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Présidentielle américaine : le choc d’une élection sans débat

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Brendan Smialowski / AFP

Meeting de Donald Trump à Fayetteville (Caroline du Nord), le 19 septembre 2020.

Jean Duchesne - Publié le 22/09/20

La campagne présidentielle américaine manque singulièrement de substance. Pour Jean Duchesne, ce qui est en danger c’est la rationalité indispensable à la démocratie.

Ces temps-ci, je n’aimerais pas être américain. Ce qui se passe là-bas peut nous préoccuper, parce que c’est la démocratie qui est malade et cela pourrait être contagieux. Les élections présidentielles (et aussi parlementaires, bien que seulement partielles pour le Sénat) ont lieu dans six semaines, et le résultat, quel qu’il soit, risque fort d’être très mal accepté, voire contesté par la moitié (ou presque) de la population qui aura perdu. Le pays qui reste le plus riche et le plus puissant du monde pourrait se retrouver un certain temps en état de dysfonctionnement.

Une nation divisée

L’inquiétant n’est pas tant la division d’une nation en deux moitiés hostiles que l’asymétrie entre les deux camps. Ce n’est pas un duel entre deux partis ni entre deux hommes. Le président sortant contrôle le parti républicain. Mais il n’est pas du tout l’héritier de sa tradition ni même de son histoire récente. Il s’en est emparé de l’extérieur en 2016 en imposant sa personnalité, construite davantage grâce à des émissions de téléréalité que sur sa réussite (pas si éclatante) en affaires — donc par des moyens non pas politiques, mais empruntés à la communication médiatique. Une fois élu, il ne s’est pas donné la peine de se présenter comme le président de tous les Américains. Et il parle encore moins du bien commun de toute l’humanité.

Son rival est au contraire un politicien chevronné. Il a été sénateur et même vice-président. Il est dans une large mesure une émanation du parti démocrate auquel il a toujours appartenu et dont le programme dicte pour une large part le sien. Ce programme est celui de toutes les élites « éclairées » dans les pays riches : souci de justice sociale, de protection des minorités (sexuelles et pas seulement ethniques) et de l’environnement, etc. C’est en quelque sorte la « bien-pensance » moderniste de ce qu’on a appelé en Europe « la gauche ».

Une personnalité contre un programme

Face à cela, il n’y a pas d’idéologie qui pourrait être dite « de droite ». Il n’est même pas sûr qu’il y ait des idées et encore moins des idéaux unificateurs. Il n’y a même pas de coalition, et rien qu’une juxtaposition d’intérêts catégoriels : le big business qui apprécie les dérégulations et la baisse de la fiscalité ; un traditionalisme moral qui plaît aux protestants « évangéliques » bien qu’il soit défendu par un président loin d’être exemplaire ; un populisme nationaliste qui séduit les « petits Blancs » menacés par les évolutions technologiques et démographiques ; les possesseurs d’armes à feu prêts à s’en servir… Le « génie » de l’actuel occupant de la Maison blanche est de jouer en même temps sur tous ces registres hétéroclites, qui ne composent rien de cohérent et ne permettent de concevoir aucun dessein identifiable.

Mais cela veut dire qu’on a d’un côté un art manipulateur sans autre objectif que la conservation du pouvoir sans trop savoir qu’en faire, et de l’autre un peu plus de substance, mais avec des « valeurs » en partie contestables, avec un égalitarisme forcené qui favorise au bout du compte les individualismes jusqu’aux plus marginaux (comme les LGBTQ), mais finit aussi par nier la liberté de conscience (comme on l’a vu dans l’affaire des Petites Sœurs des Pauvres poursuivies en justice pour refus de subventionner la contraception et l’avortement).

Alternative peu exaltante

C’est pourquoi les fidèles de l’Église aux États-Unis sont devant une alternative peu exaltante. S’il fallait choisir entre deux hommes, ils préféreraient le candidat démocrate, qui s’affirme catholique (bien qu’il ne s’oppose pas à l’avortement) et a traversé dignement et courageusement des épreuves familiales (perte de son épouse et de plusieurs enfants). La personnalité de l’actuel président est nettement moins respectable. Mais il se pose en champion des libertés religieuses et laisse entendre qu’il nommera à la Cour Suprême des juges qui pourront un jour inverser la décision de leurs prédécesseurs faisant de l’avortement un droit pratiquement jusqu’à la naissance du fœtus. Cependant, ce climatosceptique, chantre d’un égoïsme nationaliste et indifférent aux misères dans le monde est bien loin de ce que prêche le pape François.


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Alors les catholiques n’ont-ils plus qu’à voter démocrate, comme leurs ancêtres l’ont généralement fait jusqu’à l’élection d’un des leurs — John Kennedy —, avant de soutenir, après les crises du Vietnam et du Watergate, le patriotisme du républicain Ronald Reagan, allié à Jean Paul II pour provoquer la chute du communisme ? Pas forcément, car est puissamment dissuasif à leurs yeux le « politiquement correct » qui domine dans aujourd’hui le parti démocrate, même s’il reste plus « social » et résolu à lutter contre le dérèglement climatique.

Pas de politique sans rationalité

L’ennui est qu’il n’y a pratiquement pas de débat sur les questions qui engagent l’avenir ou mettent en jeu des principes anthropologiques. En substituant son ego à toute consistance dans son parti, le président actuel étouffe le dialogue contradictoire et laisse un vide qu’emplissent les dogmatiques les plus obtus de l’autre parti en effrayant les électeurs hésitants. Si le candidat démocrate l’emporte, il risque d’avoir du mal à maîtriser ses troupes et le parti républicain devra se réinventer pour ainsi dire à partir de zéro. Il devra de toute façon le faire dans quatre ans si son actuel patron est réélu. Et dans ce cas, les démocrates devront trouver un candidat qui sache à la fois utiliser les médias (y compris les « réseaux sociaux ») et imposer sa hauteur de vues aussi bien à ses partisans qu’aux autres.

La politique n’a jamais été purement affaire d’idées ou de morale. Les intérêts économiques reposant sur les savoir-faire technologiques autant que sur les ressources naturelles y ont toujours joué un rôle, de même que les personnalités qui incarnent les nécessaires dimensions symboliques et affectives. Ce qui est nouveau et dangereux aujourd’hui, c’est que les techniques médiatiques tendent à court-circuiter la rationalité dialogale : des messages lapidaires, relayés et commentés à l’envi un jour ou deux, puis enterrés sous d’autres, tout aussi sensationnels et vite périmés. Le totalitarisme qui menace n’est plus idéologique. C’est plutôt celui du chaos engendré par la primauté du formel immédiat qui disqualifie tout recul. La foi, inspirée par la logique divine qui n’est ni arbitraire ni mécaniste, est trop intimement liée à la raison pour s’y résigner. Elle engage à rappeler que ce qui est indispensable à la vie sociale et politique n’est pas les passions manipulables, mais le consentement rationnel des gouvernés, même s’ils ne sont pas d’accord sur tout et doivent garder le droit d’argumenter.




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