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Saint Joseph de Cupertino, la foi candide qui donne littéralement des ailes

JOSEPH OF CUPERTINO
Saint Joseph de Cupertino en lévitation devant la Vierge Marie
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Malgré une maladresse prononcée et une simplicité d’esprit handicapante, saint Joseph de Cupertino, franciscain italien né en 1603, possédait un amour tellement immense pour le Seigneur que celui-ci le soulevait dans les airs lorsqu’il se laissait emporter par sa prière.

Osimo, 1661. Après une longue après-midi d’étude infructueuse, quand la cloche du monastère sonne l’angélus, Sergio émerge enfin de la bibliothèque, soupirant et traînant des pieds. Du haut de ses 17 ans, il est le plus jeune frère du monastère à préparer l’examen d’admission aux ordres mineurs.

Depuis quelques temps, l’angoisse l’empêche de trouver sens aux écrits de la Bible. Peut être est-ce un signe. Se pourrait-il qu’il se soit trompé en entendant l’appel de Dieu ? C’est alors qu’en se dirigeant vers le réfectoire, il s’arrête devant les cuisines, reconnaissant la voix du père Giani.

– Cela fait deux jours que nous lui avons donné à manger, mon père, dit un frère cuisinier.

– Attendons jusqu’à demain, répond le père supérieur. Nous verrons bien si le moine volant est aussi vertueux qu’il le prétend.

Sergio sait qu’ils parlent du père Joseph qui leur a été envoyé par le pape pour vivre son exil ici. Toute l’Italie a sans doute entendu les rumeurs du franciscain volant à présent. Ce n’est pas la première fois que les supérieurs le font jeûner pour le mettre à l’épreuve. Ce comportement est indigne des serviteurs de Dieu. Quel intérêt de tourmenter un pauvre fou ?

Une idée lui vient alors. Il demande la permission de dîner dans sa cellule pour étudier un peu plus longtemps avant les vêpres. Bien entendu, le père Giani ne peut refuser face à cette assiduité. On lui donne alors une assiette pleine et un petit cruchon d’eau. Sergio s’enfonce jusqu’au bout du corridor des cellules, jusque-là où se trouve le placard à balai qui sert de chambre au père Joseph. On ne l’enferme plus depuis longtemps, car il fait preuve d’une obéissance déconcertante.

Le jeune moine pousse la porte, s’attendant à trouver le prêtre endormi ou en prière. Mais il se fige. Les yeux fixés sur la statuette de la sainte Vierge perchée au bord de la minuscule fenêtre, le père Joseph est en effet en prière… un mètre au-dessus du sol ! Cela ne dure qu’un court instant avant qu’il ne redescende et ne se tourne vers son visiteur. C’est un vieil homme avec beaucoup de cheveux gris, les joues creuses et un regard perdu.

– C’est pour moi ? demande-t-il.

Incapable de répondre, Sergio se contente de hocher la tête. Un sourire illumine le visage du vieux moine. Il lève les mains au ciel et demande à Dieu de bénir la nourriture et le petit frère qui la lui amène avant de saisir l’assiette. Il mange goulûment avec les mains, comme un enfant qui ne sait pas se tenir à table.

Quand la parole revient enfin à Sergio, l’assiette est déjà vide. Le jeune franciscain tremble de tout son corps, à la fois de peur et de fascination. Malgré lui, les mots lui échappent.

– Mon père, dit-il, pourquoi Dieu vous a-t-il choisi ?

Ces mots font rire l’homme chétif.

– Jésus a eu pitié du sot que je suis et a bien voulu que je sois son instrument.

– Alors pourquoi vous a-t-il fait sot ?

– Dieu aime et choisit toutes ses créatures. Même les sots.

Sergio baisse les yeux tandis que le père Joseph vide le cruchon. Même rejeté de tous et traité comme un âne, il ne fait aucun doute que cet homme est un élu de Dieu. Alors que Sergio, lui, n’est que doute et incertitude. Que pourra-t-il apporter de plus à ce monde d’élus et d’hommes bien plus brillants que lui ?

– Moi je ne suis qu’une clochette qui attire l’attention, reprend soudainement le père Joseph. Toi, petit frère, tu es beaucoup plus nécessaire que moi.

À ces mots, Sergio lève la tête. Le doux regard du père Joseph se pose sur lui et le vieux moine lui sourit.

– Tu es un berger qui mènera ses brebis à Dieu. On a besoin de toi tout le long du chemin alors que mon tintement, lui, est éphémère. Lorsqu’il cessera, c’est à toi que viendront les âmes.

Puis, comme le ferait un petit enfant, il porte son index à ses lèvres.

– Garde mon secret, s’il te plaît. Je me ferai disputer si le père Giani apprend que j’ai prié trop fort.

Le père Joseph meurt le 18 septembre 1663 en récitant les Litanies de Sainte Vierge Marie. Il est canonisé le 16 juillet 1767 par le pape Clément XIII. Presque autant que ses lévitations, c’est de sa grande humilité, sa piété et son obéissance dont on se souvient aujourd’hui.