiquement. Il fit une seule exception à ma connaissance, à Saint-Pétersbourg, pour marquer sa solidarité avec les catholiques persécutés. 

Vous montrez dans votre livre combien la conception du pouvoir du Général était proche de celle de Richelieu. Peut-on dire qu’elle était catholique ?
Certains passages du testament politique de Richelieu auraient pu être écrits par De Gaulle. Chez les deux hommes d’État, on trouve la même conception sacrificielle du pouvoir et le même souci de la raison d’État. Dans Le Fil de l’Epée, De Gaulle affirmait que la perfection évangélique ne conduit pas à l’Empire. De Gaulle fut un homme d’État intransigeant. Il prit par exemple des décisions extrêmement dures pendant la guerre d’Algérie, notamment contre les harkis. On ne sait pas si De Gaulle eut des cas de conscience. D’après son collaborateur Pierre-Louis Blanc, il aurait d’abord écrit dans ses mémoires à propos des affaires algériennes : « Et que Dieu me prenne en pitié », avant de se raviser sur conseils de ses proches. C’est tout de même assez significatif.

De Gaulle ne venait pas de nulle part mais il n’était d’aucun sectarisme.

Pourquoi concluez-vous dans votre livre que De Gaulle n’était pas un « homme de son temps » ? 
Je ne formule pas une critique en écrivant ceci. Toute sa formation était en opposition à la culture dominante de son époque. Il ne fut pas seulement opposé au fonctionnement de la IIIe République mais à l’idéologie qui la sous-tendait. Il fut contraint de faire une partie de ses études en Belgique à cause des persécutions religieuses. De Gaulle éprouvait une nostalgie de la monarchie et les auteurs qu’il aimait étaient tous en réaction contre l’universalisme kantien qui était la doctrine officielle de la IIIe République. En 1940, il fallait quelqu’un d’étranger à cette idéologie et à une pratique du pouvoir qui avait mené le pays à sa perte pour pouvoir assumer toute l’histoire de France et faire renaître l’espérance. Les républicains pensaient que la France avait commencé en 1789 et ils rejetaient les deux empires, surtout le second, alors que la famille de De Gaulle avait un grand intérêt pour le bonapartisme. De Gaulle ne venait pas de nulle part mais il n’était d’aucun sectarisme. C’est ainsi qu’il parvint à rassembler les personnalités les plus diverses, des communistes aux maurrassiens, pour hisser les couleurs, selon sa propre expression. 

© éditions de l'Observartoire

Éric Roussel, De Gaulle, monument français, Éditions de l’Observatoire, octobre 2020, 144 pages, 18 euros.

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Tags:
Charles de GaullePape Jean XXIIIpresident de la republique
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