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Bertrand et Marie-Hélène, couple missionnaire : "Sans la prière, on aurait calé en cours de route" (2/5)

Bertrand et Marie-Hélène Aupècle, L'Arche du Caillou blanc

Courtesy of Bertrand et Marie-Hélène Aupècle

Marzena Devoud - Publié le 13/10/20

À l’occasion de la semaine missionnaire, Aleteia vous invite à découvrir chaque jour le portrait d’un couple qui se met au service de son prochain de manière radicale. Bertrand et Marie-Hélène Aupècle partagent leur quotidien avec des personnes souffrant d’un handicap depuis 40 ans. Si leur cheminement vers Dieu était individuel, la décision de fonder la communauté de l’Arche le Caillou Blanc à Quimper, dans le Finistère, est née au sein du couple à la suite d’une rencontre qui a bouleversé leur vie.

« Voulez-vous vraiment parler de nous ? Je ne sais pas si notre vie est intéressante ». Une voix douce au téléphone s’en étonne un moment avant de dire : « Si cela peut être utile, alors oui, on peut essayer de vous raconter notre histoire ». Quelques jours plus tard, deux visages lumineux apparaissent sur l’écran de l’ordinateur. Bertrand, 72 ans, et Marie-Hélène, 71 ans, tous les deux à la retraite après avoir été respectivement agriculteur et enseignante. Regard joyeux, ils tentent de s’entraider à bien tenir la tablette, la connexion laisse à désirer. Inconsciemment, ils dévoilent ainsi leur affection l’un pour l’autre. 47 ans de mariage, trois enfants, six petits-enfants… En fait, Bertrand rectifie tout de suite : « Nous sommes une famille bien plus grande que ça : le Caillou blanc, c’est une communauté d’une centaine de personnes ! ».

Une conversion spirituelle radicale

Du haut de leurs 70 ans passés, le couple voit leur mission naître le jour de la conversion spirituelle de Bertrand : « Elle m’est tombée d’un coup, de façon un peu brutale. J’avais alors 35 ans, mon frère cadet était dépendant des drogues, il vivait l’enfer et ne savait pas comment s’en sortir. Notre mère, très croyante, faisait partie d’un groupe de prière du Renouveau charismatique près de Quimper. Ce jour-là, elle a décidé d’organiser à la maison une veillée de prière avec l’intention précise de demander la guérison de mon frère. Comme je ne voulais pas trop y participer, je suis resté dans une pièce à côté. Après ce temps de prière, j’ai vu mon frère pleurer avec des larmes d’une profonde émotion. Son visage en pleurs m’a profondément marqué. Pendant 48 heures, cette vision ne m’a pas lâché. Au bout, je me suis écroulé ». Ayant compris ce qui s’était passé, la mère de Bertrand l’invite à entrer dans son groupe de prière. Un petit groupe, juste quelques personnes sans rattachement à une communauté particulière. Nous sommes dans les années 1970, avant la création des grandes fraternités apparues dans les années 1980… Désormais la vie de Bertrand change radicalement. Il découvre que Dieu peut lui parler directement s’il le lui demande.

Quelques mois après la conversion de Bertrand, Marie-Hélène rejoint le cheminement de son mari : « Voir mon mari comme ça, cela m’a secouée. Non sans peur, je me suis dit que, moi aussi, il fallait que je passe par ce tremblement de terre. Finalement, j’ai vécu quelque chose de très doux. Un soir, je suis allée prier avec lui. J’ai compris que le Seigneur prenait soin de nous, en s’adaptant à nos personnalités très différentes… » constate-t-elle en riant. Convertis tous les deux au bout de cinq années de mariage, Bertrand et Marie-Hélène vont bientôt vivre une rencontre qui va bouleverser leur vie. « C’était le début de notre mission. Sans la prière, Marie-Hélène et moi, nous n’aurions jamais tenu aussi longtemps. On aurait calé en cours de route. C’est Dieu qui nous a guidé, même si on a mis du temps parfois à le comprendre », reconnaît-il.

Une vie transformée avec l’arrivée de Dominique

Responsable d’une grosse ferme héritée de son père, Bertrand travaille beaucoup tout en essayant de bien gérer l’équipe d’ouvriers agricoles. Une tâche pénible : « Naïf, je ne mesurais pas l’impact que l’argent pouvait avoir dans nos relations. Je vivais mal ce manque d’unité et d’esprit de communion entre nous tous », avoue-t-il. Un jour, le prêtre de son groupe de prière lui parle de Dominique, un jeune de 18 ans en situation de handicap. Il lui demande s’il accepte de l’accueillir quelques mois à la ferme.

Bertrand Aupècle, L'Arche du Caillou blanc à Quimper
courtesy of Bertrand et Marie-Hélène Aupècle
Bertrand, plus jeune à la ferme avec une personne en situation de handicap.

