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Comment le catholicisme majoritaire peut-il se réveiller ?

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Une centaine de personnes réunies pour prier dans la rue après l'incendie de Notre-Dame de Paris, le 15 avril 2019.

Bruno Béthouart - Publié le 18/08/20

Dans une société laïque qui ne jure que par la "sortie de la religion", nombreux sont les signaux objectifs d’attachement d’une majorité de Français à la foi catholique. Le décryptage attentif de cette affection persistante peut aider une Église qui a perdu la confiance à réveiller ce catholicisme endormi.

À l’évidence, les catholiques sont minoritaires : regardez le peu de cas fait par les autorités publiques en faveur d’un des droits les plus imprescriptibles, la liberté religieuse en France, durant la dramatique pandémie de la Covid-19. Voyez l’effondrement de la pratique religieuse régulière : en dessous de 5% de pratiquants allant à la messe une fois par mois. Il en est de même pour le nombre de baptêmes en France depuis les années 1970 : en dix ans, l’Église de France en a perdu 100.000 chez les petits enfants ! Constatez enfin le niveau d’ordinations en France dans la même période : autour de 100 chaque année. Les tenants de la théorie d’une Église minoritaire, enfin débarrassée de la volonté d’imprimer sa marque dans la société [et ils sont nombreux surtout parmi les sociologues depuis les années 1970, voilà donc déjà 50 ans], scrutent avec attention les signes de la crise en son sein ; ils s’appuient sur ces indicateurs qui, c’est le moins que l’on puisse dire, interpellent et semblent leur donner raison !


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Et pourtant, en regardant simplement les chiffres, c’est-à-dire en procédant d’une manière au moins aussi « scientifique », il est possible d’affirmer tout autant que les catholiques sont majoritaires en France ! J’en veux pour preuve deux éléments qui se confortent. Le premier est une recherche parmi d’autres réalisée par Paradox’Opinion, publiée dans La Vie du 4 avril 2015 sur le nombre effectif de baptisés en France. Ce critère est tout autant « objectif » que le nombre de pratiquants réguliers. L’enquête estime que 67% des Français, soit 42.800.000 concitoyens, ont reçu ce sacrement qui les fait membres de l’Église catholique. On objectera que l’argument ne tient pas parce que, dans la plupart des cas, ce sacrement a été administré à des enfants en bas âge. La réponse vient d’un second constat lui aussi tout autant objectif : actuellement encore près de 70% des funérailles sont religieuses et de rite catholique. Vous ne trouvez pas curieux et pertinent cette correspondance chiffrée, cette adéquation entre le choix fait par des parents pour leur enfant et l’attitude de ces enfants devenus « grands » à l’article de leur mort ? Le catholicisme est donc, de fait, la seule confession installée sur tout le territoire hexagonal et surtout elle est largement majoritaire : tous les présidents de la République, à part Jacques Chirac en 2002 et Emmanuel Macron en 2017 [tous les deux élus au second tour] auraient rêvé d’obtenir un tel score : plus des deux tiers des suffrages !

Ceux que le sacrement a touchés

Savez-vous que 8.963 villages, soit une commune sur quatre en France, portent le nom d’un saint ? La France est de très loin la première nation en Europe dans ce cas devant l’Espagne et l’Italie. Le nom de rue le plus répandu y est même « rue de l’Église » ! Alors oui, l’interpellation du pape Jean Paul II, le 1er juin 1980, lors de sa venue en France au Bourget, « France, Fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? » est tout à fait pertinente. Et le pape François l’a bien compris quand il demande à ses fidèles d’être « en sortie », d’avoir le courage de rejoindre toutes les « périphéries » de l’existence. Il invite chacun, en novembre 2013 dans Evangelii Gaudium, à être audacieux et créatif dans ce devoir de repenser la manière d’annoncer l’Évangile à tous les hommes. Jean-Pierre Denis dans son commentaire du sondage d’avril 2015 précise en parlant de l’Église catholique que « par méprise ou par mépris, par résignation ou par paresse, elle ignore la masse molle et mouvante qui entoure ce noyau dur [des pratiquants réguliers] ». Et il ajoute : « Il y a pourtant un immense effort à faire pour “réveiller” ceux que le sacrement a comblé de grâce à leur naissance, mais qui se sont éloignés, qui ont été déçus ou blessés, ou avec lesquels on n’a pas su maintenir le contact, passé le stade du catéchisme ou du mariage. »

