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Dans la main ou dans la bouche : comment communier en temps de Covid ?

KOMUNIA ŚWIĘTA
Piotr Hukalo/EAST NEWS
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Les recommandations hygiéniques pour la distribution de la communion eucharistique en période de crise sanitaire se heurtent parfois au trouble de certains fidèles. Relèvent-elles de l’obéissance religieuse ? Chacun a plutôt le devoir de les appliquer avec la prudence et le discernement qui convient. Des paroisses ont trouvé des solutions pratiques en s’appuyant sur les conseils et la pratique de l’Église.

La crise du Covid-19 nous fait quelquefois basculer dans une nouvelle époque… Mais sur certains sujets, c’est l’inverse : on a l’impression de revivre une situation d’un passé que l’on croyait révolu. L’Église n’échappe pas à ces situations étonnantes avec notamment le mode de réception de la communion eucharistique. Communion dans la main ou communion dans la bouche ? On se croirait parfois revenu en 1970 !

Alors que nous devrions tous nous réjouir de pouvoir à nouveau participer à l’Eucharistie, le temps des controverses revient au sujet d’une question qu’on pourrait considérer comme secondaire. Après tout, diront certains, que chacun communie comme il le souhaite : face à la sécularisation, l’urgence n’est-elle pas plutôt à l’évangélisation ? Pourtant, la distribution de la communion n’est toujours pas un sujet paisible. Car la récente recommandation de la plupart des évêques de France de distribuer la communion eucharistique exclusivement dans la main, comme mesure prophylactique contre le Covid-19, fait réagir certains fidèles. Or les différences sont grandes d’une paroisse à une autre. Cette recommandation assez générale peut laisser perplexe. Pourquoi un tel zèle pour la communion dans la main, nullement exigée par les mesures gouvernementales ? Pourquoi si peu de concertation sur un sujet qui concerne au premier chef les fidèles ?

Ce que dit l’Église

Pour aller plus loin, deux questions se posent. Premièrement, que dit le droit de l’Église sur la manière de distribuer la communion ? Voici ce qu’enseignait, avec l’approbation du pape saint Paul VI, l’Instruction Romaine Memoriale Domini, du 29 mai 1969 : « La coutume s’est établie que ce soit le ministre lui-même qui dépose sur la langue du communiant une parcelle de pain consacré. Compte tenu de la situation actuelle de l’Église dans le monde entier, cette façon de distribuer la sainte communion doit être conservée, non seulement parce qu’elle a derrière elle une tradition multiséculaire, mais surtout parce qu’elle exprime le respect des fidèles envers l’Eucharistie. » […] « Le souverain pontife n’a pas pensé devoir changer la façon traditionnelle de distribuer la sainte communion aux fidèles. » Voici aussi ce que dit, avec l’approbation du pape saint Jean Paul II, l’Instruction romaine Redemptionis Sacramentum, du 25 mars 2004 : « Il n’est pas licite de refuser la sainte communion à un fidèle, pour la simple raison, par exemple, qu’il désire recevoir l’Eucharistie à genoux ou debout. Tout fidèle a toujours le droit de recevoir, selon son choix, la sainte communion dans la bouche. »

L’interdiction de distribuer la communion dans la bouche, au nom de considérations hygiéniques, est-elle matière à obéissance dans l’Église ?

Deuxième question : L’interdiction de distribuer la communion dans la bouche, au nom de considérations hygiéniques, est-elle matière à obéissance dans l’Église ? Les textes mentionnés ci-dessus montrent assez bien que l’interdiction de distribuer la communion dans la bouche s’oppose à une loi universelle de l’Église, concernant une pratique commune tant en Orient que chez les Latins. Cette interdiction ne se fonde ni sur des motifs théologiques, ni sur des raisons morales ou liturgiques, ni même sur des raisons pastorales, mais seulement sur des considérations hygiéniques. En ce sens, il ne semble pas possible de l’exiger au nom de l’obéissance religieuse ; chacun a plutôt le devoir de l’appliquer avec la prudence et le discernement qui convient.

