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Tribunes

Incendies, vandalisme, actes antichrétiens... espérer quand tout va mal

incendie cathédrale de nantes

SDIS 44

Jean Duchesne - Publié le 22/07/20

Incendies, scandales, antichristianisme : les cibles sont en même temps la foi et la raison. Mais l’une et l’autre sont inséparables, et c’est ce qui donne de résister dans l’espérance.

Après Notre-Dame de Paris, la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul de Nantes et l’abbaye de Ligugé brûlent… Dans certains cas, l’incendie pourrait avoir une origine criminelle. Tout cela s’ajoute à une série d’actes de vandalisme dans des églises (vol de reliques à Honfleur récemment), des cimetières ou des calvaires (île d’Arz), qui sont moins médiatisés, mais dont l’accumulation est préoccupante. C’est à rapprocher des déboulonnages et dégradations de statues de personnalités du passé accusées de racisme, dont aux États-Unis des religieux comme Fra Junipero Serra, ce franciscain évangélisateur de la Californie au XVIIIe siècle, critiqué pour n’avoir pas assez respecté la culture des indigènes qu’il convertissait… Qu’en penser ? Comment réagir ?

De l’anarchisme au terrorisme

Il est clair que ces destructions et ravages, qu’ils soient accidentels ou dus à la malveillance, ont une portée symbolique. Ce ne sont pas seulement des bâtiments affectés au « culte », ni des tombes, ni des monuments publics (croix de carrefour et sculptures de personnages historiques) qui sont endommagés. C’est tout ce que cela représente qui est explicitement visé ou au moins reconnu ébranlé par le public. Pour le dire brutalement, il est difficile de ne pas voir là soit de l’antichristianisme ou de la « christianophobie » (dans le cas de saccages délibérés), soit un signe de ce que la foi n’a décidément plus le vent en poupe (puisque, si aucune main hostile n’a mis le feu, c’est le sort, voire le ciel qui s’en mêle).

Depuis l’apparition de l’anarchisme au XIXe siècle, les mécontents vindicatifs ont compris qu’ils avaient intérêt à s’en prendre à ces cibles (souverains, présidents et ministres) incarnant le « système » qu’ils honnissaient et entendaient ainsi décapiter. Le terrorisme qui s’est développé dans la dernière partie du XXe siècle a fait un pas de plus en faisant des victimes en masse et à l’aveuglette et en comptant sur le retentissement médiatique de leurs dévastations pour déstabiliser, sinon la société, au moins les institutions, en prouvant qu’elles sont impuissantes à protéger. Les idées les plus folles peuvent ainsi se propager sans obstacles sérieux sur des champs de ruines aussi bien morales et intellectuelles que matérielles.

Les émotions contre la raison

S’en prendre à des cathédrales, des églises, des cimetières ou des statues de personnages déclarés posthumément coupables de forfaits qu’en leur temps personne n’aurait jugés tels n’a ainsi de sens que dans le cadre d’une manipulation de l’opinion, pour déclencher des émotions (indignation, blessures affectives, sentiment d’insécurité) qui paralysent la rationalité, tétanisée devant une sauvagerie qui lui est incompréhensible. C’est une forme de guerre, où les armes ne sont pas tranchantes, écrasantes ni explosives, mais neutralisantes, puisque les « cibles » ne savent plus non seulement comment, mais encore pourquoi se défendre — quelles raisons opposer, quel dialogue renouer… Il n’y a même plus de terrain commun sur lequel les idéaux ou les motivations pourraient s’affronter et un modus vivendi pourrait se négocier.


attaque car à Caen

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Face à ces agressions, la foi chrétienne donne de solides raisons de ne pas s’affoler ni douter. Elle sait n’être pas la jouissance paisible de vérités qui échappent aux autres, mais un combat. Non pas simplement la lutte que chacun doit livrer contre l’anarchie de ses propres désirs, mais, plus profondément, une participation à l’offre que fait Dieu de partager sa vie. Le principe en est non pas de prendre pour profiter, mais de remettre ce qui est reçu à la disposition du Donateur afin que ses dons continuent de circuler et de se répandre.