Deux réponses possibles

Nous sommes au cœur de la question ! Certes, il est absolument évident que depuis les origines, l’Église n’a cessé d’être missionnaire : comment pourrait-il en être autrement ? Mais il n’en demeure pas moins que, aujourd’hui, après les hésitations en matière de stratégie pastorale de la fin du siècle précédent où le cadre paroissial a été remis en cause au profit notamment d’une évangélisation des milieux de vie, deux réponses sont possibles. La première consiste à se dire : cette « masse molle » est perdue et vouloir la « récupérer » est une erreur à ne pas commettre. Nous en sommes revenus au débat sur les lapsi, ces chrétiens qui avaient renié leur foi lors des persécutions notamment celle de Dèce puis de Dioclétien aux IIIe et IVe siècles. La tentation est alors forte chez certains pasteurs ou laïcs d’en revenir, comme le prônaient alors les donatistes combattus par saint Augustin, à une Église de « purs ». Ces responsables, de manière explicite ou, plus souvent, dans leur for intérieur, se justifient en reprenant la notion chère aux psaumes du « petit reste », du « petit troupeau ». Ils considèrent que ceux qui ne viennent pas à l’église le dimanche ne sont pas de « vrais catholiques ». L’Église se définit alors pour eux comme « le jardin fermé, la source scellée » du Cantique des cantiques (Ct, 4), ou encore l’arche de Noé, une Église « sans tache ni ride » (Ep, 5), qui rassemble uniquement des gens « bien ». Sont-ils minoritaires dans les cercles de responsables pastoraux prêtres et laïcs de nos communautés paroissiales ? Il faut l’espérer.

Une attente majoritaire

La seconde réponse est double. Sur un plan intra-ecclésial, cette conception d’une Église majoritaire qui a « perdu » la confiance de nombre de ses ouailles doit inciter à refuser le repli sur soi. Au lieu de se lamenter, il faut de toute urgence chercher et trouver les moyens, comme diraient nos frères évangélistes, d’un « réveil » tourné vers ceux très nombreux qui, baptisés en leur temps, la rejettent ou se sentent exclus. En effet combien de fois entend-on des réflexions du genre : « Je ne pratique plus mais je suis toujours croyant ! » Il y a donc chez une majorité de nos concitoyens, à certains moments-clés de leur vie personnelle ou de celle de la nation française, une réelle attente qu’il faut bien se garder de dénigrer comme étant « artificielle », « intéressée ». Celle-ci représente une chance à ne pas rater non seulement pour les prêtres traditionnellement en charge de la mission mais aussi pour les laïcs désormais associés dans un esprit conciliaire. Le lieu majoritairement reconnu par nos compatriotes demeure la paroisse où ils naissent et où ils viennent vivre les grandes étapes de leur existence. Ils frappent à la porte : comment toujours et encore mieux les accueillir ?


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D’autre part, ces catholiques qui ne pratiquent pas correspondent de fait à la majorité des citoyens français. Comment, dans la sphère publique, prendre en compte le principe majoritaire, qui doit être respecté d’une manière ou d’une autre ? Pourquoi ne pas déterminer entre les représentants légitimes reconnus du catholicisme, et les pouvoirs publics un mode de prise en compte de leur avis dans les institutions représentatives et dans les instances médiatiques qui « font l’opinion » du pays en matière de droit social et, actualité oblige, surtout en ce moment, en matière sociétale ? Cette revendication ne peut en aucune façon sembler illégitime y compris au nom de la laïcité attachée au respect des opinions religieuses. Elle s’appuie sur un constat aussi clair que le résultat électoral : il ne viendrait pas à l’esprit de quiconque de remettre en cause la légitimité de chaque scrutin y compris les plus serrés, les plus ambigus.

Des signaux objectifs

Pour trouver une solution, il convient d’élaborer un bon diagnostic. Cette société dite sécularisée, indifférente, regorge de signaux objectifs d’attachement au catholicisme. L’incendie de Notre-Dame a suscité une émotion considérable : celle-ci prouve l’existence d’un lien affectif avec le patrimoine religieux. Le pape François a reçu une approbation large et nettement majoritaire en France quand, dans l’encyclique Laudato si, il met en évidence la nécessité d’une écologie intégrale incluant la personne humaine, attentive aux petits, aux pauvres, aux exclus : il s’agit de respecter l’homme dans la beauté de la création. Le succès de comédies musicales portées sur des sujets spirituels comme celui de Bernadette à Lourdes, l’attrait des JMJ, des pèlerinages de tout type sont constatés et pris en compte par les responsables des différents territoires où se déroulent ces manifestations. Dans des églises, abbayes, chapelles de France, de nombreux festivals proposent à un public très varié des œuvres issues du trésor musical religieux catholique à travers les siècles du grégorien à Olivier Messiaen. La liste pourrait d’ailleurs s’allonger ! Ces « signes des temps » à multiples facettes possèdent pourtant un point commun qui continue d’attirer, de séduire l’esprit et le cœur d’une majorité de Français. Ouvrons les yeux en matière de « stratégie pastorale » ; ce point focal porte un nom : la beauté du catholicisme, son génie !




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