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Pourquoi l’Église plaide-t-elle le respect inconditionnel de l’embryon humain ?

EMBRYON BIOETHIC
MARCEL MOCHET I AFP
Photo prise du Centre d'étude et de conservation du sperme humain (CECOS) de Rennes montrant la préparation des ovocytes sous hotte stérile, avant la micro-injection des spermatozoïdes dans les ovocytes.
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La continuité du développement de l’être humain à partir de la conception est aujourd’hui scientifiquement prouvée : l’embryon est dès l’origine un nouvel individu humain, distinct de ses parents. Il se développe par lui-même et ne sera jamais rendu humain s’il ne l’est pas déjà. Il doit donc être respecté comme tout être humain.

En matière de réflexion du magistère sur le respect de la vie humaine, le document romain Dignitas personæ (DP) sur les questions de bioéthique daté du 8 septembre 2008 rappelle que la précédente instruction doctrinale du 22 février 1987, Donum vitæ (DV), « a démontré la continuité du développement de l’être humain sur la base de solides connaissances scientifiques » (DP, n. 5). En effet, pour asseoir de manière solide le statut moral de l’embryon humain sur les plans éthique et anthropologique, Donum vitæ a intégré dans son raisonnement une argumentation de type scientifique : « Cette Congrégation connaît les discussions actuelles sur le commencement de la vie humaine, sur l’individualité de l’être humain et sur l’identité de la personne. »

« Dès que l’ovule est fécondé »

Que disent les faits ? « Dès que l’ovule est fécondé, se trouve inaugurée une vie qui n’est ni celle du père, ni celle de la mère, mais d’un nouvel être humain qui se développe par lui-même. Il ne sera jamais rendu humain s’il ne l’est pas dès lors » (Donum vitæ). « À cette évidence de toujours, la science génétique moderne apporte de précieuses confirmations. Elle a montré que, dès le premier instant, se trouve fixé le programme de ce que sera ce vivant : un homme, cet homme individuel avec ses notes caractéristiques bien déterminées. Dès la fécondation est commencée l’aventure d’une vie humaine dont chacune des grandes capacités demande du temps pour se mettre en place et se trouver prête à agir. » Le magistère n’hésite donc pas à prendre en considération des faits reconnus par la biologie du développement embryonnaire la plus pointue pour penser adéquatement le respect dû à l’être humain dès sa conception. La suite du texte couronne ce premier enchaînement : « Cette doctrine est du reste confirmée, s’il en était besoin, par les récentes acquisitions de la biologie humaine, qui reconnaît que dans le zygote dérivant de la fécondation s’est déjà constituée l’identité biologique d’un nouvel individu humain. »

Un nouvel individu

Donum vitæ poursuit l’observation et le raisonnement : « Dans le zygote dérivant de la fécondation s’est déjà constituée l’identité biologique d’un nouvel individu humain. » En effet, dès la fusion des gamètes paternel et maternel apparaît un nouveau système d’une complexité prodigieuse que les scientifiques appellent zygote. Le nouveau génome constitué à partir du père et de la mère devient le centre de coordination du déploiement de toutes les activités qui vont caractériser ce nouvel être humain. Le professeur Serra, ancien titulaire de la chaire de génétique à l’Université romaine du Sacré-Cœur, insiste sur ce point : « Un rapide regard sur les étapes du développement embryonnaire nous permet d’établir que le zygote est, très précisément et sans aucun doute possible, le point de l’espace et du temps où un individu humain commence son propre cycle vital. » Loin d’être un « amas de cellules » comme le répètent à l’envi certains chercheurs et certains parlementaires, « l’embryon tout entier est un individu réel où chaque cellule est étroitement intégrée dans un unique processus dynamique, à travers lequel celui-ci traduit instant après instant son propre espace génétique dans son espace organique ».

La conclusion s’impose dans toute sa force : « Le nouveau-conçu possède sa propre réalité biologique bien déterminée : c’est un individu totalement humain en développement. » « D’une manière autonome, moment après moment, et sans aucune discontinuité, il va construire sa propre forme, exécutant, par une activité intrinsèque, un plan projeté et programmé dans son propre génome » (Angelo Serra, op.cit.). Dignitas personæ est catégorique : « Le corps embryonnaire se développe progressivement selon un programme bien défini et avec une finalité propre qui se manifeste à la naissance de chaque enfant » (DP, n. 4).

