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Décryptage

Tout homme est-il un potentiel assaillant ?

Marie Magnin / Hans Lucas / AFP

Au premier jour du déconfinement, des militantes du collectif Collages Féminicides dénoncent l'augmentation des violences faites aux femmes pendant le confinement. Paris, 11 mai 2020.

Mathilde de Robien - Publié le 08/10/20

Les initiatives des « colleuses », ainsi que les publications concomitantes d’ouvrages faisant la promotion de la misandrie, portent à croire que la crise de la relation hommes-femmes a récemment atteint un paroxysme. Interrogée par Aleteia, la psychologue Dauphine Meslin propose de belles pistes de réflexion en vue d’apaiser ces tensions.

« On ne naît pas femme, mais on en meurt », « Éduquez vos fils », « Le monde fait mâle », « Ni dieu, ni mec », « Violeur on te voit, victime on te croit »… Depuis quelques mois, des slogans dénonçant les violences faites aux femmes recouvrent les murs des grandes villes. En lettres noires et capitales, ils apparaissent la nuit, sous l’impulsion de collectifs locaux « Collages Féminicides ». Manifestation d’une indignation légitime déclenchée il y a trois ans par les révélations concernant Harvey Weinstein, nourrie par l’augmentation constante du nombre de féminicides, cette guerre des sexes est loin de s’apaiser.

Elle semble même atteindre un paroxysme à travers cette tendance à la misandrie dont se targuent certaines militantes féministes. Le même jour, le 30 septembre dernier, paraissait chez Grasset le pamphlet Le Génie Lesbien de la conseillère EELV à la mairie de Paris Alice Coffin, tandis que Le Seuil rééditait l’essai de Pauline Harmange, Moi les hommes, je les déteste, initialement paru le 19 août 2020 dans une petite maison d’édition victime de son succès. La première revendique le fait de boycotter les artistes masculins (écrivains, réalisateurs, compositeurs…) sous prétexte que tous les hommes sont des « assaillants ». « Il ne suffit pas de nous entraider, il faut, à notre tour, les éliminer », écrit-elle. La seconde, 25 ans, définit la misandrie comme « un sentiment négatif à l’égard de la gent masculine dans son ensemble (…), représenté sous la forme d’un spectre allant de la simple méfiance à l’hostilité, qui se manifeste la plupart du temps par une impatience envers les hommes et un rejet de leur présence dans les cercles féminins. » Ce n’est plus un seul homme qui est visé, mais tous les hommes. Un point de non-retour dans les relations hommes femmes semble bien avoir été atteint.




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Si les blessures infligées à certaines femmes par certains hommes sont bien réelles, l’esprit de division et de séparatisme prôné par les militantes féministes ne peut être considéré comme une solution. « Le rejet des hommes par les femmes ne saurait être une solution aux violences faites aux femmes, et ne viendra pas apaiser les blessures et les inégalités », estime Dauphine Meslin, psychologue clinicienne rencontrant régulièrement des femmes et des adolescentes victimes de violences. Elle livre à Aleteia ses réflexions quant aux origines des tensions entre les hommes et les femmes, ainsi que les remèdes que la société pourrait mettre en œuvre pour les apaiser.

Aleteia : Quel constat dressez-vous, à travers votre expérience en tant que psychologue, des tensions entre les hommes et les femmes ?
Dauphine Meslin : J’ai rencontré un certain nombre de femmes battues ou abusées lorsque je travaillais à l’hôpital, à Paris. Des adolescentes victimes de viols, des femmes subissant des violences conjugales. Des blessures profondes, intimes, toujours en lien avec leurs relations avec des hommes. De ces blessures, parfois causées par des hommes différents et donc répétées, naissaient inéluctablement de la méfiance envers la gent masculine, pouvant se transformer en combat militant contre tous les hommes. Toute la souffrance qu’elles avaient endurée modifiait leur vision de l’homme en général et laissait germer dans leur esprit l’idée que tout homme est un potentiel assaillant.

Au-delà de cette réalité perçue à travers ma pratique, je suis frappée de voir tous les articles de magazines incitant à « dresser », à « rééduquer » les hommes. Ils sont titrés par exemple : « Comment rééduquer son homme ? », et évoquent le partage des tâches, « Comment vivre avec un homme quand on est féministe ? », « Faut-il rester hétéro ? »… Y est présentée une sexualité uniquement féminine, qui se passe des hommes, sous prétexte que la sexualité hétéro est nécessairement violente. Le vocabulaire, les mécanismes d’un système dit patriarcal sont attaqués sous couvert de promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes. Mais à mon sens, ce n’est pas en s’en prenant au système que l’on restaurera les relations hommes femmes. Car c’est avant tout un problème de relation.

Quelles seraient selon vous les solutions pour restaurer ces relations ?

Je vois deux pistes. La première serait de s’intéresser à la relation entre les hommes et les femmes à ses débuts, c’est-à-dire au moment de l’adolescence. Car c’est à l’adolescence, avec les premières relations amoureuses ou sexuelles, que se fait la première rencontre entre les deux sexes. Une première rencontre qui a un impact important sur leur vie future et leur manière d’appréhender les relations hommes femmes. Or aujourd’hui, les premières relations intimes se déroulent dans des conditions déplorables. Les adolescents sont exposés de plus en plus tôt à la pornographie et veulent l’imiter. On leur demande de se protéger, assimilant la relation sexuelle à quelque chose de risqué. Mais on ne les éduque ni au respect de l’autre, ni à l’attente. Pèse dès le début de la relation cette idée, véhiculée par la pornographie, que l’homme domine la femme. La fracture entre les hommes et les femmes peut venir de là.


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Et la deuxième piste ?

Ce serait de changer de regard et de vocabulaire vis-à-vis des hommes. Certes ces militantes féministes, ces « colleuses », font preuve d’une certaine forme de courage en dénonçant des faits odieux. Leurs blessures sont douloureuses et leur combat légitime. Mais je m’interroge sur leur manière de faire. Car coller, collectivement, une étiquette sur les hommes en général selon laquelle l’homme, en soi, est un « potentiel connard », c’est un geste extrêmement délétère dans la mesure où une étiquette peut influencer un comportement. Si l’on répète à un enfant qu’il est bon à rien, pourquoi fournirait-il des efforts pour dissuader celui qui doit être suffisamment convaincu pour lui asséner de telles paroles ? Si l’on répète à chaque coin de rue que les hommes sont des violeurs, s’ils sont catalogués de la sorte, n’obtient-on pas le résultat inverse de celui qu’on souhaite ? Certes certains hommes sont à rééduquer, mais interrogeons-nous sur la manière dont ils ont été éduqués, biberonnés à la pornographie et assimilés à des assaillants uniquement parce qu’ils sont nés hommes.

Dauphine Meslin (Bévillard) est psychologue clinicienne et thérapeute à Clermont-Ferrand. Elle intervient dans le colloque « Masculin – Féminin : Duel ou Duo? » organisé par l’association « le Défi des femmes aujourd’hui », accessible en ligne du 10 octobre au 10 novembre 2020.

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