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L’embryon est-il une personne humaine ?

IN VITRO
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La distinction parfois suggérée dans certains textes juridiques internationaux entre « être humain » et « personne humaine » est artificielle et sans fondement scientifique, ni philosophique. Pour l’Église, qui ne s’est pas formellement prononcée sur le moment précis de l’animation de l’être humain, le respect de la vie humaine dès sa conception est une obligation de conscience.

Pourquoi l’Église ne s’est-elle pas expressément prononcée sur l’apparition de l’âme humaine dans l’embryon, autrement dit son animation ? Au motif que la démarche scientifique n’est pas le tout de la raison humaine. Celle-ci n’épuise pas à elle seule le discours que nous pouvons tenir sur l’humanité de l’embryon. Si la science possède son ordre de légitimité propre, la réflexion doit être cependant enrichie par l’apport d’un raisonnement métaphysique qui ouvre à une connaissance intégrale « de l’être humain dans sa totalité corporelle et spirituelle » (Dignitas personæ [DP], n. 4 ). Certains en effet sont prêts à concéder que l’embryon dès sa conception est un individu humain mais pas une personne corps et âme substantiellement unis.

L’âme spirituelle est le principe de vie du corps humain tout entier

L’âme active et informe l’organisme humain de son énergie et de sa force unificatrice, selon la terminologie de la métaphysique classique. La réflexion sur l’union de l’âme et du corps fait bien partie d’un autre champ de l’intelligence que celui des disciplines scientifiques, c’est le champ propre de la métaphysique : on ne saurait indûment affirmer que les arguments biologiques suffisent à eux seuls à révéler la présence ou non d’une âme spirituelle. « Aucune donnée expérimentale ne peut être de soi suffisante pour faire reconnaître une âme spirituelle » (DV, I, 1), constate l’instruction romaine Donum vitæ (DV). Les sciences ne prouvent pas l’âme.

Quand apparaît l’âme humaine de l’embryon ?

La question du moment de l’animation, successive ou immédiate, est cependant un sujet dont l’Église ne se désintéresse pas. Selon une première conception, le principe spirituel qu’est l’âme humaine s’unit après un certain nombre de jours au corps embryonnaire lorsque celui-ci est suffisamment organisé. Selon une seconde, cette union coïncide avec la fécondation biologique. L’embryon est-il apte à recevoir une âme ? À cette question, saint Thomas d’Aquin, en s’appuyant sur les connaissances biologiques d’Aristote, répondait qu’il existe un délai de quarante jours avant l’infusion de l’âme rationnelle dans le corps humain. Si l’Église n’a pas souhaité « s’engager expressément dans une affirmation de nature philosophique », comme le rappelle Dignitas personae, elle n’est pas non plus restée silencieuse sur le sujet.

L’aide de la science

Pour elle, la science fait avancer la réflexion. « Même si la présence d’une âme spirituelle ne peut être détectée par aucune observation de donnée expérimentale, les conclusions scientifiques elles-mêmes au sujet de l’embryon humain fournissent une indication précieuse pour discerner rationnellement une présence personnelle dès cette première apparition de la vie humaine » (DP, n. 5), déclare Dignitas personæ en s’appuyant sur une remarque déjà avancée par Donum vitæ.  L’originalité de ce passage mérite d’être soulignée. L’instruction romaine ne cache pas que les découvertes scientifiques actuelles, qu’elle présente comme des conclusions et une indication précieuse, sont en mesure de nous aider à discerner chez l’embryon humain une présence personnelle.

Les données fournies par la science du développement embryonnaire sont un acquis inestimable que la métaphysique peut regarder comme un point d’orientation dont l’importance n’est pas subalterne. En s’appuyant sur les avancées de la génétique et de la biologie cellulaire, la réflexion ontologique sur le statut anthropologique de l’embryon peut se prononcer en faveur de la saisie immédiate de l’être humain par l’âme rationnelle dès le premier instant de son existence. Saint Jean Paul II n’a-t-il pas déployé la portée intellectuelle de l’instruction Donum vitæ quand il affirme publiquement à propos de l’embryon que « l’approfondissement anthropologique porte à reconnaître que, en vertu de l’unité substantielle du corps et de l’esprit, le génome humain n’a pas seulement une signification biologique ; il est porteur d’une dignité anthropologique qui a son fondement dans l’âme spirituelle qui l’envahit et le vivifie » ?

