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Convertissez-vous à la patience avec Benoîte Rencurel

@Sanctuaire Notre-Dame-du-Laus
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Benoîte Rencurel, la bergère du Laus, sujette à quelques impatiences envers son troupeau ou envers ses sœurs, s’est laissée peu à peu convertir à la patience. Le père Ludovic Frère, recteur du sanctuaire et auteur d’un « Éloge spirituel de la patience » (Artège) revient sur cette vertu essentielle à la vie chrétienne.

La patience, « il n’y a rien qui soit plus agréable à Dieu », affirmait Benoîte. Conclusion de 54 années pendant lesquelles la Vierge Marie mais aussi saint Joseph et son ange gardien lui sont apparus et l’ont exhortée à la patience. Et l’enjeu de la patience n’est pas des moindres : il en va « d’une vie bonne et du salut éternel », précise à Aleteia le père Ludovic Frère. Les manuscrits du Laus rapportent en ce sens cette parole de l’ange à Benoîte : « Dieu veut qu’on ait le paradis par la patience ». Mais comment, dans un monde où l’immédiateté et l’efficacité sont tant convoitées, se laisser gagner par la patience ?

Quand le Ciel entier exhorte à la patience

L’exercice n’a pas été facile pour Benoîte. Ludovic Frère raconte que la bergère du Laus avait un fort caractère. C’était une forte femme sur le plan physique (on dit qu’elle pouvait faucher un champ de blé plus vite que vingt hommes réunis), dotée d’un caractère entier qui la rendait très généreuse mais parfois bien impatiente. Impatience qu’elle assumait face à son ange-gardien qui lui en faisait la remarque : « Bel Ange, si vous aviez un corps comme nous, nous verrions ce que vous feriez ! ».

Le 26 mars 1670, Benoîte a donc 23 ans, la Vierge lui apparaît : « La Mère de Dieu dit à Benoîte que, parce qu’elle n’a pas supporté avec patience les imperfections de ses sœurs, elle ne la verrait pas pendant deux mois et demi ; ce qui montre qu’elle la voit très souvent et qu’elle veut qu’elle soit patiente », relatent les manuscrits. Une recommandation faite également par saint Joseph qui vient visiter Benoîte : « Saint Joseph est apparu six fois à Benoîte, lui disant de prendre bien patience en gardant son troupeau et de bien le suivre sans se fâcher ». L’abbé Peythieu, le confesseur de Benoîte, lui apparaît aussi une fois arrivé au paradis, avec une couronne sur la tête, « à cause de la patience qu’il avait eue ».

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Enfin, son « bon ange », qui s’est manifesté à elle onze fois entre Pâques 1690 et mai 1691, l’exhorte aussi « à être bien patiente, à ne pas se troubler dans ses tentations, ni des ennemis visibles et invisibles, ni des affaires temporelles. Il lui dit que, lorsqu’on est joyeux, tout ce qu’on fait est agréable à Dieu et que, quand on se fâche, on ne fait rien qui lui plaise ». Ou encore : « L’ange dit à Benoîte de prendre patience, de faire de bon cœur ce qu’elle fera ; qu’elle en sera bien récompensée ».

Une vertu essentielle à la vie chrétienne

Ce qui ressort de l’expérience de Benoîte et du message du Laus, c’est que la patience est une vertu essentielle à la vie chrétienne. Elle révèle si la vie que l’on mène est centrée sur soi, selon le rythme que l’on a décidé, ou si au contraire elle est décentrée de soi, selon la conviction de foi que le Seigneur fait tout advenir en son temps. « Se convertir à la patience, précise Ludovic Frère, c’est reconnaître que le temps n’est pas notre propriété, mais qu’il est un don que le Seigneur nous fait au quotidien pour l’habiter le mieux possible comme des gérants de ses dons et non comme des propriétaires qui ont l’impression d’être volés dès qu’on nous prend « notre temps » ».

Le Christ nous appelle à le suivre en « perdant » notre vie : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s’en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle » (Jn 12, 24-25). Or une manière de perdre sa vie, de s’en détacher en ce monde, c’est de perdre du temps pour les autres. Tant qu’on ne perd rien, on n’est pas au Christ. Tant qu’on ne perd pas de temps pour les autres, on n’imite pas le Christ. Ainsi, le Seigneur enseigne : « Si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux-mille avec lui » (Mt 5, 41). Perdez votre temps avec celui qui vous demande de votre temps, et vous serez vraiment au Christ ! Pour Ludovic Frère, c’est la clé la plus importante pour parvenir à patienter. Le temps que nous aurons offert aux autres, perdu même par amour pour les autres, sera déterminant pour le jugement divin.

