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Sainte Claire de Montefalco, le cœur qui portait la croix du Christ

SAINT CLARE

WELLCOMEIMAGES | CC

Claire de Montefalco.

Aliénor Goudet - Publié le 16/08/20

À 7 ans, Claire de Montefalco, sainte du XIIIe siècle, montre une dévotion si impressionnante envers le Christ et les pauvres qu’elle entre au "reclusorio di San Leonardo", communauté de sa sœur Giovanna dont elle deviendra l’abbesse en 1291. Découvrez-la, ici, recevant la plus grande grâce de Dieu au milieu d’une grande période d’aridité spirituelle.

Montefalco, 1294. Tout est calme au monastère de la Croix. La nuit est tombée depuis bien longtemps et toutes les sœurs dorment. C’est donc sur la pointe des pieds que Claire traverse le couloir des chambres pour ne pas troubler le sommeil bien mérité de ses filles.

Elle-même a passé sa journée dans les champs à aider les paysans en cette saison de moisson. Ses mains sales sont couvertes d’éraflures et elle peut sentir les ampoules de ses pieds se frotter au bois de ses sabots. Ses bras et ses épaules la font également souffrir. Malgré cela, elle a rempli son devoir de la journée en portant la charité à qui elle le pouvait. 


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Pourtant, c’est un sentiment amer qui lui serre le cœur. Elle n’a pas de doute qu’elle fait la volonté de Dieu par ses actes. Elle observe, comme toutes ses filles, la règle de saint Augustin. Mais depuis six longues années, elle n’arrive plus à prier. Lorsqu’elle s’agenouille devant le saint sacrement, son esprit divague vers des préoccupations terrestres. Tant bien que mal elle tente de se recentrer sur le Christ, mais rien n’y fait. C’est comme se promener dans le noir et chercher aveuglément son chemin dans le vide. Un désert dans lequel Dieu n’est pas. 

Rien que d’y penser lui fait redouter le temps consacré à la prière. L’idée que sa source de force, son lien intime et privilégié avec le Seigneur qu’elle entretient depuis qu’elle a 4 ans n’existe plus lui est insupportable. Tant qu’elle n’en dort presque plus. La voilà donc, comme presque toutes les nuits, à se rendre au jardin du monastère, espérant y trouver la fatigue. Le vent berce sa marche lente alors que Claire récite machinalement une prière apprise de sa sœur. Une prière sans saveur, à des lieux du Christ. Claire se sent trop vide, trop légère. Faudrait-il ne rien dire du tout dans ce cas ? 


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Cette idée lui traverse souvent l’esprit depuis six ans et comme à chaque fois, elle se reprend. Dieu reçoit toute prière avec amour et bienveillance, que ce soit un cantique ou un bénédicité. Qui est-elle pour le privé d’une seule miette de ce qui lui est dû ? Elle s’apprête à reprendre sa médiocre prière, lorsque quelque chose attire son regard. Une silhouette se tient sous l’un des chênes du jardin. Étrangement, sa présence n’effraie pas Claire mais une chose intrigue la mère supérieure. 

Il fait nuit noire et pourtant, elle la distingue très nettement. C’est un homme, grand et maigre. Il est pieds nus, porte une vieille bure miteuse et ses longs cheveux cachent son visage. Lentement, elle s’approche et dit en souriant :

– Bonsoir, monsieur. Comment puis-je vous servir ?  

L’homme ne répond pas mais s’avance de quelque pas, traînant quelque chose de lourd derrière lui. C’est alors que Claire remarque la forme familière du large morceau de bois sur les épaules de l’homme. Une croix. Comme par réflexe, ses yeux tombent alors sur les pieds nus et mains de celui-ci. Tous sont percés, et saignent. Une chaleur intense enflamme sa poitrine et elle relève la tête. Son cœur se met à battre à vive allure et son corps, à trembler comme une feuille. Elle connaît ce mendiant. Saint Martin l’a vue bien avant elle, et lui a offert la moitié de son manteau. 

– Je cherche un endroit propice où planter ma croix, lui dit le Christ blessé.  

À ces mots, Claire tombe à genoux devant lui, et étend les mains pour présenter sa poitrine. 

– Seigneur, s’il en est digne, je t’offre mon cœur. 

Un doux sourire se dessine sur le visage du Seigneur et au même moment, une vive douleur frappe Claire dans tout le corps. Comme si on lui perçait les mains et les pieds, qu’on la déchirait de coups de fouet, qu’on lui poignardait le côté et qu’on lui enfonçait des épines dans la tête d’un seul coup. La douleur est telle que l’abbesse sombre avant même de s’écrouler au sol, un goût piquant de vinaigre sur la langue. 

– Ma mère, ma mère, appelle-t-on !

Le soleil est déjà levé lorsque Claire rouvre les yeux, secouée par quelques une de ses filles, inquiètes. Et alors qu’elle se redresse, un poids lourd dans sa poitrine se fait sentir. Le souvenir de la veille lui revient et des larmes jaillissent de ses yeux. Quelle grâce d’avoir partagé ne serait-ce qu’un instant la douleur de Jésus.   

– Que vous arrive-t-il, ma mère ? demande sœur Francesca. Êtes-vous souffrante ?– Non, mes filles. J’ai simplement Jésus à l’intérieur de mon cœur.  

À la mort de Claire, en 1308, on retrouve imprimé sur son organe cardiaque les instruments de la Passion du Christ. Elle est canonisée en 1881 par le pape Léon XIII. En plus d’être grande mystique, Claire de Montefalco est un exemple de persévérance dans la foi, malgré l’aridité spirituelle.

« Soyez humbles, patientes, et unies dans la charité. Soyez telles que Dieu soit honoré en vous et que l’œuvre qu’il a commencé en vous, ne soit pas perdue. »

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