Recevez la newsletter d'Aleteia chaque jour!
Commencez la journée de la meilleure des manières : recevez la newsletter d'Aleteia
Je m'inscris!
Aleteia

Les bonnes questions soulevées par le Covid-19

Ludovic MARIN / AFP
Partager

Il serait temps de prendre la mesure de ce qu’a changé, par-delà l’immédiat et l’avenir prévisible, la crise sanitaire du Covid-19 qui aura marqué l’année 2020.

La nouveauté, ce n’est pas le port du masque qui est en train de devenir universel. Ce n’est pas non plus le ralentissement de l’activité économique qui menace des emplois, donc rend précaires bien des existences et nécessite des plans de relance dont on se demande comment ils vont être payés. Ce n’est là que l’écume d’une vague de fond, à savoir le retour dans nos consciences de l’imprévisible et des limites du pouvoir conféré par le savoir.

Un monde censé gérable

Jusqu’à tout récemment, tout était plus ou moins sous contrôle. Les problèmes pouvaient être gérés parce qu’ils semblaient tous répertoriés et traitables, qu’il s’agisse des mutations technologiques, des conflits, des maladies et jusqu’aux décès. Même la menace considérée à juste titre comme la plus grave — le dérèglement climatique hypothéquant l’avenir écologique de la planète — était (et reste) dûment analysée, si bien que l’on sait ce qu’il ne faut plus faire, comment modifier nos modes de vie, etc.

Autrement dit, le champ de la liberté et de la rationalité humaines demeurait largement ouvert. Les désastres humanitaires (en dehors de catastrophes « naturelles » comme les tremblements de terre) n’ont-ils pas pour cause (par exemple au Liban) des négligences, de la cupidité, des rivalités et des égoïsmes moralement condamnables et en principe évitables ? Ces tragédies ne sont-elles pas toutes circonscrites dans l’espace et le temps ? N’a-t-on pas les moyens d’empêcher que ces dysfonctionnements deviennent contagieux ?

Un problème qui confine au lieu de se laisser confiner

Or voici ce virus mutant qui se propage dans le monde entier. Il n’y a pas de coupables à dénoncer. Ce problème-là ne peut pas être traité par l’aide humanitaire et ne ne se laisse pas confiner dans un coin. C’est lui qui, au contraire, oblige tout le monde à se confiner. On finira peut-être par trouver un vaccin. Ou bien peut-être le mal va-t-il peu à peu s’épuiser de lui-même. En attendant, tout est ralenti par les précautions à prendre au milieu d’incertitudes. Les autorités font appel aux experts présumés, qui ne sont pas d’accord entre eux. L’opposition admet au moins implicitement qu’elle ne ferait pas mieux. Il n’y a donc pas que la croissance qui baisse : le jeu politique et la vie culturelle sont partiellement paralysés ; les débats éthiques aussi. Tout cela profite aux gouvernements en général : c’est comme en temps de guerre (le président français l’a bien dit) — sauf que l’ennemi est insaisissable.

La discipline passive imposée de la sorte ressemble à une abdication sans doute préoccupante. Mais elle n’est pas forcément anesthésiante et pourrait permettre des (re)découvertes. Une première est qu’il n’y a lieu ni de désespérer de la science ni de lui permettre de tout régenter. D’un côté, le temps qu’il faut pour élaborer une parade au virus assassin rappelle que les acquis scientifiques n’ont été obtenus qu’après de longs tâtonnements, quelquefois par un coup de génie non programmable. De l’autre côté, tout ce dont les avancées des connaissances donnent les moyens n’est pas forcément bon pour l’homme. En témoigne non seulement le pillage de la planète, mais encore récemment l’adoption de la « PMA pour toutes » à la sauvette par les députés français juste avant la sacro-sainte coupure du mois d’août.

La recherche par-delà le savoir-pouvoir

Une deuxième leçon est en conséquence que l’ambivalence tétanisante du savoir-pouvoir (puisqu’il est ou bien pris de court, ou bien tyrannique) ne dispense pas d’un peu de réflexion. C’est à ce niveau-là que s’exercent la liberté et la dignité de l’homme, en fonction de la rationalité qu’elles peuvent assumer pour n’être dissoutes ni dans l’arbitraire ni dans l’impuissance. Ce sont des questions à se poser : en quoi la vie, puisqu’on ne la choisit pas, est-elle un don ? Peut-on se l’approprier ? Pourquoi vaut-elle la peine d’être préservée ? Faut-il oublier qu’elle a une fin en ce monde, ou bien s’y résigner ? La foi ne procure pas de réponses à asséner ni de moyen plus rassurant de gérer le donné, mais de chercher, sans s’aveugler ni désespérer, la vérité qui s’y révèle.