Les principes thomistes sont toujours actuels

Mais alors, l’enseignement de saint Thomas d’Aquin sur ce point précis serait-il à rejeter ? Loin s’en faut, répond l’Académie pontificale pour la Vie :

La théorie de l’animation retardée, soutenue par Aristote puis par saint Thomas, […] dépendait essentiellement des connaissances biologiques limitées qui étaient disponibles au temps où ces auteurs écrivaient. Une application correcte des principes aristotélico-thomistes, tenant compte des connaissances scientifiques actuelles, porterait au contraire à soutenir la théorie de l’animation immédiate et à affirmer en conséquence la pleine humanité de l’être humain nouvellement formé.

Et l’Académie de conclure : « La théorie de l’animation immédiate, appliquée à chaque être humain qui vient à l’existence, se montre pleinement en accord avec la réalité biologique. […] Cette perspective ne contredit pas les principes fondamentaux de la métaphysique de saint Thomas. »

Être humain et personne, une fausse distinction

Cela conduit l’Église à soutenir qu’il est fallacieux de dissocier artificiellement les catégories d’être humain et de personne humaine. « Comment un individu humain ne serait-il pas une personne humaine ? », interrogeait le cardinal Joseph Ratzinger dans l’Instruction Donum vitæ. Les deux concepts d’individu et de personne sont tout à fait solidaires l’un de l’autre. On peut donc faire valoir que la présomption est en faveur de la réponse affirmative, la charge de la preuve revient à qui veut répondre négativement. En effet, quiconque voudrait emprunter ce faux chemin devrait montrer que la proposition « Il existe certains individus humains qui ne sont pas des personnes » est possible. Saint Jean Paul II avait sévèrement critiqué « la distinction qui est parfois suggérée dans certains documents internationaux entre être humain et personne humaine pour reconnaître ensuite le droit à la vie et à l’intégrité physique uniquement à la personne déjà née, [qui] est une distinction artificielle sans fondement scientifique, ni philosophique ».

Lorsque la vie d’un innocent est en jeu, pas de conscience douteuse

L’Instruction Donum vitae postule cette interdépendance totale entre les deux notions. Elle rappelle un principe moral fameux, ancêtre de notre moderne principe de précaution : il n’est jamais permis d’agir avec une conscience douteuse lorsque la vie d’un innocent est en jeu. L’Académie pontificale pour la vie ne dit pas autre chose : « Si l’on doute, devant un embryon humain, de se trouver devant une personne humaine, il est nécessaire de respecter l’embryon comme s’il l’était ; autrement, on accepterait le risque de commettre un homicide. Du point de vue moral, donc, le simple fait d’être en présence d’un être humain exige à son égard le plein respect de son intégrité et de sa dignité : tout comportement qui, d’une façon ou d’une autre, pourrait représenter une menace ou une offense vis-à-vis de ses droits fondamentaux, en premier lieu le droit à la vie, doit être considéré comme gravement immoral. » « L’enjeu est si important, avait solennellement écrit Jean Paul II, que du point de vue de l’obligation morale, la seule probabilité de se trouver en face d’une personne suffirait à justifier la plus nette interdiction de toute intervention conduisant à supprimer l’embryon humain » (Evangelium vitæ, n. 60).

Entrer dans une démarche de contemplation

Au-delà de ce discours scientifique, métaphysique et éthique qui nous permet de penser adéquatement le statut de l’embryon, l’Église nous invite à porter loin notre regard et à cultiver un émerveillement humble devant la réalité de l’être humain dans sa plus extrême jeunesse. N’est-ce pas ce à quoi nous convie le pape Benoît XVI lorsqu’il demande aux scientifiques eux-mêmes d’entrer dans une démarche de contemplation devant l’embryon humain pour y découvrir l’empreinte du Créateur :

En réalité, celui qui aime la vérité, comme vous, chers chercheurs, devrait percevoir que la recherche sur un thème aussi profond nous met en condition de voir, et presque même de toucher, la main de Dieu. […] L’amour de Dieu ne fait pas de différence entre celui qui vient d’être conçu et se trouve encore dans le sein de sa mère, et l’enfant, ou le jeune, ou bien encore l’homme mûr ou âgé, car en chacun d’eux il voit l’empreinte de sa propre image et ressemblance ?