Aleteia logoAleteia logo
Aleteia
Vendredi 16 avril |
Saint Benoît-Joseph Labre
home iconDécryptage
line break icon

Il y a 50 ans, François Mauriac rendait les armes au Père éternel

Luc Fournol / Photo12 via AFP

François Mauriac.

Gabriel Privat - Publié le 31/08/20

Génie littéraire hanté par le souci de l’âme, l’académicien François Mauriac disparaissait le 1er septembre 1970. Il est bien oublié aujourd’hui. Ce chrétien lutteur et déroutant, qui a tout connu des déchirements du XXe siècle, peignait comme personne les tourments de la nature humaine, sous le regard de Dieu.

Il y a cinquante ans, son habit d’académicien posé sur son cercueil, François Mauriac recevait, sous les voûtes de la cathédrale Notre-Dame de Paris, les derniers hommages de la France, en présence du monde des lettres, des corps de l’État, du président Georges Pompidou et d’une foule nombreuse de simples fidèles, lecteurs loyaux du maître de Malagar. François Mauriac est aujourd’hui bien oublié. La figure fluette de cet homme aimable, au timbre grave et à l’esprit de feu, tout occupé de Dieu et des hommes, est un peu sortie des mémoires littéraires. Une adaptation cinématographique de Thérèse Desqueyroux (1927) au commencement des années 2010 (Claude Miller) et la publication d’une biographie fleuve à la fin des années 2000 (Jean-Luc Barré, Fayard) n’ont guère relancé l’actualité de celui qui fut, pourtant, prix Nobel de littérature en 1952, après avoir été élu à l’Académie française en 1933.




Lire aussi :
François Mauriac : « Le péché, notre espérance »

Il est vrai que tout déroute, chez ce génie littéraire né en 1885, dans l’esprit contemporain. Romancier épris de l’étude du cœur et de l’âme, dénonciateur des attachements démesurés aux biens matériels et du carcan créé par l’ordre social devenu une fin en soi, il décrivit presque exclusivement cette bourgeoisie bordelaise dont il était issu. Ces propriétaires terriens, exploitants de pinèdes, juristes et hommes d’affaires étaient sa famille. Il a porté sur cet univers un regard lucide, dont il a décrit les nuances sous toutes les formes. Pour autant, il n’est jamais devenu un écrivain sociologue ou naturaliste. L’âme fut toujours son souci. Que ce soit dans Le Baiser au lépreux (1922), Le Nœud de Vipères (1932) ou Les Chemins de la mer (1939), pour ne citer que trois œuvres parmi les plus connues ; et même dans Mémoires d’un adolescent d’autrefois (1969), l’un de ses derniers ouvrages, peu de temps avant sa mort, il ne s’est jamais départi de cette manière d’étudier à fond les mentalités et le cœur de ses personnages sous le regard d’un Dieu que certains cherchent, que d’autres fuient, que quelques-uns ignorent, mais qui, lui, ne cesse pas d’appeler.

Des amis partout

Homme du monde, Mauriac avait dans ses amitiés la même profondeur d’esprit, et il n’est pas étonnant de trouver ses amis partout. Il fréquenta Gide le sulfureux, Claudel le catholique, côtoya des royalistes comme Henri Massis ou Jacques Bainville sans jamais se départir de son attachement à la démocratie chrétienne. Cette ouverture d’esprit n’est pas un effet de l’esprit mondain, c’est le reflet de la grande droiture de cet homme qui décelait le talent chez les autres et s’y attachait. Cette droiture le conduisit au Figaro aussi bien qu’à L’Express, collaborer à la NRF comme à la Table ronde.

Cette même droiture, enfin, lui fit condamner et l’hitlérisme et le parlementarisme décadent durant les années 1930. Cette droiture encore lui fit prendre la défense de la démocratie contre tous les fascismes et condamner avec force la main tendue aux communistes avant 1939. Cette même droiture, encore et toujours, lui fit accueillir le maréchal Pétain avec soulagement en juin 1940, sans jamais cesser de tourner ses regards vers l’espérance gaullienne jusqu’au dernier jour de sa vie. Il fut de la résistance des lettres contre le nazisme. Surveillé par la Gestapo à la fin de la guerre, il se leva contre les excès de l’épuration et demanda la grâce de Robert Brasillach.




Lire aussi :
Paul Claudel, un auteur a redécouvrir en ces temps incertains

Le même souci d’humanité fit de lui un opposant farouche de l’usage de la torture en Algérie, demeurant un fervent de De Gaulle, pour lequel il manifesta en 1968. Démocrate-chrétien encore et toujours, un peu moderniste il faut le dire, il marchait avec les étudiants en direction de Chartres, malgré un âge déjà avancé, et revenait, tous les ans, à Malagar, sur la terre de ses ancêtres.

Toujours proche

En nos temps d’agressivité inculte, où les censeurs refusent toute complexité, François Mauriac est un auteur à redécouvrir. Parce qu’il a parlé de l’âme, il ne nous est pas si étranger. Parce qu’il a lutté toute sa vie entre Dieu et Mammon, pour toujours revenir à Dieu et finir dans ses bras, comme il l’exprima dans Dieu et Mammon (1929) et dans Souffrances et bonheur du chrétien (1931), ainsi que dans Ce que je crois (1962), il sera toujours proche. Du haut du ciel, François Mauriac porte sans doute sur la France qu’il aima son regard calme, profond et toujours pétillant d’une joie discrète, celle des vives intelligences, modelées par une haute culture, animée de Dieu.


MALAGAR

Lire aussi :
Cinq bonnes raisons de lire François Mauriac aujourd’hui

Tags:
anniversaireFrançois Mauriaclecture
Soutenez Aleteia !
A travers le monde, vous êtes des millions à lire Aleteia, pour y trouver quelque chose d'unique : une vision du monde et de votre vie inspirée par l’Évangile. On prétend qu'il est de plus en plus difficile de transmettre les valeurs chrétiennes aux jeunes d'aujourd'hui.
Et pourtant, savez-vous que plus de la moitié des lecteurs d'Aleteia sont des jeunes de 18 à 35 ans ? C'est pourquoi il est si important que Aleteia demeure un service quotidien, gratuit et accessible à tous. Cependant, un journalisme de qualité a un coût que la publicité est loin de couvrir. Alors, pour qu'Aleteia puisse continuer à transmettre les valeurs chrétiennes au cœur de l'univers digital, votre soutien financier demeure indispensable.
*avec déduction fiscale
Le coin prière
La fête du jour






Top 10
1
adoption
Cerith Gardiner
Parents de cinq enfants, ils adoptent une fratrie de sept frères ...
2
Mathilde de Robien
Ces quatre cavaliers de l’Apocalypse qui détruisent le couple
3
Joubarbe
Marzena Devoud
Connaissez vous les herbes de saint Joseph ?
4
Mgr Benoist de Sinety
La leçon d’Istanbul : « Vous avez voulu la paix au prix du déshon...
5
WEB2-PERE-MICHEL-BRIAND-SOCIETE-DES-PRETRES-DE-ST-JACQUES.jpg
Agnès Pinard Legry
Qui sont les deux Français enlevés à Haïti ?
6
WEB2-CHURCH-SAINTJOSEPHDESNATIONS-WEB2-CHURCH-SAINT-JOSEPH-DES-NATIONS-Eleonorede-Vulpillieres.jpg
Eléonore de Vulpillières
Paris : le tabernacle de Saint-Joseph des Nations forcé par des m...
7
Camille Dalmas
Miséricorde divine : le livre qui a bouleversé le pape François
Afficher La Suite
Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous gratuitement