Cinq clés pour devenir plus patient

S’entraîner

@Sanctuaire Notre-Dame-du-Laus

La première clé que le Ciel enseigne à Benoîte pour lutter contre l’impatience, c’est de pratiquer des exercices de patience. Ainsi, la Vierge indique à Benoîte qu’elle « ne la verrait pas pendant deux mois et demi ». Non pas comme une punition, mais comme des travaux pratiques, explique le recteur du sanctuaire. La Vierge Marie, éducatrice patiente, va lui apprendre à patienter par des exercices de patience. À nous aussi de saisir toute occasion pour patienter consciemment et – si possible ! – joyeusement, sans se laisser prendre dans le tourbillon de l’agitation intérieure. Ainsi, notre âme s’habitue à savourer les fruits de ce décentrement de soi.

Accepter les limites de son prochain

Une deuxième clé est révélée à Benoîte : pourquoi n’a-t-elle pas su patienter ? Parce qu’elle n’a pas supporté « les imperfections de ses sœurs. » La patience a donc à voir avec l’acceptation des limites des autres, de leurs failles, de leur fonctionnement qui est différent. « Patienter, précise Ludovic Frère, c’est donc faire miséricorde. En reconnaissant que l’exercice de la patience est une œuvre de miséricorde, on jette un regard plus compréhensif sur les autres, on est touché par leurs misères. C’est l’un des sens du mot : « miséricorde ». Il devient alors plus aisé d’accepter que les choses et les gens n’aillent pas au rythme décidé par soi-même. Et la patience devient une expression particulière du renoncement à soi. »

Transformer le temps qui passe en temps de la rencontre

La conversion à la patience se traduit en une attention à changer l’attente fébrile en occasion favorable. Face à l’attente, trois comportements sont possibles : râler, sans doute le plus spontané, centré sur soi et sur le « vol » de son temps. Combler, en sortant son smartphone, une manière de gérer son temps mais aussi de se rendre indisponibles aux autres et aux événements. Offrir : « Profiter de l’imprévu pour l’accueillir et aller même jusqu’à nous en réjouir. Accepter de prendre du temps, même quand il n’était pas prévu de le faire, souligne le prêtre. Ainsi, le temps passé à attendre à un péage peut devenir l’occasion d’une prière gratuite pour ceux qui sont sur au volant. La file à la caisse d’un supermarché peut permettre de saluer ceux qui, comme nous, attendent à la caisse, et ainsi, le labeur souvent impersonnel des courses peut devenir l’occasion de rencontres inattendues. C’est peut-être là que le Seigneur nous attend, pour transformer le temps qui passe en temps de la rencontre. »

Contempler la Passion du Sauveur

Antoine Mekary | ALETEIA

Autre moyen pour lutter contre l’impatience : la contemplation de la Passion du Sauveur. À certaines de nos impatiences, la croix révèle que nos motifs d’irritation ne sont pas si importants, et aux impatiences pour motifs graves, la contemplation de la passion du Seigneur peut faire trouver la force d’offrir notre patience et non de la subir, à l’instar du Christ qui a pris librement le chemin de la croix : « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne » (Jn 10, 18).

Prendre conscience que chacune de nos attentes peut nous renvoyer à la grande attente

Chacune de nos attentes peut nous renvoyer à la grande attente, celle du retour du Christ en gloire. Quand saint Jacques encourage les chrétiens à prendre l’exemple sur l’agriculteur qui attend patiemment que lève le blé, il donne la raison de cette patience : « Car la venue du Seigneur est proche » (Jc 5, 8). C’est au cœur de notre foi chrétienne : « Il reviendra pour juger les vivants et les morts ». Il pourrait donc être bon, dans les plus ordinaires de nos attentes, de nous souvenir que nous sommes en attente d’un événement infiniment plus grand et définitif : le retour du Christ. Patienter à un arrêt de bus, un portail d’école ou une caisse de supermarché peut être l’occasion de reprendre l’avant-dernier verset de la Bible : « Viens, Seigneur Jésus » (Ap 22, 20).

En partenariat avec

Sanctuaire Notre-Dame du Laus

Éloge spirituel de la patience, Ludovic Frère, Artège, juillet 2020, 9,90 euros.