La dignité de la personne

Dès la fécondation l’embryon humain est donc autonome, doté d’une identité précise, totalement distinct de ses propres parents et de tout autre embryon. Il s’agit incontestablement d’un être dont le patrimoine génétique nous apprend qu’il ne s’agit ni d’un végétal ni d’un animal mais bien d’un individu de l’espèce humaine. L’information contenue dans son génome est un programme codifié qui le dote d’immenses potentialités morphogénétiques, c’est-à-dire de capacités intrinsèques qui se mettront en place de manière graduelle si rien ne vient entraver sa croissance. Il est donc totalement erroné de prétendre comme le Conseil d’État en 2009 que « de la fécondation d’un embryon humain à la naissance d’un enfant, le champ de notre ignorance demeure infiniment plus grand que celui de nos connaissances. Dire qui est l’embryon ou ce qu’il est relève de l’impossibilité ».

Une argumentation rationnelle

Même le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), une des plus hautes autorités morales en France, a rejoint l’Église en reconnaissant la possibilité que nous avons d’argumenter rationnellement sur le statut de l’embryon. « Quelles que soient les convictions des uns et des autres quant au statut ontologique de l’embryon humain, il est difficile de nier précisément, son caractère humain, à défaut de quoi la science s’intéresserait différemment à lui », constatait-il en 2008 . « Le Comité soutient que c’est dès la fécondation que le principe du respect de l’être humain en devenir doit être posé. […] Le Comité estime que le fondement et la mesure du respect dû à l’embryon peuvent être argumentés en raison. » Le CCNE ajoute que « l’embryon humain dès la fécondation appartient à l’ordre de l’être et non de l’avoir, de la personne et non de la chose ou de l’animal. » En ce sens, si la logique scientifique considère la vie humaine comme un processus continu depuis la conception, la logique juridique ne doit-elle pas protéger ce processus au nom de la dignité humaine ?

Dignitas personae répond avec conviction : « La réalité de l’être humain, tout au long de son existence, avant et après sa naissance, ne permet d’affirmer ni un changement de nature, ni une gradation de la valeur morale » (n. 5), l’embryon « possédant une pleine qualification anthropologique et éthique ». Parce que l’on ne peut pas penser rationnellement le passage de quelque chose à quelqu’un, Dignitas personæ en déduit avec force que « l’embryon humain a donc, dès le commencement, la dignité propre à la personne ». Ainsi doit-il jouir de tous les droits de la personne en vertu de sa dignité intrinsèque, au premier chef celui de l’inviolabilité de sa vie.

Le respect de l’embryon humain au fondement du droit

Pour l’Église, le respect inconditionnel moralement dû au fruit de la génération humaine dès le premier instant de son existence est « le critère fondamental d’éthique […] pour juger toutes les interventions sur l’embryon humain » (DP, n. 4). Reconnue « vraie et conforme à la loi morale naturelle par la raison elle-même », cette vérité « devrait être le fondement de tout système juridique ». L’État se doit donc de reconnaître la valeur objective et la vraie nature de l’embryon humain afin d’en tirer les conséquences juridiques et législatives qui s’imposent pour le protéger efficacement.

Toutes les pratiques qui portent atteinte à la vie de l’embryon humain relèvent de la catégorie de l’avortement « qu’aucune loi humaine ne peut prétendre légitimer » (Evangelium vitæ, n. 73). L’avortement étant, comme Dignitas personæ le rappelle, « le meurtre délibéré et direct, quelle que soit la façon dont il est effectué, d’un être humain dans la phase initiale de son existence, située entre la conception et la naissance », l’Église récuse aussi bien la recherche sur l’embryon que l’utilisation du stérilet ou de la pilule du lendemain. Peu importe que la destruction de l’embryon ait lieu dans une éprouvette ou l’utérus maternel, il n’y a pas lieu d’opérer en l’espèce une distinction morale entre l’activité d’un scientifique qui désagrège un embryon humain dans son laboratoire ou l’emploi d’une molécule qui vise son expulsion dans le sein de sa mère.

Sentinelle de la dignité

En se faisant sentinelle de la dignité humaine, l’Église « exprime un grand oui à la vie humaine qui doit être mis au centre de la réflexion éthique » (DP, n. 1). De ce grand oui à la vie jaillissent des « non » qui sont structurants pour le bien commun de la société. Elle rappelle à tous les hommes qui cherchent la vérité que « par le simple fait qu’il existe, chaque être humain doit être pleinement respecté » (DP, n. 8). Qui ne se retrouverait pas dans cette affirmation ?