Pourquoi des tensions chez certains fidèles ?

Au-delà de l’aspect historique évoqué plus haut, source de tensions et de blessures qu’il serait avisé de ne pas réveiller, il semble intéressant de réfléchir sur l’aspect anthropologique de ces divers modes de communion. Il y a d’abord, par les mains ou par la bouche, un accès à l’intimité de la personne qui montre à l’évidence qu’il n’est pas judicieux de décréter brutalement en ces domaines, sans atteindre assez profondément les personnes. C’est peut-être pour cette raison que certains évêques ont décrété dans leur diocèse que la communion dans la main était plutôt « recommandée » mais nullement obligatoire.

À propos de la réception de l’Eucharistie, le cardinal Joseph Ratzinger écrivait en 1987 :

Justement pour cette raison, entre dans la forme fondamentale du sacrement le fait que celui-ci soit reçu, et que nul ne puisse se le conférer à soi-même. […] Dès lors, se présenter et prendre soi-même l’Eucharistie, ce n’est pas seulement enfreindre les prescriptions extérieures du droit canon, c’est porter atteinte à la structure la plus profonde du sacrement.

Ce que semble dire le futur pape Benoît XVI c’est qu’il y aurait, dans le geste de la communion dans la bouche, une insistance sur la réception tandis que le geste de réception dans la main serait plus équivoque, car « mettre la main » est souvent l’expression de la prise de possession, alors que le don de Dieu est gratuit.

Des propositions

Quoiqu’il en soit, on peut suggérer plusieurs idées aux curés de paroisse qui se trouvent devant une situation inédite et inconfortable : gérer des paroissiens qui se divisent sur l’analyse de la situation, entre les tenants d’une simple « grippette » mondiale et ceux qui évoquent une pandémie gravissime. La première est certainement pour ces pasteurs de favoriser des temps et des lieux de concertation/réflexion sur cette question de la communion eucharistique qui ne sera jamais mineure, et heureusement ! Après tout, il s’agit du corps véritable de Jésus sauveur, le Christ, le don sans réserve de l’amour du Seigneur. Une autre piste est de trouver des solutions pratiques en s’appuyant sur les recommandations et la pratique de l’Église. En voici quelques-unes, fruit de visites estivales en différentes paroisses ou sanctuaires. On a ainsi résolu cette question en proposant par exemple :

  • L’agenouillement pour ceux qui demandent la communion dans la bouche, afin qu’il n’y ait pas d’hésitation, et ce qui facilite grandement la tâche du prêtre qui peut ainsi déposer l’hostie sans toucher la langue ni les lèvres.
  • L’agenouillement possible pour recevoir la communion dans la main (pour montrer que ce n’est pas une communion au rabais).
  • La communion sur un linge blanc que porte le communiant au creux de ses mains.
  • La communion dans la main pendant la messe, « et pour ceux qui veulent communier autrement », un rendez-vous devant le tabernacle à l’issue de la messe.
  • La mise en valeur de la communion spirituelle.

Pacifier la question

L’essentiel serait de pouvoir ainsi pacifier rapidement la question. Car, ce qui est sûr, c’est que certains prêtres (qui eux touchent le corps du Christ quotidiennement) ont peiné à comprendre les réserves de certains de leurs paroissiens et les ont évacuées avec une rapidité qui a été ressentie comme un dédain et une certaine brutalité. « Il n’est de richesse que d’âmes », pourrait-on dire en pastichant le philosophe Jean Bodin. Même en temps de crise sanitaire, être « tout à tous » nous demande aussi, à nous pasteurs, de nous adapter à la réalité de l’histoire, de la sensibilité et de l’habitude de nos paroissiens. Pour être, comme le recommande le pape François, « des pasteurs qui ont l’odeur de leurs brebis ».