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L’énigme des vierges sages qui veillent en dormant

Fr. Jean-Thomas de Beauregard, op - Publié le 07/11/20

La parabole des vierges sages est une énigme : comment est-il possible de veiller en dormant ? C’est que la lampe de leur cœur, qui est celui de leur amour pour l’Époux, reste allumée.

Les multirécidivistes de la sieste discrète à la messe ou à l’oraison aiment à se répéter ce verset du psaume : « Dieu comble son bien-aimé quand il dort » (Ps 127, 2). La petite Thérèse elle-même confesse qu’elle s’endormait régulièrement lors des temps d’oraison communautaire au Carmel de Lisieux. Et aujourd’hui encore, dans la parabole des vierges prévoyantes et des vierges insouciantes, toutes s’endorment en chœur alors que l’Époux n’est pas encore venu (Mt 25, 1-13). 

Paradoxalement, ce n’est pas cela que l’Époux leur reproche. Pourtant, le sommeil est logiquement incompatible avec la mission de veiller qui incombait à ce groupe de femmes. Elles devraient être réprimandées pour cet assoupissement coupable. Et au-delà de cette parabole, veiller semble bien être la mission de tout chrétien en attente de la visite du Christ : gare à qui s’endort !

Dormir et veiller

L’Écriture le confirme : la vigilance de la veille n’est jamais associée positivement au sommeil. Jésus, dans son agonie au Jardin des Oliviers, gronde Pierre endormi qui n’a pas réussi à veiller même une heure seulement pour l’accompagner dans son ultime prière (Mc 14, 37 ; Lc 22, 46). Le maître de maison d’une parabole racontée par Jésus tance ses serviteurs qu’il trouve endormis à son retour alors qu’il leur avait recommandé de veiller (Mc 13, 35-37). Paul exhorte les chrétiens de Thessalonique : « Ne nous endormons pas, comme font les autres, mais restons éveillés et sobres » (1 Th 5, 6).


KAMIENNE ANIOŁY

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Il faut se tenir éveillé, coûte que coûte ! Jésus est devant moi qui scintille dans l’ostensoir, ou bien le curé prêche, ou bien je dis mon chapelet, il ne faut pas que je m’endorme ! Et pourtant, une douce torpeur m’envahit et m’emporte au pays des songes, dans un sommeil qu’on qualifiera de « repos du juste » ou d’« oraison de saint Pierre » par une trop facile présomption. Le fait est que les dix vierges de la parabole s’endorment, et ce n’est pas cela qui leur est reproché par l’Époux. Non, le tort des cinq vierges insouciantes consiste à n’avoir pas tenu leurs lampes allumées. Les vierges prévoyantes, elles, dormaient tout aussi profondément que leurs voisines, mais leurs lampes étaient restées allumées.

Le sommeil des vierges sages

C’est donc bien un sommeil paradoxal que celui des vierges sages. Elles dorment, mais elles tiennent leurs lampes allumées. Il faudrait alors parler de lampes très spécifiques : ce qu’on appelle précisément des « veilleuses ». La veilleuse est cette bougie qui se consume très lentement et brûle dans la nuit tandis que celui qui l’a allumée est déjà reparti, ou bien s’est endormi. Les cinq vierges sages dorment, mais quelque chose en elle veille encore, et ce sont leurs lampes qui restent allumées. Il y a des veilleuses dans la nuit, sans qu’on ne sache plus s’il s’agit des vierges endormies ou de leurs lampes dont la flamme vacille faiblement dans l’obscurité. Et un verset monte spontanément sur nos lèvres. Avec la fiancée du Cantique, nous murmurons : « Je dors, mais mon cœur veille » (Ct 5, 2). Oui, la lampe allumée figure bien le cœur, c’est-à-dire l’amour ! Les vierges dorment, mais leur cœur veille plus encore que leurs lampes. Et justement, tout s’éclaire.