La rationalité de la foi

Cette « logique », au premier abord paradoxale et pourtant impeccablement rigoureuse, fait que l’on ne se perd pas en se donnant, en s’abandonnant même, parce que c’est là le mouvement de transmission qui est comme l’essence de la vie pleinement libre, indépendante des conditionnements physiques ou matériels et sans pour autant les mépriser. Et elle ne dévalue pas non plus la rationalité tout humaine : elle l’invite plutôt à ne pas s’enfermer dans des étroitesses mécanistes, pour explorer la fécondité de la gratuité. Tout cela ne va pas sans avoir à se battre – ou plutôt à repousser les tentations, à savoir les tentatives de l’Ennemi de Dieu et des hommes, qui cherche à faire de cette liberté une autonomie qui emprisonne en soi-même. Cette résistance désarmée est le chemin qu’a frayé au sein de l’humanité le Fils de Dieu crucifié sans maudire ni ses bourreaux ni son Père : il a communiqué sa vie en la livrant.

« La confiance chrétienne est un équilibre, qui consiste à ne pas s’étonner du scandale et à ne pas le minimiser non plus. »

La rationalité enseignée par l’Évangile donne donc de faire face aux attaques qui s’en prennent — et ce n’est pas un hasard — en même temps à la foi (presque ouvertement parfois) et à la raison (sans l’avouer). La confiance chrétienne peut, vue de loin, paraître acrobatique. Elle est en fait un équilibre, qui consiste à ne pas s’étonner du scandale et à ne pas le minimiser non plus. Que le Mal se déchaîne contre l’Église n’a rien de surprenant. Elle est, comme le dit saint Paul, le Corps du Christ. Et, ainsi que l’a bien vu Blaise Pascal, « Jésus est en agonie jusqu’à la fin du monde ». Cela veut dire que la Passion du Christ n’est pas achevée pour son Corps qu’est l’Église. C’est pourquoi l’apôtre précise que lui-même, en tant que membre de ce Corps, « complète en sa chair » ce qu’a enduré le Christ (Col 1, 24). C’est également pourquoi Pascal ajoute qu’ »il ne faut pas dormir » tant que c’est encore pour l’Église le temps de la Croix.

La veille et l’espérance

S’il importe de rester éveillé, ce n’est pas uniquement parce que l’Ennemi s’active à agresser directement de l’extérieur et simultanément la foi et la raison en instillant le doute chez les croyants et en rendant impossible tout dialogue rationnel (comme on le voit ces jours-ci dans la remise en cause au parlement du droit de la filiation). C’est aussi parce la foi n’est jamais un acquis irréversible et que la ruse plus subtile de l’Ennemi est de fournir des prétextes pour ne s’y engager que partiellement, sans se donner tout entier — ce qui ne manque pas de corrompre le Corps de l’intérieur (comme on ne le voit que trop bien dans les affaires d’abus sexuels commis par des clercs). L’état de veille, voire de vigilance, permet de rester disponible à l’action de l’Esprit qui « vient au secours de nos faiblesses » (Rm 8, 26).

Enfin et surtout, s’il serait ruineux — et pour toute l’Église aussi bien que pour soi-même — de somnoler benoîtement ou égoïstement (tant qu’on ne sent pas personnellement menacé), c’est parce que le mal… fait mal. L’espérance n’autorise pas à le nier. Elle ne donne pas de sécurité, ne supprime pas la souffrance et n’en fait pas du tout un mauvais moment à passer sans risque que soit compromis le happy end annoncé. L’épreuve expose au contraire aux dangers symétriques de l’abdication pour que cesse la douleur ou la frustration, et de la présomption qu’on est assez fort pour que Dieu n’ait pas à s’en mêler encore. Les défis de l’Ennemi — quand rien ne semble aller dans le bon sens — sont donc des occasions de scandale, c’est-à-dire de trébuchement de la foi. Mais ils peuvent aussi être retournés en bénédictions si, du fond la détresse impuissante, on entrevoit qu’aucune humiliation ne découragera l’Amour qui, de lui-même, s’abaisse le premier et plus encore, invinciblement. C’est cela qui fonde l’espérance.




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