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Bioéthique : « Ne ratons pas le sens de l’histoire ! », appellent les évêques de France

Mgr Pierre d'Ornellas, le 16 septembre 2019 au Collège des Bernardins.
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Alors que le projet de loi bioéthique a été adopté en deuxième lecture dans la nuit du 31 juillet au 1er août 2020, l’épiscopat français, par la voix de Mgr d’Ornellas, archevêque de Rennes et responsable de son groupe de travail bioéthique, dénonce un texte qui va à l’encontre du respect de la dignité humaine.

« Les députés sont-ils allés dans le sens de l’histoire ? Leur vote n’est-il pas guidé par une certaine myopie ? ». Dans un communiqué diffusé le 1er août 2020, soit moins de 24 heures après l’adoption du projet de loi de bioéthique à l’Assemblée nationale en deuxième lecture, Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et responsable du groupe de travail bioéthique au sein de la Conférence des évêques de France (CEF), a pris la parole, s’interrogeant sur le bien-fondé de certaines décisions. Tout d’abord, il s’exclame au sujet d’une loi qui a été votée « au creux de cette nuit ! », dénonçant « un nouveau mode de filiation » qui voudrait effacer « totalement le père dès la conception ». Il rappelle d’ailleurs que « les députés n’ont pas […] à légiférer sur l’amour » mais « ont mission d’établir le droit à partir du respect de la dignité humaine et des valeurs éthiques qui en découlent, dont la protection du plus faible ».

« Peut-on parler d’équilibre ? »

Il questionne ensuite la notion d' »équilibre » invoquée notamment par Jean Castex, Premier ministre, au cours de l’examen du projet de loi, qui avait invité les députés à garder « l’équilibre » du texte. Une notion que visite autrement l’évêque de Rennes qui interroge : « Peut-on parler d’“équilibre” quand ce projet interdit de fait à des enfants d’avoir un père, et suscite en pratique une discrimination injuste entre eux ? Peut-on parler d’“équilibre” quand ce projet établit un égalitarisme entre toutes les femmes au regard de la PMA alors qu’elles ne sont pas dans une situation égale vis-à-vis de la procréation ? Peut-on parler d’“équilibre” quand ce projet conduit au risque de contourner le principe de gratuité par la nécessité d’acheter des gamètes humains ? […] Peut-on parler d’un “équilibre” quand, à cause du projet parental dont le rôle a été majoré, le pouvoir des plus forts – celui des adultes – impose des désirs aux plus faibles – les enfants qui pourtant sont des sujets de droits ? ».

Reprenant à son compte l’expression « aller dans le sens de l’histoire » utilisée par Jean-Louis Touraine, l’un des rapporteurs du texte, qui avançait cet argument pour le vote de la loi, le prélat invite justement à ne pas rater le sens de l’histoire. Il invoque l’argument écologique. Pour lui, « “tout est lié” dans le respect du vivant, qu’il appartienne à la nature ou qu’il soit humain ». Concédant que les situations particulières existent et que l’Église continuera à les accompagner « avec respect et sollicitude », il insiste sur le fait que la loi civile doit rechercher le « “bien commun” pour tous ».

D’autres évêques de France se sont exprimés, notamment sur les réseaux sociaux. Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, évoque dans un tweet un nécessaire « réveil des consciences » quand Mgr Emmanuel Gobilliard, évêque auxiliaire de Lyon, écrit que le fait « que tous ces projets soient contraires à la nature est assez évident ». De son côté, Mgr Pierre-Antoine Bozo, évêque de Limoges et membre du groupe Église et Bioéthique de la CEF, rappelle que « tout est lié », reprenant ainsi le leitmotiv de l’encyclique Laudato Si’. C’est bien « un même mouvement qui veut protéger la création et ce qu’elle renferme de plus précieux, l’homme », lance-t-il, arguant que puisque « la nature est une, on ne peut choisir Gaïa contre Gaëlle, les petits phoques contre les agonisants, les icebergs contre les trisomiques, les mangroves contre les migrants ». Pour l’évêque de Limoges, « pour être intégrale l’écologie doit intégrer l’anthropologie ».