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Faut-il encore prouver l’existence de Dieu ?

CREATION OF ADAM

Michelangelo | Public Domain

Jean Duchesne - Publié le 06/10/20

Plutôt que d’attendre que Dieu se conforme à ce que nous pensons de lui, mieux vaut le laisser stimuler notre raison.

Dans notre culture, le christianisme est une religion parmi d’autres : celle qui se distingue de l’acceptation, plus générale mais loin d’être unanime, de l’existence de Dieu par la croyance particulière qu’il a un Fils qui s’est fait homme. Si la présentation de la foi adopte cette perspective, elle devra commencer par prouver qu’il y a bien un Dieu. C’est seulement après que la qualité ainsi préalablement définie et reconnue pourra être attribuée à Jésus de Nazareth. Or c’est là prendre quelques risques, et même tout à l’envers.

Foi et raison

En effet, l’idée d’un Dieu unique, personnel, transcendant (c’est-à-dire irréductible aux dimensions qui nous sont familières) n’est pas naturelle. Elle apparaît dans l’histoire avec la Révélation biblique. On ne voit rien de tel dans l’Antiquité pré-judéo-chrétienne. Ailleurs, on perçoit bien du non-contingent (n’obéissant pas à toutes les lois de la vie biologique), mais c’est soit insaisissable et impersonnel (en Asie), soit personnifié et diversifié au point de n’incarner que des aspects ou des aspirations et angoisses de l’humanité (dans les mythologies moyen-orientales, gréco-romaine, scandinaves et païennes en tout genre…).


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Ni les juifs ni les premiers chrétiens ne se préoccupent de « penser » Dieu en mettant en parenthèses ce qu’il révèle de lui-même. Un tournant est cependant pris dans l’Église au début de son deuxième millénaire. Contre les « spirituels » qui, dans leur exaltation, estiment qu’il ne faut surtout pas chercher à comprendre quoi que ce soit, les meilleurs esprits maintiennent que Dieu ne demande pas à la raison humaine d’abdiquer, mais de s’ouvrir. C’est le fameux fides quaerens intellectum de saint Anselme (1033-1109) : « La foi est quête de l’intelligence de ce qu’elle croit. » Dieu se fait connaître pour susciter une libre et pleine adhésion.

Le Dieu des philosophes

À partir de là, les écoles médiévales de théologie vont développer toutes sortes de raisonnements visant à « prouver » l’existence de Dieu. C’est là qu’est né le « Dieu des philosophes » — jusqu’à Descartes, Kant et Hegel, qui ont voulu établir la foi sur des bases purement rationnelles. Ils n’ont pas convaincu tout le monde (c’est le moins qu’on puisse dire). Leurs démonstrations ont même pu être retournées contre la foi de l’Église. Ce sont en fait des constructions tout humaines à partir de certaines seulement des données de la Révélation biblique — sur la transcendance et l’unicité de Dieu, son omniscience, sa toute-puissance, etc. Ces caractéristiques abstraites et anhistoriques n’ont que faire des événements rapportés dans les Écritures et la Tradition. Et surtout, elles ne permettent pas d’intégrer l’aspect essentiel de l’amour — de la vie qui se donne sans rien garder pour se transmettre et vaincre le mal et la mort.

Bien entendu, le Dieu ainsi conçu de façon autonome et à l’économie, avec les seuls moyens du bord, imaginé comme quelque chose plutôt que comme quelqu’un avec qui on peut dialoguer, n’est pas sans rapport avec le seul vrai Dieu. La raison en est que ce Dieu-là n’a pas été inventé de toutes pièces, mais reprend et combine des idées extraites de la Révélation et présumées ne rien lui devoir parce qu’intégrées dans le paysage culturel. C’est pourquoi le concile Vatican I a pu, dans sa constitution dogmatique Dei Filius en 1870, assurer que la raison humaine est capable, sans la foi, de remonter jusqu’au Créateur.

L’athéisme, sous-produit de la Bible et de l’Évangile

Il est donc possible de croire en Dieu sans croire que Jésus est Dieu. Certes, la notion de Dieu qui traîne dans notre culture au point de paraître naturelle peut aider à accueillir la foi. Mais elle peut aussi servir à la rejeter, par exemple si l’expérience du mal fait douter de la bonté et de la toute-puissance divines, si les faits de la Passion et de la Résurrection exigent un effort supplémentaire de la raison déjà satisfaite d’elle-même, ou simplement si les croyants ne se comportent pas infailliblement mieux que les autres. Le « Dieu des philosophes » est ainsi celui dont les athées déclarent l’insuffisance. Ils n’ont pas tout à fait tort, dans la mesure que ce Dieu-là n’est qu’un rétrécissement durci de celui qui ne se laisse enfermer dans aucune conceptualisation à partir de laquelle on saurait tout de lui et donc il ne serait plus ce qu’il est — ce qui conduit à mettre en doute la réalité de son existence. 


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Il est frappant de noter que l’athéisme ne se trouve que là où la Bible et l’Évangile ont imprégné la culture. Ailleurs, il n’y a pas d’athées, tout bonnement parce que le Dieu du déisme, dérivé des Écritures, est resté étranger, si bien qu’il n’y a pas d’Être suprême unique et personnel à nier. L’islam a pour sa part réglé la question décrétant que l’apostasie rend indigne de vivre. En dehors des sphères musulmane (ou l’athéisme est exclu) et judéo-chrétienne (où il est possible), on trouve une religiosité véritablement naturelle, alimentée par la sagesse de traditions, qui perçoit confusément quelque chose de Dieu sans pouvoir l’identifier et encore moins le nommer. Ceci parce que, même si Dieu est culturellement inconcevable, l’homme « fait à son image et à sa ressemblance » le cherche, même sans le savoir, comme la source et le débouché de sa propre existence. 

Qui met qui à l’épreuve ?

La foi refuse aussi bien de mépriser la raison que de l’idolâtrer. Elle ne consiste pas à se soumettre à un arbitraire incompréhensible, et elle ne s’impose pas non plus en conclusion d’une argumentation irréfutable. Dieu ne se prouve pas. Nous l’éprouvons et il nous éprouve. Mais du fait de la dissymétrie entre lui et nous, le verbe « éprouver » n’a pas la même signification dans les deux sens de la réciprocité.

Nous éprouvons Dieu à travers l’expérience qu’il se manifeste dans l’histoire et dans son Église, et une idée de Dieu se forme à partir de cette expérience. Cette idée peut aider à approfondir l’expérience. Mais elle peut aussi mettre Dieu en demeure de se conformer à l’image de lui qu’on s’est ainsi faite et qui est forcément incomplète. Il est alors trop tentant de déclarer que cette représentation ne correspond à aucune réalité. C’est ce que fait l’athée. Il met Dieu à l’épreuve de ce qu’il pense de lui et Dieu ne passe évidemment pas le test. Mais en fait, ce n’est pas Dieu qui est mis à l’épreuve. C’est bien plutôt l’homme lui-même : saura-t-il reconnaître Dieu qui, à travers la culture, une liturgie, un témoignage ou quelque illumination directe (jamais à exclure), vient à lui et l’appelle ? On peut se dire que l’évangélisation consiste à accompagner son prochain dans cette épreuve.




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