« Je n’avais aucune idée de ce que représentait l’accueil d’une personne souffrant d’un handicap, mais j’étais partant. Et une chose inimaginable est arrivée. Au bout de trois mois, l’ambiance à la ferme a complètement changé. Ce petit bonhomme qui n’était ni dans le jugement, ni dans la jalousie ou la frustration, dégageait un tel charisme qu’il avait réussi à nous mettre tous ensemble. Il a provoqué une unité entre tous ceux qui travaillaient à la ferme. Dominique s’est imposé à moi comme un maître, il avait réussi en trois mois ce qu’en six ans je n’avais jamais pu faire ! », s’exclame-t-il.

Quand Dominique a quitté la ferme au bout de huit mois, Bertrand et Marie-Hélène contactent l’Arche et proposent d’accueillir leur communauté chez eux. La réponse les surprend : « C’est à vous de la fonder, nous n’avons personne à vous envoyer…  »

Que Marie vous accompagne

« Il a fallu qu’on créé une association, et qu’on trouve de l’argent, explique Marie-Hélène. Nous nous demandions si c’était vraiment la volonté de Dieu, car nous n’avions aucune formation pour ce type de travail » confie-t-elle. Bertrand ajoute : « Nous avons osé demander à Dieu de nous donner un signe, rien qu’une fois », se rappelle-t-il. Deux jours plus tard, Bertrand reçoit l’appel d’une femme qui lui annonce vouloir faire un don important.




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C’était exactement ce qui pouvait nous permettre de démarrer : un chèque de la valeur de 35.000 euros, envoyé dans une lettre avec une petite carte « Que Marie vous accompagne ». « Nous avons compris alors que ce projet était celui de Dieu, pas le nôtre. Quand on commence quelque chose dans l’action de l’Esprit-Saint, le grand danger c’est de s’approprier les choses. Et cela reste toujours difficile, une fois en chemin, de ne pas tomber dedans », explique Bertrand. Le fruit de l’action de l’Esprit-Saint est bien visible : aujourd’hui, Le Caillou blanc, est une communauté d’une centaine de personnes.

Une mission dans la complémentarité du couple

« Si nous n’avions pas été en couple, cela n’aurait pas marché. Cet engagement, c’est notre histoire à nous. Bertrand est un homme de feu, moi une femme de silence et d’écoute, qui modère un peu son feu », constate Marie-Hélène en souriant. Pour tous les deux, la clé de leur entente, il faut aller la chercher dans la complémentarité de l’homme et de la femme inscrite dans le plan de Dieu. « De toute manière, le mariage est une affaire à trois…  Ce qui n’est pas possible à l’homme l’est à Dieu. » poursuit-elle.

Marie-Hélène Aupècle, LArche du Caillou blanc
courtesy of Bertrand et Marie-Hélène Aupècle
Marie-Hélène : Si nous n’avions pas été en couple, cela n’aurait pas marché.

Et c’est avec la prière que le couple surmonte les difficultés. Elle a lieu tous les matins à 7h30. « Elle est aussi importante que la confiance entre nous et en Dieu », confie toujours Marie-Hélène. Cette confiance, c’est une vraie grâce. Il faut la renouveler tous les jours, c’est ce qui permet de traverser les moments de tensions. Comme pendant la maladie de Marie-Hélène : un cancer très lourd, suivi d’une greffe du cœur. « Quand on vit des combats comme ça, on pourrait dire stop, on arrête tout. Mais au contraire, la présence de la communauté nous a beaucoup aidé. C’était très précieux », précise Bertrand.

Les princes du Royaume

Même si aujourd’hui, le couple n’est plus responsable de la communauté, tous les deux continuent d’y être présents. Chacun a gardé des engagements : Marie-Hélène est la responsable d’un petit lieu d’accueil dans la communauté, Bertrand continue d’aller à la rencontre des jeunes. À ce titre, le couple emmène chaque été les jeunes de la communauté en Albanie ou encore en Ukraine pour donner un coup de main aux communautés locales. Mais pour Bertrand et Marie-Hélène, l’essentiel est de témoigner de l’amour de Dieu. Si c’est possible, c’est grâce aux princes du Royaume – c’est comme ça que Bertrand appelle les personnes handicapées : « Je ne supporte pas ce qualificatif d’handicapé qu’eux-mêmes n’aiment pas… Alors que j’ai repéré cette expression dans un psaume et j’ai fini par la préférer. Ces princes qui sont humiliés chaque jour, même chez nous, ils déblayent le chemin. Ils aiment alors qu’ils n’ont rien. Ils ne sont ni jaloux, ni dans le jugement. Même s’ils sont parfois fatigants, qu’ils nous demandent beaucoup d’énergie, ce n’est rien à côté de ce qu’ils apportent.

Alors quand Bertrand et Marie-Hélène regardent leur histoire, ils se réjouissent avant tout d’avoir les princes comme amis. Ils sont d’accord sur ce point : cette petite communauté du Caillou Blanc leur a permis d’avoir une vie belle. « Si tu accueilles les pauvres, Dieu te parle à travers eux. C’est ça qui compte le plus dans toute notre vie ».




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