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C’est l’homme qui fait la guerre, c’est Dieu qui donne la paix

Philippe Lissac / Godong

Guillaume de Prémare - Publié le 07/11/20

Pourquoi est-ce dans la guerre, cruelle et fascinante, que les hommes cherchent la paix ? Dans l’horreur absolue, que l’homme d’honneur essaie de maîtriser comme il peut, c’est bien Dieu qui demeure le maître, et vers lequel crie l’humanité.

« Il y a un temps pour aimer, et un temps pour haïr ; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix »… Mentionnée ainsi par l’Ecclésiaste (Qo 3, 8), la guerre apparaît comme dans l’ordre des choses, une réalité presque banale. Il est vrai que la guerre et la paix règlent les jours et les nuits de l’histoire des peuples. Pensons à toutes ces grandes batailles qui rythment nos livres d’Histoire, qui se déclinent sur nos fresques et nos tableaux, qui se disent dans nos écrits, avec l’exaltation de l’esprit de sacrifice, de la bravoure et du courage, de la gloire et du prestige, avec l’épopée des héros victorieux ou défaits.

Pas de paix sans la guerre

De même qu’il n’y a pas de réconciliation sans le conflit ni de pardon sans l’offense, y a-t-il vraiment une paix sans la guerre ? D’une certaine manière, la guerre est, dans notre condition humaine, cette meule perpétuelle qui aiguise la soif de la paix, une fois rassasié l’appétit d’en découdre… À bien y réfléchir, il est inexact de dire que la guerre est la marque de la barbarie. Si tel était le cas, ni Rome, ni Jeanne d’Arc, ni Baudouin, le roi lépreux de Jérusalem, ne l’auraient faite ; et Bernard de Clairvaux ne l’aurait pas prêchée. Dans L’Enéide, Virgile dessine la vocation de Rome : « Romain, souviens-toi de gouverner les nations sous ta loi — ce sont tes arts à toi — et d’imposer des règles à la paix : ménager les vaincus et faire la guerre aux superbes. » Pour Virgile, c’est Rome qui dispose du temps de la guerre et de la paix. C’est la pax romana. Montesquieu, dans ses Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, décrit leur guerre comme un art de civilisation : « Les Romains se destinant à la guerre et la regardant comme le seul art, ils mirent tout leur esprit et toutes leurs pensées à le perfectionner. »




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Une terrifiante réalité

Cependant, pour l’Ecclésiaste, nul empire n’est le vrai maître de l’histoire, c’est plutôt Dieu qui fixe le temps de la paix et celui de la guerre. C’est peut-être cette idée qui fait dire au vieux soldat que si la paix est un don de Dieu, la guerre aussi est parfois un don de Dieu. Face à la guerre, l’âme du soldat est partagée entre l’effroi — « Mon Dieu, la guerre… » — et l’impatience — « Enfin, la guerre… » Dans le secret de son âme, il attend avec angoisse et désir pressant son baptême du feu, cet instant décisif qui forge l’homme. Ernest Psichari écrit une chose terrible dans Terres de soleil et de sommeil : « Dans ma patrie, on aime la guerre, et secrètement, on la désire. Nous avons toujours fait la guerre. Non pour conquérir une province. Non pour exterminer une nation. Non pour régler un conflit d’intérêts. Ces causes existent assurément, mais elles étaient peu de choses. En vérité, nous faisons la guerre pour faire la guerre. Sans nulle autre idée. Pour l’amour de l’art. » Avec la guerre comme art, il y a aussi la guerre comme terrifiante réalité. Le tout jeune Aragon évoque ainsi le Chemin des Dames dans son roman Anicet : « Il y avait du Boche en avant, de côté, en arrière… L’artillerie tapait dans le tas… On voyait dans ce qui avait été du barbelé un particulier qui n’avait pas pu se tirer des pieds… Personne ne songeait à aller le repêcher, je vous jure… Enfin, une chienne n’y aurait plus reconnu ses petits… Là où était ma section, ça avait encore forme humaine… parce qu’on tenait un boyau où on s’était battu… ».

Assurément, il n’y a pas de prière plus intense ni plus belle que celle de l’effroi et de la mort.

À Dieu, la plus haute supplication

Le Chemin des Dames, déchaînement de fer et de feu, avec ses trous d’obus dans lesquels, croyants ou incroyants, les hommes prient et meurent en pensant à leur mère. Assurément, il n’y a pas de prière plus intense ni plus belle que celle de l’effroi et de la mort. C’est alors que des entrailles de la guerre monte la plus déchirante des supplications, celle qui fléchit le cœur de Dieu : « Donne-nous la paix… ».

Chronique publiée en partenariat avec Radio Espérance, 4 novembre 2020.


POKÓJ

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