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En particulier, on comprend pourquoi il n’est jamais fait mention de l’épouse dans la parabole, alors qu’il est question de l’Époux. C’est que l’épouse est représentée en fait par le groupe des vierges, en particulier les cinq qui ont gardé leurs lampes allumées. Et à travers elles, en transparence ou comme dans un jeu d’ombres chinoises, se profile la fiancée du Cantique. L’épouse ou la fiancée, c’est l’Église, et c’est aussi toute âme chrétienne.

Au milieu de la nuit

On comprend aussi pourquoi l’Époux arrive au milieu de la nuit, ce qui est tout de même étrange. C’est que l’Époux est précisément celui qui a allumé les lampes et peut les raviver par son amour, et c’est son absence qui cause la nuit. Il suffit que l’Époux arrive pour que la lumière se fasse dans le cœur de ceux qui l’aiment : « De nuit, il n’y en aura plus ; ils se passeront de lampe ou de soleil pour s’éclairer, car le Seigneur Dieu répandra sur eux sa lumière, et ils régneront pour les siècles des siècles » (Ap 22, 5). Il est d’ailleurs sans doute erroné d’assimiler l’huile pour recharger les lampes aux bonnes œuvres, comme le fait tout un pan de la Tradition. La parabole précédente, celle du serviteur fidèle (Mt 24, 42-41) expliquait déjà qu’il faut un service actif, la leçon est comprise ! Non, dans cette nouvelle parabole, celle des dix vierges, Jésus ne revient pas sur la nécessité des œuvres, mais insiste sur les dispositions intimes qui les inspirent : la ferveur de l’amour. Les vierges sages n’ont pas eu d’activité spéciale, puisqu’elles se sont même endormies. Mais elles ont attendu, et elles ont attendu en aimant.

La supériorité de l’épouse sur le serviteur

Un détail doit retenir l’attention. La nécessité du service actif, des œuvres, est associée par Jésus à un univers masculin et la figure du serviteur. La nécessité de la ferveur amoureuse et d’une attitude réceptive, elle, est associée par Jésus à un univers féminin où brille la figure de la vierge, de la fiancée, de l’épouse. Et ce n’est pas succomber à un féminisme à la mode que d’affirmer la supériorité en dignité de l’épouse sur le serviteur, comme l’amour est supérieur aux œuvres. Certes, l’amour ne va pas sans les œuvres, pas plus que la femme sans l’homme. Mais dans la vie chrétienne, c’est l’amour qui a la primauté, dans sa dimension réceptive, et cela nous est enseigné le plus souvent par les femmes, de la Vierge Marie aux grandes mystiques.

Veillons car nous ne savons ni le jour ni l’heure où le Christ-Époux viendra nous visiter. Veillons en aimant !

Les vierges insouciantes n’ont pas péché par étourderie, par imprudence ou parce qu’elles n’ont pas fait assez d’œuvres bonnes. Elles ont péché par manque d’amour. C’est cela seul qui peut justifier la sévérité incroyable de l’Époux, qui leur ferme la porte à tout jamais. Un maître de maison ne ferme pas la porte définitivement à des retardataires. Mais un Époux peut fermer la porte à tout jamais à celle qui refuse son amour, à celle qui n’aime pas, ou pas assez. C’est le manque d’amour qui est jugé.

L’amour ne se prête pas

De cet amour pour l’Époux, chacun est comptable personnellement. Cela explique le refus opposé par les vierges sages aux vierges insensées qui leur demandent de leur prêter de l’huile pour recharger leurs lampes. La dureté de ce refus étonne ! Mais c’est que l’amour ne se prête pas, il ne s’achète pas non plus chez des marchands sans être prostitué, et il est toujours personnel. Même la communion des saints ne communique les mérites que si ceux qui doivent en bénéficier ont le cœur au moins un peu ouvert à l’amour. 

Veillons donc, car nous ne savons ni le jour ni l’heure où le Christ-Époux viendra nous visiter. Veillons en aimant ! Car alors, même nos assoupissements et même la nuit de notre péché ne seront rien face à la lumière éblouissante de l’Époux qui vient nous prendre pour nous unir à Lui, maintenant puis à l’heure de notre mort. « Je dors, mais mon cœur veille. J’entends mon Bien-Aimé qui frappe » (Ct 5, 2).


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