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Abus de césariennes : une surenchère thérapeutique ?

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Air Images | Shutterstock

Mathilde de Robien - Publié le 10/09/20

Une étude publiée mercredi 9 septembre par l’Institut national d’études démographiques (Ined) alerte sur les écarts importants, selon les pays, du recours à la césarienne, ainsi que sur les abus observés dans certains pays d’Europe et d’Amérique Latine.

Si la césarienne, pratiquée pour des raisons médicales, sauve des vies, elle comporte également des risques inhérents à une intervention chirurgicale. Elle est « associée à des risques à court et à long terme pour les femmes, les enfants et les grossesses futures, ainsi qu’à des coûts de santé considérables », rappelle une étude de l’Ined. Or il semblerait que l’accroissement du nombre de césariennes ne s’est pas accompagné d’avantages significatifs pour la santé maternelle ou périnatale, « ce qui suggère qu’une proportion croissante d’entre elles n’est pas nécessaire ».

Des inégalités flagrantes face au recours à la césarienne

Le taux de césarienne varie de 1% à 58% dans le monde. Dans les pays d’Amérique latine, plus d’une femme sur deux subit une intervention chirurgicale pour accoucher : 58% en République dominicaine, 55% au Brésil, 50% au Chili, 49% en Équateur. L’Égypte, la Turquie, le Liban et l’Iran atteignent également la barre des 50%. En Europe, Chypre arrive en tête avec 57%, la Roumanie et la Bulgarie dépassent les 40%, l’Italie 35%. En revanche, le taux est particulièrement bas dans des pays peu développés d’Afrique subsaharienne comme le Mali (2%), le Nigéria (3%) et le Congo (5%). Certains pays avec des systèmes de santé robustes ont cependant résisté à cet engouement : la Finlande, les Pays-Bas, la Suède et le Japon ont des taux inférieurs à 20%.


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En France, le rôle majeur des sages-femmes dans le suivi des femmes enceintes, les séances de préparation à l’accouchement ainsi que la revue systématique des indications de césariennes programmées par les pairs ont permis de stabiliser le taux de césarienne autour de 20%. Toutefois, l’étude révèle qu’en 2010, 28% des césariennes réalisées avant travail étaient potentiellement évitables. Les principales raisons de césariennes programmées telles qu’une présentation en siège ou un antécédent de césarienne ne correspondaient pas aux recommandations du Collège national des gynécologues et obstétriciens français.

Une « épidémie » de césariennes

« Un modèle d’accouchement « moderne » et sécurisé tend à se diffuser dans le monde en développement, fondé sur une médicalisation abusive ». En un an, douze millions de césariennes auraient été pratiquées dans le monde de manière abusive, c’est-à-dire sans justification médicale, selon l’Ined. Un calcul établi par rapport à l’excédent observé dans une centaine de pays dépassant le taux des 15% recommandé par l’OMS. Pour les auteurs, plusieurs raisons à ce phénomène : une baisse de compétence du corps médical pour mener un accouchement potentiellement difficile par voie naturelle, le confort de pouvoir programmer le jour de la naissance, des profits financiers plus élevés pour les médecins et cliniques privées en cas de césarienne, et la peur, dans certains pays, d’accoucher par voie basse. « Une mobilisation conjointe du monde médical et des patientes est nécessaire pour contrer cette surenchère thérapeutique », plaident-ils.


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